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10 mars 2026 2 10 /03 /mars /2026 02:00

Elle peut constituer un état second, comparable à celui de l’ivresse. C’est la réflexion que j’ai eue en voyant à la télévision les manifestations de douleur chez les fidèles en Iran inconsolables de la mort de leur Guide suprême. Ils criaient très fort leur peine, se frappaient ostensiblement la poitrine, menaient sans réserve un deuil très théâtral.

 

Je sais bien que la piété doloriste des musulmans chiites revoie spécifiquement au souvenir qu’ils font du martyre d’Hussein, fils d’Ali cousin du Prophète (Source : slate.fr, 04/06/2017). Mais cette caractéristique appartient aussi à notre christianisme. On la trouve par exemple dans le Stabat Mater, où le croyant évoque la passion de Jésus : Laisse-moi être blessé de ses plaies, m’enivrer de la croix et du sang de ton Fils. – Fac me plagis vulnerari, fac me Cruce inebriari et cruore Filii. (strophe 17)

 

Le mouvement est le même. On s’hallucine d’une scène gore, que l’on se rend présente aux yeux par le secours de l’imagination, selon ce qu’Ignace de Loyola conseille dans ses Exercices spirituels. Littéralement même, on la vit dans son corps, où peuvent s’imprimer les stigmates, les marques des plaies du corps du crucifié. Dès lors on ne s’appartient plus, prisonnier de cette ébriété divine.

 

On pourrait dire que mimer ainsi les détails d’une scène insoutenable remémorée permet de s’en délivrer, par le processus au théâtre appelé catharsis. Mais l’enjeu ici est plus lourd de conséquences. En effet il s’agit d’affirmer sa foi, faire d’une victime bien réelle un martyr fantasmé témoin d’une puissance religieuse transcendante, auquel on s’identifie. Cette euphémisation de l’échec, transformé en victoire, ne peut être due qu’à l’émotion. La pensée, la réflexion montreraient exactement le contraire. Les larmes toujours brouillent le regard.

 

En suite de quoi on peut non seulement vouloir pleurer sur la victime, mais rechercher activement l’occasion de se joindre à elle dans la mort. Quoi de mieux alors que faire mourir autrui pour finir par partager complètement le sort de celui sur lequel on sanglote avec tant de véhémence ? Le martyr devient le fou de Dieu, ou le terroriste kamikaze. On ne peut rien objecter de rationnel à cette démarche, qui repose par gradations successives sur l’émotion ressentie. Comme disait Voltaire : « Que répondre à celui qui s’imagine gagner le ciel en vous égorgeant ? »

 

D.R.

 

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9 mars 2026 1 09 /03 /mars /2026 15:44

Un idéal à qui tous aspirent :

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8 mars 2026 7 08 /03 /mars /2026 02:00

Un ancien article (28 septembre 2023)

 

À propos du tremblement de terre qui a ravagé il y a quelques jours le Maroc, j’ai entendu plusieurs rescapés remercier Dieu d’en avoir réchappé. Pour moi cela m’a fort surpris. Je m’attendais sinon à une révolte, du moins à un silence plus ou moins méprisant, pouvant porter condamnation à ce qui était arrivé. Fidèle au Si Deus est, unde malum ? (« Si Dieu existe, d’où vient le mal ?), je voyais dans le séisme une raison de s’insurger, de ne pas croire, un peu comme ce fut le cas pour beaucoup d’esprits devant celui de Lisbonne, au XVIIIe siècle. Mais non, la foi chevillée au corps de ces fidèles n’a pas été effleurée par le doute. L’obtention d’un salut personnel a fait justice de tout le reste.

 

Même chose à propos du séisme qui s’est produit en Turquie en février dernier. Les malfaçons ayant causé l’écroulement d’un grand nombre de maisons, on se serait attendu à ce que les habitants cherchent les responsabilités, demandent des comptes aux politiques corrompus. Mais non, quelque temps après le même président a été élu, et le même système a pu perdurer. Le fatalisme a tout emporté. On ne s’attache pas à maîtriser ce qui arrive, puisque c’est Dieu qui s’occupe de tout.

 

Ce fatalisme foncier se trouve aussi dans l’Évangile. « Et qui d’entre vous peut, par son inquiétude, prolonger tant soit peu son existence ? » (Matthieu, 6/27) Le moindre de nos cheveux est compté, et si rien n’est possible à l’homme, à Dieu tout est possible (ibid. 19/26).

 

Cette attitude propre au premier christianisme et à l’islam, caractérise cette âme « magique » dont parle Spengler dans Le Déclin de l’Occident, pour l’opposer à l’âme grecque ancienne, caractérisée par l’insouciance des grands enfants, et à l’âme faustienne de l’Occident moderne, faite d’élan vers un désir infini. Et la résume la soumission qui clôt le livre de Job.

 

Mais nous avons du mal chez nous à nous soumettre ainsi, pour nous soumission n’est pas résignation, comme le dit Hugo dans À Villequier. La sensibilité et aussi la raison continuent de réclamer leur part de contestation.

 

Le fatalisme oriental permet sans doute de trouver la paix : islam veut dire soumission, et la paix qu’on y trouve. Il est différent de notre âme inquiète et interrogeante. Pourtant nous ne pouvons nous empêcher de penser, parfois, qu’il a poussé bien loin le sacrificium intellectus, le sacrifice de l’esprit qui doute.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 28 septembre 2023

 

D.R.

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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