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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 23:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

 

Beauté (suite)


Elle est une lettre de recommandation que nous portons sur notre figure, ou un sauf-conduit pour notre personne tout entière : et c’est aussi, comme la grâce toute-puissante pour les chrétiens, une injustice dont on bénéficie. Par là elle peut tout excuser ou absoudre. C’est à quoi j’ai pensé en lisant un fait divers paru sur la Toile, « La cambrioleuse la plus sexy du monde » (6Medias, 22/09/2014)

Il s’agit d’une canadienne de 21 ans, qui s’adonne au cambriolage de maisons inoccupées. Interpellée en août, elle est suspectée de plus de 40 vols par effraction et de possession d’armes à feu, 108 chefs d’accusation en tout. Elle comparaîtra le 17 novembre face à la justice. L’important dans cette histoire est qu’elle est jeune et jolie, et a publié sur Facebook des photos attestant de sa plastique avantageuse, ce qui a semé des émois sans nombre parmi les internautes masculins. À certains, elle a même donné envie qu’elle vienne cambrioler leur domicile : ils lui ont donné leur adresse pour cela. Un familier de Twitter a aussi succombé à ses charmes : « Elle peut voler mon cœur n’importe quand. » Et le tabloïd britannique Mirror a écrit qu’elle était « aussi chaude que les marchandises qu’elle est accusée d’avoir volées. »

Je ne sais si les juges vont être sensibles dans leur décision au physique de la délinquante. Mais cela m’a fait penser aussi à l’histoire de Phryné, hétaïre (courtisane) très belle, qui dans la Grèce antique fut accusée d’impiété. Elle fut défendue par l’orateur Hypéride, l’un de ses amants. Selon Athénée, celui-ci, sentant la cause perdue, aurait déchiré la tunique de Phryné, dévoilant aux Héliastes (les Juges) sa poitrine et emportant ainsi la faveur du jury : Phryné fut acquittée et portée en triomphe au temple d’Aphrodite tandis que le rhéteur adverse fut chassé de l’Aréopage. Cette Phryné a notamment inspiré une toile à Jean-Léon Gérôme (Phryné devant l'Aréopage, 1861), et là c’est la nudité entière de Phryné qui émoustille les juges et renverse leur décision.

Je ne tire de ces faits aucun jugement moralisateur. Je me contente de constater que rien n’est nouveau sous le soleil, comme le dit l’Ecclésiaste, ou bien que toutes choses sont toujours les mêmes, comme dit Lucrèce (eadem omnia semper). Ainsi vont les hommes, et au désir de justice s’opposera toujours la fascination pour la beauté !

 

Beauté (suite), illustration

 

Jean-Léon GérômePhryné devant l'Aréopage1861, conservé à la Hamburg Kunsthalle

 

Beaute--suite---illustration-2.jpg

 

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


Petite philosophie de l'actualité, format Internet  Cliquer sur l'image

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commentaires

T
"Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face", selon le moraliste; j'ajouterais à ce duo la beauté, même si ses canons varient dans le temps et dans l'espace. Elle nous fait toucher au
sacré, voire au religieux, divine ou diabolique, d'autant que sa distribution est ou paraît scandaleusement arbitraire. Là est la permanence.
Il reste que le changement est important, de Phryné à notre héroïne contemporaine: celle-là transforme l'accusation dont elle est l'objet en triomphe, celle-ci, pour le moment du moins, appelle
l'indulgence -sans garantie de résultat!-, et, vraisemblablement, vise surtout ua vedettariat, non exclusif de quelques rencontres intéressantes. Beauté marchandisée ici, beauté sacralisée de
l'autre - ce qui est d'autant plus fort que Phryné vit ouvertement de ses charmes. Oui, nous avons bien changé d'univers.
Avec mon meilleur souvenir et mes sentiments les plus amicaux.
Répondre
W


Merci, cher Teddy, de ton message. Je pense comme toi qu'il y a un côté transperçant, "numineux", et finalement meurtrier de la beauté :


La beauté meurtrière


Elle est, disait Breton, une "catastrophe". Et selon Rilke, "le commencement du terrible".


D'accord avec toi aussi pour dire qu'entre la cambrioleuse et Phryné il y a une différence de mondes...


A bientôt. Amitiés.


Michel



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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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