L’entreprise chinoise UBTech a dévoilé le 30 juin dernier des robots androïdes à l’apparence hyperréaliste inédite, dotés d’intelligence artificielle (IA) et présentés comme des remèdes contre la solitude. (Source : franceinfo.fr, 03/07/2026)
Apparemment il faut que celle-ci soit bien lourde à porter, puisqu’on en est réduit à imaginer des prothèses qui en protègent. Signe des temps sans doute, marque de notre individualisme et de la disparition des anciennes solidarités. Mais aussi, fâcheuse confusion entre l’isolement catastrophique où nous mène cette disparition, et la solitude elle-même, qui peut être très féconde et positive – à condition de savoir l’habiter. Pensons à la devise de Bernard de Clairvaux : « Bienheureuse solitude, seule béatitude » (Beata solitudo, sola beatitudo).
Mais nos contemporains ne cherchent au contraire qu’à se fuir eux-mêmes et à s’étourdir dans une frénésie de contacts supposés. Il n’est pas étonnant alors que cette recherche les décevant ils se tournent vers un robot pour calmer et combler leur vide intérieur. Au moins celui-là, toujours disponible et accueillant, ne les décevra pas. Mais précisément c’est là que réside le piège. Car y disparaît la confrontation avec autre que soi, que seul permet le vrai dialogue. On peut rêver d’une vie sans conflit aucun : mais c’est s’enfermer, par ignorance de l’altérité complexe, dans un solipsisme qui n’est pas hauteur humaine.
Bien plus, c’est d’une vraie régression à un stade infantile qu’il s’agit ici. Le robot-nourrice, toujours disponible, bienveillant et sécurisant, est en vérité entre les mains de son concepteur, qui en manipulant les algorithmes et avec le secours de l’IA peut prendre véritablement le contrôle de son utilisateur, le diriger, le mener où il veut – en s’assurant de sa passivité, induite par l’attachement qu’il lui inspire.
L’enjeu pour l’homme est la disparition de sa liberté. Je pense ici à ce que Tocqueville dit du rôle de l’État-providence devenu tout-puissant dans les démocraties modernes. Il prend l’individu entre ses grandes mains, le modèle à son gré, finit par gérer et décider tout à sa place, jusqu’à lui épargner « la peine de vivre ».
Exactement comme le robot androïde... Et ce n’est pas par hasard que le pays-pilote dans sa production, la Chine, est totalitaire, et connu pour la surveillance et le fichage de ses citoyens.
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