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17 juin 2021 4 17 /06 /juin /2021 01:01

Un pêcheur de homard états-unien du Massachusetts, déjà rescapé d’un crash aérien en 2001, s’est retrouvé dans la gueule d’une baleine avant d’en être expulsé sans blessure. Assurément il a eu beaucoup de chance, étant miraculé deux fois, ou doublement ressuscité. (Source : lemonde.fr, 14/06/2021)

 

Pour l’« avalement » de la baleine, on pense évidemment au cas de Pinocchio et de son père, dans le conte de Collodi. Mais surtout, et au-delà, à l’aventure de Jonas dans la Bible, même si le gros poisson qui l’ingurgite n’y est pas spécifié comme baleine. Recraché par elle au bout de trois jours, on a vu dans son aventure une préfiguration de la résurrection de Jésus, comme ce dernier y invite lui-même en s’adressant à ses contemporains : « Génération mauvaise et adultère qui réclame un signe ! En fait de signe, il ne lui en sera pas donné d’autre que le signe du prophète Jonas. Car tout comme Jonas fut dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » (Matthieu 12/39-40).

 

J’ai cependant montré dans mon ouvrage La Source intérieure (BoD, 2017) que l’histoire de Jonas n’est pas celle d’une résurrection physique réussie, mais celle d’une résurrection spirituelle manquée. En effet on voit dans tout le livre que Jonas fuit sa vocation d’aller prêcher les Ninivites, jusqu’à désirer être englouti par le poisson : ce qui lui arrive ne fait qu’incarner son désir secret de blottissement quasi-fœtal au creux du navire qui le porte. De même chez Collodi il faut que Pinocchio persuade son père, qui s’y trouve bien, de sortir du ventre-matrice de la baleine, pour abandonner la régression et s’ouvrir à la progression. Et lorsque Jonas, décidément psychorigide, voit que Dieu pardonne aux Ninivites, il ne l’admet pas. Il n’a pas assez de plasticité intérieure pour accepter le pardon, même jugé injuste. La fin du livre ne montre pas qu’il a compris la leçon.

 

Qu’ensuite on ait vu dans le cas de Jonas rendu à l’air libre une résurrection physique littérale (comme la réanimation d’un cadavre) contrevient totalement au sens de cette histoire. Elle signifie symboliquement la stagnation qui guette tout paranoïaque qui s’imagine avoir raison et n’en démord pas. Mais les gens préfèrent être éblouis par le miracle qu’éclairés par le symbole.

 

Laissons pourtant à notre brave pêcheur le réconfort de croire au premier !

 

D.R.

 

***

 

On peut voir ici la présentation de mon livre La Source intérieure, et lire la préface que lui a donnée André Gounelle :

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15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 01:01

O

n nous dit aujourd’hui qu’il faut toujours positiver, développer en soi une pensée optimiste, se persuader qu’on va réussir. Cela va du coaching dans le sport ou l’entreprise, jusqu’au fameux « développement personnel », dont les ouvrages inondent les librairies et Internet. Je pense aussi aux films ou livres destinés à remonter le moral (feel good movies, feel good books), qui alimentent cette tendance.

 

Cette idéologie de l’autosuggestion remonte à la méthode bien connue du pharmacien Émile Coué, dans les années 1920. À l’en croire, il fallait chaque jour se répéter, comme un mantra, la formule magique : « Tous les jours, à tout point de vue, je vais de mieux en mieux. »

 

Bien sûr, nul ne songerait à nier l’importance du mental ou du moral sur l’équilibre personnel, et même parfois sur la santé. Cependant, à la survaloriser, et à faire de l’individu seul la source et le remède de tous ses problèmes, on court le risque de s’épargner l’analyse du contexte, qui bien souvent les crée. Il y a beaucoup de déterminants qui nous échappent dans tout le négatif qui nous assiège, très souvent sociaux.

 

Un chômeur par exemple n’est pas responsable de la situation qui le frappe : le « développement personnel » ne lui est alors d’aucun secours. Victime objective d’une situation économique donnée, je doute fort qu’un simple coaching (habille-toi mieux, soigne davantage ton look, souris, etc.) suffise à lui procurer un emploi. Il ne faut pas s’abuser : traiter ainsi le problème serait sans pro­portion avec sa cause.

 

Émile Coué insistait aussi sur la nécessité de se concentrer sur une seule idée, en ne pensant à rien d’autre. Pour cette raison, disait-il, sa méthode ne pouvait fonctionner chez les intellectuels. En effet ceux-ci explorent devant une situation tout le champ des possibles, et donc le « monoïdéisme » ne leur convient pas.

 

On comprend alors la récupération politique qui a été faite de la méthode Coué dans les années 1930, par les milieux conservateurs et nationalistes français. Il s’agissait alors de ne penser qu’à une chose, et avec un élan tout à fait étranger au doute : la revanche guerrière contre le voisin allemand. Ce n’était point du tout le moment de l’introspection.

 

Le monoïdéisme mène à une pensée totalitaire. La positivité aussi qu’il affiche cache le réel derrière des représentations factices. Voyez la critique du kitsch, fondement de l’idéologie communiste, que fait Kundera dans L’Insou­te­nable légèreté de l’être : le  kitsch est la négation absolue de toute la négativité inhérente à la vie. [v. Kitsch : lien]

 

Méfions-nous donc du triomphalisme et de l’autosuggestion. Sans doute aimerions-nous dire la phrase fameuse : Yes we can ! Au moins qu’elle ne soit pas aveuglée et exempte de réflexion...

 

11 mars 2010

 

D.R.

 

 

***

 

Ce texte est paru en son temps dans le journal Golias Hebdo. Il figure maintenant dans une collection dont fait partie l'ouvrage suivant en tant que premier tome. On peut en feuilleter le début (Lire un extrait), et on peut l'acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

***

 

Pour voir la liste de tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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13 juin 2021 7 13 /06 /juin /2021 11:53

I

l ne faut pas la confondre, comme beaucoup le font, avec l’isolement. Ce qui est mauvais, c’est l’isolement, qui peut créer effectivement une impression tragique d’abandon. Mais la solitude, condition humaine et condition de l’humain, est fort différente. L’assumer d’abord entièrement est le préalable toujours nécessaire pour rompre ensuite l’isolement, et pour rencontrer les autres.

 

Le respect pour chacun de sa solitude constitutive fait partie d’un élémentaire souci de soi : il n’est pas un défaut, malgré ce qu’on pense souvent, en confondant l’égoïsme, qui est simplement le fait de penser à soi, et l’égocentrisme, qui est le fait de ne penser qu’à soi. L’Évangile dit très bien qu’on doit aimer son prochain « comme soi-même », en sorte que si on ne s’aime pas soi-même, on ne peut aimer son prochain. Selon le mot profond de Valéry : « Si le moi est haïssable, aimer son prochain comme soi-même devient une atroce ironie. »

 

Cessons donc de nous complexer là-dessus, et aussi d’instrumentaliser l’autre, en en faisant un outil pour nous fuir, pour éviter de nous voir nous-mêmes et nous en détourner (sens propre du mot : divertissement). Voyez les petites annonces de rencontres dans les journaux : « N’en pouvant plus de solitude, cherche l’âme-sœur… » Autrui y est réifié, traité, au rebours de ce que dit Kant, non comme une fin mais comme un moyen. Mieux vaut alors prendre un animal de compagnie, et l’âme sœur finira au poisson rouge…

 

En fait, au lieu de vivre, comme beaucoup, par les autres et pour soi-même, il faudrait vivre par soi-même et pour les autres. L’autarcie au sens d’autosuffisance où le prenaient les sages antiques est le préalable et la condition nécessaires à toute bonne socialisation. Avant de s’ouvrir aux autres, ce qui évidemment est nécessaire car la vie aussi est relation, il faut d’abord s’appartenir, ce qui est littéralement se tenir à part.

 

Ainsi aimer l’autre est respecter sa solitude, veiller sur elle. La meilleure définition de l’amour est peut-être celle de Rilke, dans ses Lettres à un jeune poète : « Deux solitudes qui se bornent, se protègent et se rendent hommage. » Trop près l’un de l’autre, les amants s’étiolent, comme deux arbres qui se font de l’ombre parce que plantés trop proches. La promiscuité sociale, hélas ! fait trop souvent perdre cela. « Versez-vous à boire, mais ne buvez pas dans le même verre », dit aussi Khalil Gibran, dans Le Prophète. Méfions-nous d’une trop constante proximité. La devise des amants intelligents pourrait être un : « Toi sans toit ».

 

On sait encore le bel éloge de la solitude que fait l’évangile selon Thomas : « Heureux êtes-vous, les solitaires et les élus, parce que vous trouverez le Royaume ; comme vous êtes issus de lui, vous y retournerez. » À quoi j’ajouterai la belle devise de saint Bernard : Beata solitudo, sola beatitudo – Heureuse solitude, seule béatitude…

 

23 septembre 2010

 

 

D.R.

 

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Ce texte est paru dans le journal Golias Hebdo. Il figure dans une collection dont fait partie l'ouvrage suivant en tant que premier tome. On peut en feuilleter le début (Lire un extrait), et on peut l'acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Tous les livres de la collection sont aussi disponibles sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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