C’est peu de dire que l’actuel président états-unien en est dépourvu. Le montrent beaucoup de ses déclarations publiques, et ce depuis longtemps. Ainsi quand il s’en est pris naguère à l’honneur militaire du sénateur John Mac Cain, prisonnier pendant la guerre du Vietnam, dont il a contesté le statut de héros : « C’est un héros de guerre parce qu’il a été capturé. J’aime les gens qui n’ont pas été capturés. » (fr.euronews.com, 19/07/2015) Ou encore, plus récemment, quand il a refusé d’aller se recueillir devant la tombe de soldats américains morts, les qualifiant simplement de « losers ». (bfmtv.com, 04/09/2020) Ces déclarations en ont horrifié certains, en un pays qui vénère les anciens combattants. On pourrait ajouter que ce dédain des forces armées ne manque pas de sel, venant de quelqu’un qui n’a pas fait son service militaire. Et aussi on reste sidéré en pensant que ces déclarations n’ont pas empêché leur auteur de se faire élire deux fois.
Refuser de se mettre à la place de qui connaît l’épreuve, de souffrir en pensée avec lui, partager en quelque sorte son échec, pour ne valoriser au contraire dans la vie que la réussite est signe certain d’absence d’empathie. Le mantra du président pourrait être : Malheur aux vaincus ! (Vae victis !). On peut parler de validisme, néologisme qui désigne un système de valeurs faisant de la personne dite « valide » la norme sociale. Mais aussi, plus classiquement, on peut penser à une idéologie virililiste ou masculiniste, renvoyant à un ancien réflexe patriarcal. Le sexe masculin doit incarner la seule force, à laquelle revient toujours et en tout domaine la prééminence : Du côté de la barbe est la toute-puissance. Gageons que le président n’aimerait pas s’attendrir devant une Piéta, dont le but est de provoquer de la part du spectateur une identification empathique. Sans doute préfèrerait-il une image du Surhomme triomphant, façon Rambo.
Cette option viriliste est-elle propre à la civilisation occidentale ? On peut penser que le christianisme, qui structure cette dernière, était à l’origine féminin d’inspiration. S’adressant à Jérusalem, Jésus se compare à une poule qui abrite ses poussins sous ses ailes (Matthieu 23/37– Luc 13/34). L’empathie de ce langage est bien féminine, et il faudrait la retrouver. Car ensuite elle a pu se perdre, jusqu’à aujourd’hui la position caricaturale de Donald Trump.
D.R. Monde perdu C ette croix à un carrefour balise mes promenades ordinaires, près de chez moi. D’habitude elle me sert simplement de repère, mais un jour j’ai pensé à ce qu’autrefois e...
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Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).