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Chroniques de Golias Hebdo

Mercredi 15 mai 2013 3 15 /05 /Mai /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°288, semaine du 16 au 22 mai 2013 :


Suivisme

Ce mot est généralement négatif, et désigne une soumission moutonnière. Dans le film Le Cercle des poètes disparus, pour en montrer le danger, le professeur Keating fait se déplacer en rond un groupe d’élèves, et tous accélèrent machinalement le pas à mesure que le fait le premier de la file.

Une affiche catholique vantant les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ), qui se tiendront cette année en juillet à Rio, porte en légende : « Jésus aura 4 millions de followers… Sois des leurs ! » Ce mot anglais, tiré des réseaux sociaux, vise à séduire les jeunes, qui attirent les démagogues comme le miel attire les mouches. Par parenthèse, quand on dit que notre civilisation est individualiste, c’est faux en l’espèce, car rien n’est plus conformiste que de « suivre » aveuglément une vedette, ou un gourou, etc., comme font les followers de tout genre. En tout cas, c’est bien au pur suivisme que notre affiche invite.

Jésus n’a jamais voulu qu’on l’idolâtrât ou même le suivît sans réfléchir. L’important pour lui était qu’on l’écoutât et agît en conséquence : « Pourquoi m’appelez-vous ‘Seigneur, Seigneur !’, et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6/46) Il invitait à relire correctement la Loi et à en tirer des leçons de bonne conduite, fidèle en cela à la traditionnelle orthopraxie juive. On peut même douter que le mot akoloutheîn, que Jésus emploie à l’adresse de ses disciples, et qu’on traduit par « suivre » à partir du sequi de la Vulgate, signifie réellement « suivre ». Formé de keleuthos (chemin), et de a copulatif, son sens premier est : « qui fait route avec ». Pourquoi alors ne pas remplacer « suivre » par : « accompagner » ? Compagnon de route, Jésus est simplement plus avancé que nous en réflexion, et selon le mot qui termine le Prologue de Jean, un exégète de la voix du Père (1/18). Traduire le exègèsato par : « Il l’a fait connaître » est déjà accorder à Jésus un peu de la nature du Père, et oublier qu’il n’a fait que nous « ouvrir les Écritures », comme le disent les Pèlerins d’Emmaüs (Luc 24/32). Quant à le rendre comme le fait Chouraqui par : « Il entraîne » (cf. « hégémonie », etc.), c’est extrêmement dangereux. Méfions-nous de tous les chefs qui entraînent : Duce, Führer, Conducator, etc., et aussi de ceux qui les suivent. Ils sont de sinistre mémoire. Des suiveurs en effet on peut passer aux sectateurs (du latin sectari, fréquentatif de sequi), et pourquoi pas enfin aux sectaires ? – Il est donc bien dommage que notre affiche n’ait pas eu la prudence d’y penser !

 

Suivisme--illustration.jpg

 


 Nota :

1/ Pour lire ce billet sur le site de Golias, cliquer : ici.

2/ Tous les billets que j'ai donnés à Golias Hebdo, entre fin décembre 2008 et fin janvier 2011, sont maintenant parus, en version souvent considérablement augmentée, dans le recueil suivant publié aussi chez Golias : Des mots pour le dire - L'actualité au fil des jours.

 Des mots pour le dire, tome 1, couverture recto, r-copie-1 

 

 

 

 

 

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Jeudi 9 mai 2013 4 09 /05 /Mai /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°287, semaine du 9 au 15 mai 2013 :


Logiciel

Peut-il remplacer l’intelligence humaine ? On pourrait le penser après avoir lu un article paru sur Le Point.fr, publié le 26/04/2013 : « Une entreprise créée par l’université d’Harvard et le Massachusetts Institute of Technology a mis au point un logiciel de correction de copies automatique. Le système utilise l'intelligence artificielle et propose un système d’évaluation automatique instantané de devoirs rédigés. » Je ne sais si le professorat va être « révolutionné », comme le dit l’article. Je pense en tout cas qu’il sera, au mieux sceptique, et au pire indigné.

Tout ce qui a rapport à la sémantique échappe par nature à la formalisation informatique, si puissants et complexes que soient les algorithmes utilisés. Lao-Tseu l’a déjà dit il y a bien longtemps : « La voie vraiment voie n’est pas une voie constante, les termes vraiment termes ne sont pas des termes constants. » Tout ici est question de contexte. Un même mot change de sens, de valeur, en fonction des mots voisins. En comprendre la signification particulière est une question d’accommodation mentale, de mise au point comme disent les photographes. Par exemple, le sens de « femme » change dans : « Une femme est une femme ». Dans le premier cas, il est circonstanciel ; dans le second, archétypal ou essentiel. Comment un programme peut-il sentir ce miroitement de sens, appelé antanaclase ? Comment sentir aussi si l’emploi d’un même mot est littéral, ou figuré, métaphorique par exemple ? Comment percevoir les litotes, les formulations négatives, les réticences, les suspensions de discours, appelées aposiopèses ? Un logiciel de lexicométrie ne verra pas l’amour dans le : « Il a su me toucher », de Britannicus, ou dans le « Je ne vous aime pas ! » de Madame de. Que dire de l’antiphrase, où il faut comprendre exactement le contraire de ce qui est dit ? Très souvent le sens se fait des mots mêmes qui manquent dans un texte, qui volontairement ne sont pas dits.

Une machine peut éplucher des légumes, mais non des textes. Et quand je lis que le fameux logiciel se vante non seulement de donner une note chiffrée au devoir, mais encore de lui ajouter des commentaires « comme le hors sujet », je tombe des nues. Beaucoup d’étudiants semble-t-il seraient intéressés à s’auto-évaluer de cette façon. Plaignons-les, victimes qu’ils sont du grand mirage cybernétique !

 

Logiciel--illustration.jpg

 


Nota :

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2/ Tous les billets que j'ai donnés à Golias Hebdo, entre fin décembre 2008 et fin janvier 2011, sont maintenant parus, en version souvent considérablement augmentée, dans le recueil suivant publié aussi chez Golias : Des mots pour le dire - L'actualité au fil des jours.

 Des mots pour le dire, tome 1, couverture recto, r-copie-1 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 1 mai 2013 3 01 /05 /Mai /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°286, semaine du 2 au 8 mai 2013 :


 

Diversion

 

On sait que quand on veut se sortir d’une situation difficile, le meilleur moyen est d’attirer l’attention sur autre chose, ou, comme on dit, faire diversion. Ainsi le problème actuel est bien la crise économique, et les catastrophes sociales qu’elle engendre, comme l’explosion du chômage, l’austérité imposée par le monde financier, etc. Eh bien, nos dirigeants n’ont rien trouvé de mieux, pour éviter d’affronter ces questions, que de proposer des mesures d’une infime et ridicule portée. Ainsi, pour répondre à une escroquerie ministérielle, on a parlé de moraliser la vie politique, et pour ce faire on a proposé à chaque acteur de notifier son patrimoine. C’est mêler par une angélique ambition de transparence la sphère privée et la sphère publique, et on a eu droit à des déclarations cocasses, l’un déclarant un âne, l’autre un vélo, etc. En fait, une vraie moralisation serait de décréter immédiatement l’interdiction du cumul des mandats, qui aurait l’avantage en plus de libérer des postes et de renouveler le personnel. Évidemment on ne se presse pas de la faire. Bien sûr, si le cumul ne s’accompagnait pas d’indemnités conséquentes, il susciterait moins de candidats. Tout le monde n’est pas Cincinnatus, retourné à sa charrue après s’être dévoué au bien public.

Une autre diversion au problème économique est la controverse jetée en pâture à l’opinion concernant le mariage homosexuel. Cette mesure, initiée par un président qui n’est lui-même pas marié, a l’avantage de ne coûter rien si elle est adoptée, et surtout de faire regarder ailleurs. Mais les passions se déchaînant là-dessus, cela empêche nos concitoyens de penser à autre chose. Au reste, je ne vois pas pourquoi l’église catholique est montée au créneau sur cette affaire. Il lui eût suffi de dire qu’elle ne marierait pas elle-même les homosexuels, et la question eût été close. De quoi s’est-elle mêlée ? Toujours le droit canon prime pour elle sur les lois civiles, et à ses yeux des mariés civilement ne sont que des concubins. Elle ne devait donc parler que dans le seul domaine qui la concerne, celui de l’administration des sacrements, tel celui du mariage. Cette immixtion pour infléchir une loi civile dans la sphère publique d’un pays laïque est le propre même du cléricalisme. Mais rares sont ceux qui y réfléchissent, et là encore la diversion a bien fonctionné.

 

 

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 Nota :

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Mercredi 24 avril 2013 3 24 /04 /Avr /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°285, semaine 25 avril au 1e mai 2013 :


 

Relique

 

« Une relique contenant un fragment d’étoffe en lin ‘taché du sang de Louis XVI’, conservée dans un cercueil miniature en acajou et ébène sculpté, a été adjugée mercredi 18.738 euros à l’Hôtel Drouot à Paris. » (Source : AFP, 03/04/2013) Le royal acquéreur ici a incarné une pulsion bien humaine, que je peux appeler « scopique » (désir de voir), et « haptique » (désir de toucher), celle même qui habita Thomas. Pour garantir sa foi dans la résurrection de Jésus, il voulut voir ses plaies et y mettre le doigt, s’attirant la phrase bien connue : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » (Jean 20-29) À quoi bon en effet voir et toucher, si la certitude est intérieure ? Comme dit l’Apôtre : « Nous marchons par la foi, non par la vue. » (2 Corinthiens 5/7)

Mais quel besoin avait notre nouveau dévot de conforter ce que tout le monde sait par l’acquisition au demeurant fort onéreuse d’une preuve visible et tangible ? Bien hasardeuse aussi, puisqu’au dire d’un expert, selon la même source, pour être sûr que le sang est bien celui du roi il faudrait en faire une analyse ADN, ce qui n’a pas été fait.

L’Église a condamné pour avoir fait trafic des choses sacrées Simon le Magicien : d’où le péché de simonie. Mais elle n’a pas pratiqué elle-même ce qu’elle a dit, et n’a pas obéi à la parole précitée de Jésus. Elle a opéré sans vergogne un trafic généralisé de reliques, qui se sont multipliées de façon exorbitante et à l’arrivée totalement cocasse, comme Calvin l’a montré dans son Traité des reliques, chef-d’œuvre d’ironie mordante. Évidemment c’est la Réforme qui a raison : la foi dans toute sa pureté n’a que faire de preuves tirées du monde visible, car elles ruinent toute espérance : « Car c’est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore ? » (Romains, 8/24)

Mais cette rigueur est difficile à pratiquer humainement. Qui de nous n’a pas, dans son reliquaire personnel, gardé de l’être aimé mèche de cheveux, vieille lettre, photographie jaunie, etc. ? Au fond, libre à certains, s’ils y trouvent plaisir, de dépenser des fortunes pour une relique même bien aléatoire, et même de se laisser gruger par ceux qui en font trafic… Comme dit très profondément Valéry : « L’esprit n’est pas si pur que jamais idolâtre. »

 

Relique--illustration.jpg

 


 Nota :

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Mercredi 17 avril 2013 3 17 /04 /Avr /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°284, semaine 18 au 24 avril 2013. J'y ai ajouté trois liens activables : 


Colère

Elle a mauvaise presse depuis ce qu’en ont dit certains philosophes. Ainsi Sénèque dit qu’elle est une « brève folie » : « Ira furor brevis. » Aussi ai-je été étonné en apprenant qu’elle peut être bénéfique, et que savoir l’exprimer augmenterait pour chacun de nous l’espérance de vie : « Chez les individus les plus ‘répresseurs’ (qui contiennent leurs émotions négatives) une accélération cardiaque se produit qui pourrait à la longue augmenter les risques d’hypertension et d’ennuis…. À partir du moment où l’on exprime sa colère, son ressentiment, on entre dans une logique de possibilité de changement, car râler, c’est demander un changement », explique le psychiatre Michel Lejoyeux (Source : Francetvinfo.fr, 25/03/2013)

Finalement, en y réfléchissant, je reviens de mon étonnement. Car à trop réprimer sa colère, on risque de « se miner » intérieurement, au point de développer des maladies qui peuvent être très graves. Voyez le cas de Fritz Zorn, dans Mars : il accuse l’éducation puritaine qui l’a paralysé d’avoir causé en lui le cancer qui le ronge. Il meurt de toutes ses larmes et ses colères rentrées. N’ayant pas pu extérioriser son agressivité, c’est sur lui qu’il la retourne, comme le scorpion entouré d’un cercle de braises retourne son dard contre lui-même et se tue. Aussi change-t-il son nom, Angst (Angoisse), en celui de Zorn (Colère), et son livre porte-t-il celui du dieu de la Guerre. Le savoir-vivre empêche de vivre, par la restriction mentale et comportementale qu’il provoque. C’est pourquoi Wilhelm Reich appelait l’éducation l’« édu-castration ».

Jésus lui-même, qu’on qualifie de « doux » (« Doux Jésus ! »), s’est mis en colère, par exemple lorsqu’il chasse les marchands du temple à coups de fouet (Jean 2/15). Cette colère, on a voulu cependant, à l’occasion, la gommer. Dans le texte initial de Marc 1/41, on lit : « Jésus, se mettant en colère… » (orgistheis). Mais dans le texte final, la version reçue : « Jésus, ému de compassion… » (splagchnistheis). La version du « Doux Jésus ! » s’est donc mise en route bien tôt. – Dirais-je la légende ?

La colère est donc un réflexe salutaire, comme un kit de survie. C’est le jet d’encre de la seiche, qui la met à l’abri lorsqu’elle court un danger. « Colère » (mènis) est le premier mot de l’Iliade. Vive donc la Colère exprimée, au moins à certains moments de nos vies !

 

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Nota :

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2/ Tous les billets que j'ai donnés à Golias Hebdo, entre fin décembre 2008 et fin janvier 2011, sont maintenant parus, en version souvent considérablement augmentée, dans le recueil suivant publié aussi chez Golias : Des mots pour le dire - L'actualité au fil des jours.

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Mercredi 10 avril 2013 3 10 /04 /Avr /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°283, semaine 11 au 17 avril 2013 : 


Écriture 

 

Quarante-cinq des cinquante-deux États que comptent les  États-Unis d’Amérique s’apprêtent à rendre optionnel à l’école l’apprentissage de l’écriture manuelle cursive dès 2014. On prétend inutiles ses subtilités, sources de souffrances physiques, d’efforts de déchiffrage, d’erreurs d’interprétation, alors que les claviers d’ordinateurs, qui se sont généralisés dans les écoles, ne se trompent jamais (Source : Télérama, 20/03/2013, p.19).

C’est un terrible nivellement, une très importante perte que prépare une telle mesure. En effet, l’effort qu’on a demandé jusqu’à maintenant à l’élève, dans l’enseignement traditionnel, pour qu’il trace les lettres à la main  a contribué évidemment à développer chez lui ses qualités psychomotrices. Déjà l’apparition chez nous du stylo-bille a relégué aux oubliettes la pratique des pleins et des déliés, donc a supprimé tout un pan esthétique de l’écriture, auquel on peut bien être sensible. Certains adultes en ont encore la nostalgie, avec le crissement de la plume sur le papier et, pourquoi pas, l’odeur de l’encre qui l’accompagnait. Tout ce qui diminue la stimulation de ses sens est pour l’être humain une grave amputation. Preuve en est le développement actuel, chez beaucoup de gens, des cours de calligraphie, exercice non seulement artistique, mais encore spirituel et thérapeutique, car permettant à chacun de se concentrer et réunir à soi-même, à ce qu’il a de plus profond.

Qui voudrait recevoir une lettre d’amour sortie d’une imprimante d’ordinateur ? L’anonymat ne parle pas, et la personnalité de quelqu’un se manifeste par sa façon de tracer ses lettres. C’est d’ailleurs ce que disent les graphologues, qui sont encore écoutés, par exemple  dans le monde judiciaire, et aussi dans le monde professionnel. Ce n’est pas pour rien que les recruteurs demandent un curriculum vitae écrit à la main. Comme les yeux sont le miroir de l’âme, l’écriture est celui du monde intérieur du scripteur.

Il est certes tentant de vouloir tout simplifier, pour plus d’efficacité pratique. Mais en cherchant cette dernière en tout domaine, on perd l’humanité et la richesse relationnelle. Laisse donc ton clavier. Montre-moi ton écriture, et je te dirai qui tu es…

 

Ecriture--illustration.jpg

 


 

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Mercredi 3 avril 2013 3 03 /04 /Avr /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°282, semaine 4 au 10 avril 2013 : 


Valeur

Une chose quelconque comporte plusieurs types de valeur : une valeur d’usage, liée à l’utilisation que nous en pouvons faire ; une valeur de représentation, liée à l’importance que nous lui donnons par rapport au regard d’autrui supposé envieux de sa possession ; et une valeur d’échange, liée à ce qu’elle représente si nous la troquons contre une autre. Si la première valeur est assez facilement discernable et peu variable, les deux dernières, qui au reste sont très liées, sont très aléatoires. Par exemple un arbre a comme valeur d’usage l’ombre qu’il nous dispense si nous voulons nous abriter sous ses branches. Comme valeur de représentation, le prestige que nous en pouvons tirer, s’il est à nous, aux yeux des autres. Et comme valeur d’échange, ce qu’il signifie en termes d’argent si nous décidons de le vendre, c’est-à-dire de le céder contre ce qui peut nous permettre d’acheter autre chose si nous le décidons.

J’ai pensé à tout cela en lisant une dépêche de l’A.F.P. en date du 20/03/2013 : un bol chinois qui avait été acheté 3 dollars en 2007 par un particulier lors d’un vide-grenier, a été adjugé la veille pour 2,33 millions de dollars chez Sotheby’s à New-York. On a découvert en effet que le petit ustensile de 12 cm de diamètre était en fait un bol millénaire, datant de la dynastie Song. Nous voilà donc bien loin de la valeur d’usage du bol, qui sert normalement de contenant et que nous pouvons utiliser en tant que tel et dans ce cadre strict. Il aura suffi d’une expertise de spécialiste pour que l’objet change totalement de sphère, et que le propriétaire d’un ustensile bien banal se trouve à la tête d’une colossale fortune (valeur d’échange), et envié de tous (valeur de représentation). Le décalage entre la première valeur et les deux autres dépasse tout entendement.

Je vois là un symbole de la folie humaine, qui atomise toute proportion entre les choses. Disparaît ici toute raison (« raison » et « proportion » ont la même racine : ratio, en latin). On quitte la vie normale, pour entrer dans le domaine du pur artifice. Et l’abîme se creuse entre ceux qui en tirent profit, et les autres, qui restent dans le plus pur dénuement. Pensons aux énormes différences sociales d’aujourd’hui. Faudra-t-il suggérer aux pauvres de garder précieusement leur misérable vaisselle, si encore ils en ont une, au cas où… ?

 

   

Valeur--illustration-.jpg

 

Le bol en question

 


 Nota :

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Mercredi 27 mars 2013 3 27 /03 /Mars /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°281, semaine du 28 mars au 3 avril 2013 : 


Limite

Toutes les sagesses du monde en font l’éloge. Ainsi le mèden agan des Grecs, le ne quid nimis des Latins, qui signifient : rien de trop. Lorsqu’elle est franchie, par aveuglement ou orgueil délibéré, l’hybris grecque, sa transgression est aussitôt châtiée par la justice divine immanente, ce que ces mêmes Grecs appelaient la Némésis. On sait que la foudre frappe préférentiellement les arbres les plus élevés. D’où l’éloge que faisaient les Anciens de la vie moyenne, l’aurea mediocritas d’Horace, le juste milieu précieux comme l’or. C’est pourquoi pour bien des sages la vie cachée était le modèle de toute vie : lathe bion, disaient les Grecs, cache ta vie.

Tout cela est au rebours il me semble des choix de beaucoup de nos contemporains. C’est à quoi j’ai pensé en lisant une dépêche de l’A.F.P. en date du 17/03/2013. Contrôlé dans l’après-midi de ce dimanche à 219 km/h sur une route nationale de l’Essonne où la vitesse est limitée à 90 Km/h, un motard a simplement regretté auprès des gendarmes de ne pas avoir battu son record. Il s’est vanté d’avoir déjà roulé à 270 km/h sur cette même route. La source ajoute : « Il voulait aller plus vite mais a expliqué avoir été gêné par des rafales de vent. »

J’ai du mal à entrer dans les explications de cette attitude, qui relève d’un irrationnel pur. Mais beaucoup de faits divers de cet ordre rapportés par les medias montrent qu’un  pareil esprit aujourd’hui habite beaucoup de gens. C’est à qui fera le plus reculer les limites, non seulement de la transgression, mais encore de la vantardise. Cette dernière, qui ajoute au délit l’inconscience, en augmente la gravité. S’il est humain de se tromper, persévérer dans l’erreur est diabolique : errare humanum, perseverare diabolicum. Assurément c’est le Diable qui a habité notre motard…

Il a voulu peut-être entrer dans le Guinness des records, comme tant d’autres le font, et de façon tout aussi stupide. On ne supporte plus ni « médiocrité dorée » ni vie cachée. Au mépris de toute réflexion, et ici de tout sens du réel, y compris de leur propre intérêt matériel immédiat, pour beaucoup de gens seules comptent l’apparence et la frime, et la notoriété vaut supériorité.

Mais ces anciens philosophes que vous nous vantez, me diront-ils, étaient des sages. Et vous ? Vous êtes donc des fous ! D’accord.

 

Limite--illustration.jpg

 


 

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Mercredi 20 mars 2013 3 20 /03 /Mars /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°280, semaine du 21 au 27 mars 2013 : 


Église

C’est simplement si on s’en réfère à l’étymologie grecque du mot (ekklèsia) une assemblée, celle des croyants. Rien dans le mot ne suggère une Administration, ou un Gouvernement quelconque d’un groupe d’hommes par certains d’entre eux. Jésus par exemple n’a pas fondé l’Église au sens où nous l’entendons aujourd’hui. On connaît la phrase de Loisy : « Jésus a annoncé le Royaume, et c’est l’Église qui est venue. »

Pour s’autoriser de la filiation apostolique, l’Église de Rome se réclame du verset matthéen : « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église… » (16/18) Outre que ce calembour, comme le ferait remarquer un voltairien, ne fonctionne pas en beaucoup de langues, on peut soupçonner que ce verset a précisément été inséré dans le texte évangélique pour fonder la filiation apostolique : l’Église alors ne pourrait pas s’en prévaloir.

Dès qu’elle a eu le pouvoir, à partir de Constantin, elle n’a cessé de s’opposer à ceux qui ne voulaient pas se comporter en moutons, en ouailles (du latin ovicula : petite brebis), dociles à la voix du Berger. De là la phrase bien connue de Cyprien de Carthage : Extra Ecclesiam nulla salus – Hors de l’Église point de salut. Elle peut donc rejeter ceux qui ne lui conviennent pas hors de la communion eucharistique : c’est l’excommunication. Les hérétiques de tout temps en ont bien fait les frais.

Se réclamant de Dieu, l’Église est une théocratie : ceux qui y voudraient voir une démocratie se trompent sur sa nature même, puisque le Chef suprême en est le représentant de Dieu sur terre. Par ailleurs, on sait qu’ordinairement le souffle prophétique se perd dans l’administration. La mystique, pour reprendre le mot de Péguy, se dégrade en politique, et puis, les hommes étant ce qu’ils sont, cette dernière se dégrade à son tour en intrigue. Une fois devenus, selon le mot de Drewermann, Fonctionnaires de Dieu, ceux qui devraient être à son service ainsi qu’à celui de la communauté, ne cherchent bien souvent qu’à conquérir et à garder le pouvoir, tentation que pourtant Jésus, dont ils se disent les mandataires, a refusée face au Diable au désert.

Toutes ces considérations concernent dans mon esprit l’Église de Rome. Elles sont d’actualité face à l’élection d’un nouveau pape. Les choses changeront-elle à cette occasion ? L’avenir le dira…

 

 

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Nota :

1/ Pour voir ce billet sur le site de Golias, cliquer : ici.

2/ Tous les billets que j'ai donnés à Golias Hebdo, entre fin décembre 2008 et fin janvier 2011, sont maintenant parus, en version souvent considérablement augmentée, dans le recueil suivant publié aussi chez Golias : Des mots pour le dire - L'actualité au fil des jours.

 Des mots pour le dire, tome 1, couverture recto, r-copie-1 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 13 mars 2013 3 13 /03 /Mars /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici, en version un peu allongée et avec trois liens activables, le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°279, semaine du 14 au 20 mars 2013 : 


Hostie

Victime, au sens étymologique du latin, immolée dans un but de propitiation sur l’autel du sacrifice pour apaiser (placare) un Dieu par conséquent courroucé, selon la Messe catholique en latin, elle vient d’être victime maintenant d’un autre Dieu, celui de l’économie : de la flambée du prix du blé et de la farine, de la demande en baisse pour sa consommation, et de la concurrence d’entreprises laïques étrangères industriellement plus performantes. C’est ce dont se plaignent les bonnes sœurs de Lourdes, traditionnellement jusqu’ici dévolues à sa fabrication (Source : LeFigaro.fr, 21/02/2013).

On pourrait leur suggérer d’employer une autre matière première que le blé pour cette opération, ce qui la rendrait moins onéreuse. Pensons à la fameuse Querelle des rites, qui agita à la fin du XVIIe siècle les différents ordres missionnaires chargés de l’évangélisation en pays lointains. Pourquoi garder le pain en des contrées qui l’ignoraient ? N’aurait-on pas pu faire des hosties au moyen de riz, par exemple ? Mais Rome resta inflexible sur le sujet.

À date récente encore, dans les Instructions pour dire la Messe (Ordo Missae, Imprimerie du Vatican, 1965, en latin), il est bien spécifié que si l’hostie n’est pas faite à partir de blé pur, de même d’ailleurs que si le vin n’est pas de bonne qualité (« piqué » par exemple), la consécration n’est pas valable, le sacrement n’est pas accompli : non conficitur sacramentum (pp.59-62). La matière est plus essentielle même que la personnalité de l’officiant : si celui-ci est en état de péché mortel, pourvu que rite et paroles soient bien observés, valable est le sacrement, même si, bien sûr,  « le prêtre pèche gravement » (ibid., p.63).

Ce matérialisme et ce littéralisme sont à très courte vue. C’est par pur hasard géographique que l’évangile a choisi le pain pour signifier le corps du Christ, et pour désigner la nourriture quotidienne dans le Notre Père. Les habitudes alimentaires changent selon les pays, et il ne faut voir là que symboles. Sinon, quelle publicité là serait faite à la corporation boulangère ! « La lettre tue, et l’esprit vivifie », dit justement l’Apôtre (2 Corinthiens 3/6). Qu’importe donc la matière ! L’essentiel est ce qu’on y voit.

Au reste, l’épiclèse de la messe romaine le dit bien à propos des offrandes faites à Dieu : « Fais qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang, etc. ». Dans ce « pour nous » ne peut-on comprendre : « à nos yeux » ? Telles nous les verrons, telles elles seront, et ce quelle que soit leur matière. Autrement dit, la transsubstantiation eucharistique peut bien être vue de manière figurée. Voilà de quoi peut-être, en leur permettant de modifier un peu leur « cahier des charges », consoler les bonnes sœurs de Lourdes !

 

Hostie--illustration.jpg

 


Nota :

1/ Pour lire cet article sur le site de Golias, cliquer : ici.

2/ Tous les billets que j'ai donnés à Golias Hebdo, entre fin décembre 2008 et fin janvier 2011, sont maintenant parus, en version souvent considérablement augmentée, dans le recueil suivant publié aussi chez Golias : Des mots pour le dire - L'actualité au fil des jours.

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Mercredi 6 mars 2013 3 06 /03 /Mars /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°278, semaine du 7 au 13 mars 2013 : 


Cocasserie

Il y a dans la vie beaucoup de coïncidences cocasses. À moins qu’on n’y voie des signes du destin, selon les partisans de la « synchronicité » jungienne, ou des intentions cachées présidant aux événements, selon ce que dit André Breton dans Nadja. Ainsi il y a peu on s’est avisé qu’à Cogolin, dans le Var, une statue de la Vierge figurait depuis les années quatre-vingt-dix sur un rond-point situé chemin de la Radasse. Certains paroissiens s’en étant déclarés choqués, le maire s’en est excusé, et la statue a été déplacée en un lieu plus convenable, chemin Notre-Dame-des-Anges. Mais il paraît que si elle s’y trouve mieux, elle se voit moins bien (Source : Var-Matin, 19/02/2013).

On aurait pu tout aussi bien rebaptiser l’ancien chemin, et tout serait rentré dans l’ordre. Mais la voirie a des mystères, et ses voies, c’est le cas de le dire, sont sans doute aussi impénétrables que celles de Dieu…

Que si maintenant on se penche sur le fond de cette affaire clochemerlesque, on notera que dans la tradition juive, peu amène évidemment vis-à-vis de la chrétienne, Jésus n’aurait été qu’un bâtard, fils d’un centurion romain nommé Pantheras, la Panthère. Marie aurait donc été une fille-mère, mal considérée évidemment au même titre que celles qui font le trottoir : « radasse », prostituée de bas étage, vient de « rade », trottoir. C’est un fait que dans l’évangile de Marc Jésus est appelé simplement « fils de Marie » (6/3) : c’est donc un enfant naturel, puisque dans la tradition juive le nom se transmet par le père. Bien sûr à une attaque aussi perfide les chrétiens ont répondu, en soutenant que Pantherou, fils de la  Panthère, était une corruption de  Parthenou, fils de la Vierge.

D’autre part, pourquoi la Vierge Marie, si l’on adopte le dogme chrétien, ne pourrait-elle pas intercéder elle-même pour une fille perdue ? Jésus lui-même n’a-t-il pas pardonné à la pécheresse repentante, parce que ce faisant « elle a beaucoup aimé » (Luc 7/47) ? La statue posée sur le chemin incarnant la perdition aurait pu en montrer le rachat et la fin possibles. Il y aurait eu là un beau symbole. Mais nos paroissiens varois n’ont pas pensé si loin. Ils ont vu une injure, un blasphème là où un esprit plus fin aurait pu trouver une occasion de méditation profonde. Bref ils ont manqué de cette qualité il est vrai si rare : l’imagination.

 

Cocasserie--illustration.jpg

 


Nota :

1/ Sur les incongruités de la voierie, comparer avec : Cimetière-déchetterie, et Boulevard des Allongés. 

2/ Pour lire ce billet sur le site de Golias, cliquer : ici.

3/ Tous les billets que j'ai donnés à Golias Hebdo, entre fin décembre 2008 et fin janvier 2011, sont maintenant parus, en version souvent considérablement augmentée, dans le recueil suivant publié aussi chez Golias : Des mots pour le dire - L'actualité au fil des jours.

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Mercredi 27 février 2013 3 27 /02 /Fév /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°277, semaine du 27 février au 4 mars 2013 : 


Romantisme

Il me semble qu’on en manque un peu aujourd’hui. J’ai entendu en effet au Journal de 19 heures de France Inter, le 14 février dernier, qu’une pâtisserie de Bordeaux a commercialisé, à l’occasion de la Saint-Valentin, fête des amoureux, des sexes masculins en chocolat. Des femmes interviewées se sont dites intéressées. Seul un homme fut contre, préférant, au risque du kitsch, des pâtisseries en forme de petits cœurs. Inversion des rôles donc : le romantisme, qui se cache bien, n’est peut-être pas où l’on croit…

Il s’agissait donc de fêter l’amour. Mais lequel ? Dans L’homme unidimensionnel, Marcuse oppose bien l’amour humain à la sexualité. Le premier s’entoure de rêve, d’imaginaire, de ce que Stendhal appelle la cristallisation, c’est-à-dire la valorisation en solitude et à distance de l’objet aimé. Bref, il se vêt de poésie, et ouvre l’homme à un idéal, une Transcendance. Mais la sexualité ramène l’amour à la pulsion élémentaire, immédiatement satisfaite, tout embellissement onirique ôté. Ce n’est pas la même chose de faire l’amour dans un pré tout orné de fleurs, et dans une voiture. J’ai bien peur qu’aujourd’hui le rêve amoureux, et la rhétorique afférente, soient fort en déclin.

Dans Le Meilleur des mondes, Huxley nous montre les hommes modernes conditionnés à ne se considérer que comme des « tas de viande », cédant à leurs instincts aussitôt qu’apparus, et reléguant aux vieilles lunes le romantisme traditionnel de l’amour. On y perd évidemment beaucoup, l’animalité triomphant sur les décombres des anciens rêves. Et l’emprise du Pouvoir sur ses assujettis augmente, car l’amour vrai avait une force de résistance sociale et un pouvoir d’anarchie, qu’il a perdus.

Gageons que saint Valentin se serait retourné dans sa tombe, s’il avait vu que sa fête ramenait l’amour à la simple sexualité, comme on a pu le constater très fréquemment dans les offres commerciales qui nous ont été faites à cette occasion. La traditionnelle fête du sentiment devient progressivement, mais invinciblement, celle de l’érotisme. On est maintenant bien loin des doux amoureux de Peynet. J’ai reçu entre tant d’autres une publicité sur Internet vantant un site intitulé « Adopte un mec », et invitant pour ce faire à « accéder au stock » ! Continuez comme cela, mes chers contemporains, et vous perdrez jusqu’à la poussière de votre nom !

 

 

Romantisme--illustration.jpg 

 


 

Nota :

1/ Sur la problématique soulevée par ce billet, on peut écouter mes émissions de radio sur Désymbolisation et unidimensionnalité : émission 1, émission 2, émission 3, émission 4, émission 5, émission 6.

2/ Pour lire ce billet sur le site de Golias, cliquer : ici.

3/ Tous les billets que j'ai donnés à Golias Hebdo, entre fin décembre 2008 et fin janvier 2011, sont maintenant parus, en version souvent considérablement augmentée, dans le recueil suivant publié aussi chez Golias : Des mots pour le dire - L'actualité au fil des jours.

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Mercredi 20 février 2013 3 20 /02 /Fév /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°276, semaine du 20 au 26 février 2013 : 


Livre

C’est un compagnon irremplaçable. Or il décline aujourd’hui, et on peut se demander s’il ne disparaîtra pas. Traditionnellement, il permettait un dialogue avec son auteur, un échange d’idées, comme le dit Descartes : « La lecture des bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés. » Cette conversation se matérialisait par des annotations faites dans les marges du livre, et parfois celles-ci le « dévoraient ». Personnellement, je ne peux jamais lire quoi que ce soit, journaux compris, sans avoir un crayon à la main, pour y noter mes impressions, les pistes vers lesquelles me mène ce que je lis, mes approbations ou désapprobations, etc. Peux-t-on faire la même chose avec le livre électronique ? Je n’en suis pas du tout sûr. L’essentielle personnalisation du texte, la conversation intérieure dont je viens de parler,  n’y sont pas garanties. Il n’y aura qu’absorption unilatérale d’informations, et non pas vrai échange.

D’autre part, pour que le livre continue à exister, il faut que son auteur en tire une gratification minimale, y compris financière, sinon il sera découragé pour écrire encore. Parfois son existence matérielle même en souffrira. Or Internet habitue ceux qui le fréquentent à la gratuité totale des contenus qu’ils consultent. Qui veut encore payer pour lire un livre ? Mais on oublie le pouvoir symbolique de l’achat. Faire un sacrifice, même modeste, en ouvrant son porte-monnaie, est utile non seulement à celui qui permet le livre (auteur, éditeur, libraire), mais aussi symboliquement à celui qui le consent. Dans l’inconscient, et d’ailleurs aux yeux de tous, ce qui est gratuit n’a pas de valeur. Lacan disait que la cure psychanalytique n’est efficace que si on la paie. Derrière le cynisme apparent de ce mot, il y a une vérité profonde : en toute matière, il faut mériter le bénéfice qu’on en attend.

Comme professeur, je me souviens de la gratuité des livres confiés aux élèves : certains n’en étaient pas contents, car à la fin de l’année il fallait les rendre, et on ne pouvait pas les faire vraiment siens. L’apprivoisement, la création de liens, comme dit Saint-Exupéry dans Le Petit Prince, n’étaient pas possibles. « C’est le temps que tu auras passé à t’occuper de ta rose qui la rend si importante. » Pareillement de l’effort que tu auras fait pour acquérir un livre...

 

 

Livre--illustration.jpg

 


Nota :

1/ Pour lire ce billet sur le site de Golias, cliquer : ici.

2/ Tous les billets que j'ai donnés à Golias Hebdo, entre fin décembre 2008 et fin janvier 2011, sont maintenant parus, en version souvent considérablement augmentée, dans le recueil suivant publié aussi chez Golias : Des mots pour le dire - L'actualité au fil des jours.

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Mercredi 13 février 2013 3 13 /02 /Fév /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Voici le texte du billet que j'ai donné à Golias Hebdo, n°275, semaine du 14 au 20 février 2013 :


Dégoût

 Un footballeur célèbre vient de signer un engagement au PSG, et cet événement a fait la une des medias, par exemple du Journal de France Inter, où il a été présenté bien avant la guerre au Mali, ou les licenciements d’ouvriers réduits désormais au chômage, etc. Il jouait jusque là aux États-Unis, et on a calculé qu’il y gagnait 66 euros par seconde passée sur le terrain. Il est une véritable Pop star, et traîne après lui toute une cohorte de fans, ou de followers comme on dit sur les réseaux sociaux. On sait d’ailleurs que ce comportement généralisé sur Internet est celui du mouton, dont Rabelais nous dit, à propos de l’épisode bien connu impliquant Panurge, « être le plus inepte animal du monde ».

Comment peut-on « suivre » quelqu’un dont le salaire est une insulte au moindre travailleur ? Comment ce même travailleur peut-il même payer fort cher pour aller l’applaudir sur un stade, acheter un T shirt à son effigie, etc. ? Je pense à ce que disait Coluche du triomphe de la consommation : dire qu’il suffirait que les gens n’achètent pas pour que toute cette civilisation du factice et du gaspillage s’effondre ! « Vous n’êtes vraiment pas raisonnables ! », disait-il, et il avait bien raison. À l’évidence, les vedettes du sport ou du show biz ne gagnent ces sommes astronomiques et obscènes que parce que des gens leur font fête. C’est bien à eux qu’ils les leur doivent, à leur fondamentale irréflexion.

On me dira que cela a toujours existé, que la foule ne réclame, depuis l’ancienne Rome, que du pain et des jeux (panem et circenses). On ne m’empêchera pas tout de même, devant cet état de choses, d’éprouver le plus grand dégoût. Les gens se ruent en masse dans une auge à cochons, et s’y vautrent, contents d’eux-mêmes, de leur médiocrité, au bénéfice de quelques uns, qui en vivent grassement. Je ne sais si quelque nouvel Hercule nettoiera ces écuries d’Augias. Je ne sais vers quoi nous allons, mais je sais bien dans quoi nous marchons. Et ce n’est pas le sabir de la publicité qui nous en tirera. Voyez le dernier slogan de La Redoute : « Shoppez les must have de cette saison ! » Autrement dit, perdez votre propre langue, et suivez le troupeau heureux des décervelés !

 

 

Degout--illustration.jpg 


Nota :

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Mercredi 6 février 2013 3 06 /02 /Fév /2013 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Ci-après, un lien qui mène vers le dernier billet que j'ai écrit pour Golias Hebdo :

   

Sainteté 

 

Saintete--illustration.jpg

 

 Vous pouvez, si vous le voulez, laisser des commentaires ici même, ou bien sur le site de Golias.


Nota :

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