Le Grau du Roi (30) – L'Espiguette – 27 juin 2014, 18 H 38
Abstraction 3
« Quand le disciple est désert,
il sera rempli de lumière »
(Évangile selon Thomas, logion 61)
Au désert
Se trouve
L'Essentiel ...
© M.T. – 2014
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Le Grau du Roi (30) – L'Espiguette – 27 juin 2014, 18 H 38
Abstraction 3
« Quand le disciple est désert,
il sera rempli de lumière »
(Évangile selon Thomas, logion 61)
Au désert
Se trouve
L'Essentiel ...
© M.T. – 2014
Elle sauve l’âme, c’est le seul recours quand tout semble perdu. Souvenons-nous de ce que disait Montesquieu : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. » Elle seule peut nous montrer qu’existe autre chose que ce que nous connaissons, fussions-nous au fond du malheur. Capitale aussi est la possibilité d’écrire ce que l’on sent, car elle permet de s’en délivrer par la verbalisation clarifiée, la prise de conscience consécutive à l’objectivation ainsi permise, et aussi parfois par le simple pouvoir cathartique de la mise en mots.
Aussi le pire crime est, me semble-t-il, d’interdire la possibilité de ces deux remèdes à quelqu’un, quel qu’il soit. C’est pourtant ce que vient de faire le ministère de la justice britannique, qui a décidé d’interdire l’envoi de livres, de magazines, de papier et de timbres aux détenus. Chris Grayling, le secrétaire d’État, a cru bon d’expliquer qu’il s’agissait de soumettre les prisonniers à des « conditions plus spartiates », afin d’accélérer leur « réhabilitation » (Source : Marianne, 6/06/2014)
On reste rêveur devant une telle mesure. Prétendre « réhabiliter » des prisonniers par une telle interdiction est une ineptie. C’est bien plutôt le contraire qui se produira : coupés de la lecture et de l’écriture, comment pourront-ils se reconstruire ? Se mettre à distance des « démons » qui peuvent encore les habiter, sans le secours de la médiation des mots ? Ne resteront que les instincts bruts, et les fameuses « conditions plus spartiates » les enfermeront dans l’animalité, car elles procèdent elles-mêmes de la plus grande barbarie. N’oublions pas, en effet, que s’il y a une barbarie brute, il y a aussi une barbarie thérapeutique, comme on le voit à la fin d’Orange mécanique, le roman de Burgess et le film de Kubrick : le traitement de déconditionnement subi par Alex n’a rien à envier en sauvagerie à celle de ses actions passées.
La justice a pouvoir sur les corps, mais jusqu’ici, heureusement, elle pouvait respecter les âmes : on pouvait être libre derrière les barreaux, en lisant ou en écrivant. Mais ici le cas change. On pourrait lui adapter une phrase de l’évangile, en changeant son contexte : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. » (Matthieu 10/28)
Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :
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N" (Textes sur images)
Je reproduis ici le texte introductif à mon diaporama Réflexions, lui-même tiré d'une vidéo du même nom (image et lien ci-après), qui compare l'abstraction dans les arts plastiques et la métaphore en poésie, et qui pose le problème de la communicabilité de l'œuvre, visuelle et verbale.
Ce texte me semble poser un problème capital pour comprendre la peinture et le langage.
Le film Réflexions se compose d’images abstraites, qui sont des reflets dans de l’eau, et d’images figuratives qui voisinent avec elles, dans le film et aussi au sens littéral du mot, puisque provenant du même lieu.
Les images abstraites donnent toute liberté d’interprétation. Elle sera très différente pour chaque personne. Les images figuratives, d’où elles proviennent, peuvent cependant guider le spectateur, qui peut faire mentalement un trajet des unes aux autres.
Certains se contentent des images abstraites, et veulent toute liberté de rêver sur elles. D’autres préfèrent savoir le contexte dont elles sont tirées, et d’où l’esprit est parti pour arriver à l’abstrait.
Certes le contexte réduit le sens, comme un mot dans une phrase voit son sens se réduire par rapport à ce qu’il est quand il est tout seul, par exemple dans le dictionnaire.
Certes aussi ce vers quoi on est allé est plus précieux que ce dont on est parti. Mais ne faut-il pas connaître le point de départ, pour pouvoir mesurer l’écart présenté par le point d’arrivée ?
C’est à cette réflexion qu’invite ce film sur les réflexions-reflets…
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… Dans le langage, une métaphore est un transfert, c’est-à-dire une transformation d’un élément en un autre, un changement de forme, une métamorphose.
Dans toute métaphore il y a un point de départ, appelé thème (ou élément comparé), et un point d’arrivée, appelé phore (ou élément comparant). Soit respectivement : T et P.
Par exemple dans « Tes yeux sont un ciel », « yeux » est le thème, et « ciel » est le phore. On part du premier pour arriver au second. Soit : T à P.
Lorsque le thème et le phore sont ensemble présents, comme dans l’expression précédente, la métaphore est dite in praesentia, c’est-à-dire avec présence du thème. Soit : T + P.
Dans ce cas, on peut présenter le thème d’abord, et le phore ensuite : « Tes yeux sont un ciel » (T à P). Ou bien on inverse, et on présente d’abord le phore, puis le thème : « Le ciel de tes yeux » (P à T).
Mais lorsque le thème est absent, et lorsqu’il n’y a que le phore, la métaphore est dite in absentia, c’est-à-dire avec absence du thème (P tout seul). Ce serait le cas si on disait « le ciel » simplement, pour dire les yeux.
On voit que dans la métaphore in absentia il y a danger de langage second totalement substitutif, et risque d’incommunicabilité.
Dans ce dernier cas cependant, celui qui s’exprime peut guider le récepteur par diverses balises mises dans son discours, avant ou après. La préparation ou le guidage des métaphores est un élément décisif pour se faire comprendre. Sinon il y a idiolecte et complet hermétisme : « J’ai seul la clef de cette parade sauvage » (Rimbaud)
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… Supposons maintenant qu’une image abstraite (dans le cas où elle serait le fruit d’une transformation) soit précédée ou suivie de l’image figurative dont elle provient. On aurait l’équivalent d’une métaphore in praesentia. L’image abstraite ou point d’arrivée serait le phore, et l’image figurative, ou point de départ, le thème.
Si l’image abstraite précède l’image figurative, comme dans le film Réflexions, le schéma est celui du phore vers le thème : P à T. Le plus précieux, parce que le plus ouvert aux interprétations, est mis d’abord. Mais ce dont on est parti vient ensuite, pour « rassurer » en tant que contexte, même au risque d’une restriction des interprétations.
Si elle la suit, même à l’état de fantôme ou de trace, comme encore dans le film, alors le schéma est celui du thème vers le phore (T à P). Ainsi le phore continue-t-il à « hanter » le thème, comme un regret, dans maints plans du film. Mais les deux coexistent encore dans ce cas (fusion des deux éléments) : T + P.
Pour certains il suffit que l’abstraction s’adresse au seul plaisir rétinien. Mais quid de l’esprit alors ? Il me semble que nous ne percevons visuellement que de façon figurative. Tout appel (d’une nouvelle forme à être) est un rappel (de quelque chose du monde). Tout n’est qu’un jeu de mémoire. Pour voler, l’avion s’appuie sur l’air. Dans le vide, il tomberait. « Ce qui ne ressemble à rien n’existe pas. » (Valéry)
Au spectateur maintenant de se faire une idée sur ces comparaisons et considérations, de réfléchir sur ces Réflexions…
< Les lettres T et P mises au bas des images signifient THÈME et PHORE.
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Nota : Cette question est traitée aussi dans la leçon 44 (« Comment le partage du sens est-il assuré dans la métaphore ? ») de mon ouvrage Cours de stylistique en 99 leçons :
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