Si grand que puisse être le respect que nous lui accordons, je crois qu’il ne doit pas être aveugle, au risque de présenter un réel danger. Ainsi en est-il, dans la Bible, de l’appel adressé par le Seigneur à Abraham, de quitter son pays pour aller vers la terre qui lui est promise : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. » (Genèse 12/1 – Traduction TOB).
Il est évident que ce passage, pris matériellement, alimente les fondamentalistes juifs, qui s’en autorisent pour développer une vision expansionniste de leur pays : c’est leur idée du Grand Israël, qui doit s’étendre sans obstacle du Nil à l’Euphrate. Récemment l’ambassadeur américain en Israël a dit de même qu’Israël correspond à une « promesse de Dieu à Abraham » – paroles vivement critiquées par les gouvernements arabes, car ravivant toutes les peurs qu’inspire le sionisme dans la région. (Source : courrierintenational.com, 23/02/2026)
Il est certain qu’une telle position n’est pas faite pour pacifier la situation géopolitique au Proche-Orient, par exemple pour apaiser le conflit qui s’y joue entre israéliens et palestiniens. Situation inextricable car si les israéliens peuvent rappeler la shoah dont ils ont été victimes, les palestiniens eux aussi ont été victimes d’un exode forcé (la catastrophe de la nakba). Ce n’est pas en brandissant des textes qu’on sacralise en oubliant leur origine humaine, mais bien plutôt par le dialogue à égalité d’interlocuteurs, qu’on pourra donner à chacun ce qui lui revient.
Surtout quand on donne de ces textes une version seulement littérale et matérielle. Car souvent une autre vision, plus intériorisée, est possible. Ainsi Chouraqui traduit Genèse 12/1 par « Va pour toi » (Lekh Lekha), et n’exclut pas dans son commentaire l’interprétation d’une rupture spirituelle proposée à Abraham. Pareille vision symbolique est soutenue par un rabbin dans un intéressant article : « Retourne à toi-même – Abraham et le cheminement spirituel » (reconstructingjudaïsm.org)
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Combien plus ouvertes, et moins dangereuses, sont des interprétations de ce type ! Un livre est bien plus utile quand on le lit de façon symbolique, comme font par exemple la kabbale juive ou la gnose chrétienne, et non quand on le brandit belliqueusement pour écraser les autres. Il faut vivre par le symbole ou mourir par la chair.
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Michel Théron