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29 juillet 2021 4 29 /07 /juillet /2021 01:01

 

L

u dans un magazine télé, à propos d’une série américaine très suivie, ce descriptif : « Samantha veut s’investir à 100% dans sa relation avec Jerry. »

 

Dans ce type de langage je vois une façon bien problématique de se comporter dans la vie…

 

Je gage que les Samantha vont se répandre aussi dans la population, et que pour beaucoup, il vaudra mieux s’appeler Samantha que Paulette. Cela fera peut-être plus rêver, mais ce snobisme de l’anglo-américain tourne assurément le dos à tout notre passé : pauvre Samantha Dupont ou Durand !

 

Cependant le ridicule onomastique n’est pas ici le plus important. Ce qui est plus grave est la formulation de la phrase. « S’investir » appartient au vocabulaire de la finance ou de l’économie. Quant au pourcentage, peut-on calculer un investissement affectif comme on le fait d’un investissement boursier ? Sera-ce 100%, 50, ou moins ? Que va rapporter la « relation » ?

 

Assurément il y a là tout un monde du calcul et de l’intérêt. Mais on oublie qu’en matière de vrai sentiment tout ce qui peut être évalué n’a aucune valeur. Le jeu de la marguerite est inconnu des vrais amants. Le « Je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout » n’est que marivaudage, car tout le monde sent qu’aimer bien n’est pas aimer. Quand on aime vraiment, ce n’est pas calculable : quand la comparaison entre par la porte, l’amour s’en va par la fenêtre.

 

Sinon, on ne fait que s’amuser. J’ai bien peur que ce soit le cas aujourd’hui, où les « relations » ne durent qu’un temps. Ce sont de simples expériences, qui n’engagent pas la vie. Le temps fait passer l’amour, l’amour fait passer le temps. On s’enlace, puis on s’en lasse. Parfois même les relations obéissent à la règle des trois unités chère au théâtre classique, et codifiée par Boileau :

 

 

« Qu’en un jour, en un lieu, un seul fait accompli

Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli. »

 

 

Samantha « veut » aimer à 100%, comme si cela dépendait d’elle ! Et que dira son Jerry, s’il apprenait qu’elle peut « s’investir » à moins ? Voyez aussi l’ambition qu’on a aujourd’hui de tout « gérer » : sa vie, son stress, ses épreuves. Fait-on un plan de vie comme on fait un plan de carrière ? Cette vision commerciale ambitionne une totale maîtrise sur les choses, au mépris du destinal inhérent à la vie. [v. Destin]

 

 

Écoutons donc toujours le langage : il façonne ensuite les êtres, singes imitateurs, et parfois dans la pire des voies.

 

23 juillet 2009

 

***

 

Ce texte est paru en son temps dans le journal Golias Hebdo. Il figure maintenant, avec d'autres textes comparables, dans l'ouvrage suivant, premier tome d'une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

 

 

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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 01:01

Il y a des mots, disait Valéry, qui ont plus de valeur que de sens. C’est le cas du mot de liberté, que l’on arbore avec beaucoup d’exaltation, mais dont la signification est souvent totalement creuse parce qu’abstraite, générale, et fourre-tout.

 

On connaît le poème éponyme d’Éluard. La liberté y est célébrée sur un mode litanique. Mais de quelle liberté s’agit-il : de celle d’un chômeur, de celle d’un migrant, de celle d’un cancéreux ? Ils n’ont pas tous les mêmes possibilités. Ce poème est essentiellement religieux, comme le souligne bien Benjamin Péret dans Le Déshonneur des poètes. Le plus grand flou le caractérise, il fait penser à ce langage des prêtres de tous ordres qui sont, toujours selon Valéry, les « préposés aux choses vagues ».

 

Si demain je vais à l’Élysée et salue le président de la République d’un retentissant « Bonjour Mademoiselle ! », on verra si je serai libre de le faire...

 

... C’est à quoi j’ai pensé en entendant les anti-vaccins défendre leur liberté lors de nombreuses manifestations, et accusant le pouvoir en place de dictature. Car enfin, de quelle liberté s’agit-il ? De celle de faire tout ce dont on a envie ? Mais ce n’est pas la liberté, c’est la licence. La liberté de chacun s’arrête où commence celle des autres, et doit nécessairement être bornée : à cela servent les lois précisément, qui défendent tous les citoyens sans exception, contre les exactions de certains. On se reportera ici à ce que dit Montesquieu dans L’Esprit des lois, en montrant comment se corrompt la démocratie par l’abandon du souci de l’autre et de la responsabilité afférente : « On était libre avec les lois, on veut être libre contre elles. »

 

Un seul principe, mais fondamental, régit la vie individuelle et celle des sociétés : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » Les opposants à la vaccination ne voudraient pas assurément être contaminés par le virus. Cependant ils ne se soucient pas de contaminer les autres. Ils ne pensent qu’à eux, sans voir au-delà de leurs envies immédiates.

 

Ce principe me semble si facilement compréhensible que ces manifestations n’apparaissent à l’évidence que comme un prétexte pour se dresser contre le pouvoir en place. Ce n’est pas pour rien qu’on a vu les Gilets Jaunes s’y adjoindre. Et sur les braises de l’émoi soufflent les démagogues de tout poil, qui instrumentalisent et manipulent la naïveté de certains crédules apeurés.

 

D.R.

Signification de cette image : La liberté absolue n'existe pas. Se libérer n'est que sauter de contraintes étroites à simplement des contraintes plus larges, comme le poisson du premier au second bocal.

 

***

 

Ce texte est à paraître dans le journal Golias Hebdo. Il figurera dans une collection dont fait partie l'ouvrage suivant en tant que premier tome. On peut en feuilleter le début (Lire un extrait), et on peut l'acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Tous les livres de la collection sont aussi disponibles sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
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Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

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Pour voir la liste de tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

 

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 01:01

I

l en est de virtuels, et Facebook en est un. Il compte déjà 2 milliards d’utilisateurs, et chaque minute trois personnes qui y sont inscrites meurent dans le monde. À cette cadence, le nombre de profils de personnes décédées devrait dépasser celui de personnes vivantes d’ici cinq ans (Source : Sudouest.fr, 01/11/2017).

 

Le profil d’une personne décédée peut être transformé par sa famille et ses amis en « page souvenir », et être alimenté avec des photos ou des hommages. Si cela peut soulager les proches de la victime, cela peut aussi les empêcher de faire leur deuil, et de surmonter la peine de la perte en regardant plutôt vers l’avenir que vers le passé. En outre de telles pages suscitent parfois un voyeurisme malsain.

 

Dans le cas aussi où nul ne voudrait perpétuer cette « page souvenir », le fait de laisser le profil Facebook d’un mort à l’abandon pose aussi problème. Ces pages fantômes ne disparaissent pas pour autant : elles reviennent hanter les proches de la victime, et s’incrustent dans le monde des vivants à grands coups de notifications automatiques et de rappels d’anniversaire. L’informa­tique ignore l’oubli, et on peut y traîner des casseroles non seulement toute sa vie, mais encore toute sa mort : une éternité de rappels, qui ne sont pas forcément bienvenus, aussi bien pour sa propre mémoire que pour la vie des survivants.

 

En vérité, les vivants doivent se séparer des morts pour pouvoir continuer à vivre. En Afrique, on dit qu’il faut « tuer le mort », et le transformer en « ancêtre ». Si le poids du mort sur le vivant est trop grand, le second est vampirisé par le premier. Le vampire est celui qui n’est pas encore mort, un mort-vivant s’acharnant sur les vivants et se nourrissant de leur substance.

 

Chez nous on affecte au souvenir des morts un jour de l’année, le lendemain de Toussaint. Mais les autres jours on ne subit pas leur emprise, et on peut regarder vers l’avenir, faire des projets. Pareillement le remariage est autorisé, voire conseillé, après le veuvage. Cela évite de vivre toujours sous la domination de la personne morte, comme c’est le cas dans La Chambre verte, de Truffaut, ou dans Dracula, de F-F. Coppola.

 

Chez les anciens Grecs on fêtait les morts le troisième jour des Anthestéries, mais aussi à la fin de ce jour on leur donnait congé, en les renvoyant dans leur propre monde. La signification est la même.

 

L’éternité Facebook oublie cette séparation symbolique nécessaire des deux mondes. Elle est faite dans nos cimetières par le mur, souvent élevé, qui les enclot. Sinon on n’en comprendrait pas l’utilité : ceux qui sont à l’intérieur ne peuvent pas en sortir, et ceux qui sont dehors ne veulent pas y entrer ! Sachons donc en tirer leçon...

16 novembre 2017

 

D.R.

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Ce texte est extrait de mon dernier recueil d'articles Petite philosophie de l'Insolite. L'ouvrage est disponible en deux formats, papier et livre électronique (E-Book). On peut en feuilleter le début en cliquant ci-dessous sur : Lire un extrait. On peut le commander sur le site de l'éditeur en cliquant sur : Vers la librairie BoD. Il est aussi disponible sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
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Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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