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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 15:04

¨(Extraits de mes ouvrages) 

Le texte qui suit, extrait de mon ouvrage La Source intérieure, explicite le texte : Genèse d'un fasciste.

   


Il est dans la Bible un petit livre de quatre pages, qui dit tout sur ce qu’est ou ce que devrait être une vraie conversion (en montrant son échec), et aussi à l’inverse sur la façon dont on devient totalitaire et fasciste, par psychorigidité, par étouffement ou ignorance d’une voix intérieure, ou, ce qui revient au même, refus d’un appel ou d’une vocation (lat. vocare : appeler) nous sommant de nous redresser. C’est le livre de Jonas. Constamment Jonas y dort, ou veut dormir : rester couché. C’est cette stase névrotique précisément, la souffrance qu’elle entraîne, le repliement sur soi et le mépris des autres, qui sont potentiellement fascisants....

 En Jonas, Thanatos triomphe d’Éros, la mort de la vie. Mais s’il n’avait pas été psychorigide, s’il avait admis l’injustice du pardon (et pareille à la sienne est l’attitude du frère de l’enfant prodigue en Luc), il aurait guéri. En fait, il est paranoïaque : le ricin qui l’ombrage est tout, le sort des habitants de Ninive, rien. Comme il y a un complexe d’Œdipe, il y a un complexe de Jonas : au fond, notre névrose de base......

On voit qu’on ne gagne rien à diaboliser le fascisme, et tout à essayer de le comprendre, je ne dis pas évidemment l’excuser : souffrance d’une âme incapable de dépasser son propre raisonnement, de sortir de sa stagnation ou de sa paralysie intellectuelle, par simplement la compréhension de l’incom­­préhensible. Combien aujourd’hui, nouveaux Jonas, se barricadent chez eux, et se protègent de l’anarchie dangereuse de la rue grâce à leur digicode ! Reclus face aux exclus : deux mondes, et entre eux un énorme fossé.

Jonas veut dormir, mourir, d’autres deviennent anges exterminateurs, et en se comportant en Vengeurs remplacent ainsi un Dieu qu’ils jugent trop clément. On voit cela dans la figure du Capitaine Nemo, isolé et désocialisé, comme Jonas dans le ventre de son poisson, dans son sous-marin le Nautilus (dans Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne) ; dans celle du capitaine Achab, héros de Moby Dick de Melville ; ou encore dans des films comme Taxi driver, Seven, ou Fight club. S’il y a d’abord fatigue, psychasthénie, il peut y avoir ensuite, née sur le même terreau, violente explosion du démonique : « Qui me condamnera, dit Achab, alors que le Créateur lui-même devrait passer en jugement ? » Ces souffrances dans le premier cas (celui de Jonas), et les bouffées délirantes qui s’y ajoutent dans le second, tout cela est potentiellement en nous-mêmes. Névrose ou psychose, c’est toujours crispation sur ses propres certitudes, manque d’ouverture et de plasticité.

Quand le Seigneur interroge, pose des questions, Jonas affirme au contraire, il est sûr de lui. Il ne veut pas que le pardon soit donné à ceux qui selon lui ne le méritent pas. Il lui aura manqué de se dire : cette chance qui leur est donnée, c’est injuste, soit ; mais il y a quelque chose de supérieur même à toute justice, c’est l’amour qui pardonne. Ce n’est pas pour rien qu’on lit le Livre de Jonas à la synagogue le jour du Grand Pardon (Yom Kippour). Ne faisons donc pas comme lui, faisons comme les Ninivites, qui posent la bonne question : « Qui sait si Dieu ne reviendra pas et ne se repentira pas, et s’il ne renoncera pas à son ardente colère, en sorte que nous ne périssions point ? » (Jon 3/9) Quelle grande profondeur il y a dans ce « Qui sait si… » ! La profondeur de tout Peut-êtreQuizás… Laissons donc toujours les questions ouvertes (comme peut-être aussi les portes de nos maisons). Peut-être dans la vie n’y a-t-il jamais de dernier mot

La version courante de cette histoire, qui voit dans l’engloutissement et dans la délivrance finale du prophète une préfiguration ou un « signe » de la résurrection effective ou physique de Jésus lui-même, version tirée de passages évan­géliques eux-mêmes (Mt 12/38-41 et Lc 11/29-30), manque en toute hypothèse le sens symbolique profond du récit. C’est qu’on a alors regardé dans une toute autre direction : au lieu de vouloir re-vivifier des vivants, on a voulu s’occuper de réanimer les cadavres. La pression populaire a dû être très forte pour aller dans ce sens.

Pourtant l’histoire de Jonas, à mon avis, n’est pas celle d’une résurrection physique réussie, mais celle d’une résurrection spirituelle manquée...


 

→ Extraits de La Source intérieure, Golias, 2007, pp. 69-73 (chapitre : "Naître à nouveau")

 

© Michel Théron - 2010



Couverture de La Source intérieure

 

Pour voir la quatrième de couverture, cliquer : ici.

Pour voir des commentaires, cliquer ici, ici, ici, et ici (pour la 1e édition de l'ouvrage)

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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