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7 janvier 2022 5 07 /01 /janvier /2022 02:01

I

l y a quelque temps en Allemagne on a proposé aux hommes qui n’étaient pas sûrs s’être les vrais pères de leurs enfants un test de paternité par analyse d’ADN.

 

Ils devaient frotter l’intérieur de leur joue et celui de leurs enfants avec deux coton-tiges différents et envoyer les échantillons dans un labo spécialisé, qui déterminait en quelques secondes, pour 400 euros environ, si les empreintes génétiques se recoupaient.

 

Résultat : les soupçons ont été confirmés dans un cas sur cinq. Cela a déclenché des crises familiales, rupture, rejet des enfants, etc. Un vrai faux papa a même exigé d’un tribunal le remboursement de dix-huit ans de pension alimentaire !

 

Le Bundestag a envisagé alors d’interdire la réalisation de ces tests sans le consentement explicite de la mère. Dans un pays où de très nombreuses femmes, toujours au foyer, dépendent financièrement du père, véritable ou non, de leurs enfants, l’essentiel était de les protéger d’un futur précaire.

 

Ce m’est ici l’occasion de réfléchir sur ce qu’est la vraie paternité : elle n’est pas biologique, mais fonctionnelle. Le vrai père n’est pas celui qui donne la vie, comme on dit, mais celui qui adopte l’enfant, qui décide de s’en occuper. C’est ce qu’on voit dans le très profond mythe de la naissance virginale de Jésus, tel que le raconte le début de l’évangile de Matthieu. Le vrai père de Jésus est Joseph, parce que d’abord il a fait confiance à Marie quand elle lui a dit qu’elle était enceinte (et tout homme est comme lui face à la même situation, n’ayant aucun moyen d’en savoir le fond), et ensuite parce qu’il a gardé Jésus auprès de lui pour l’élever, le faire grandir.

 

Voyez aussi Fanny de Marcel Pagnol. À Marius qui veut récupérer son enfant, César répond qu’il est très facile pour un homme de donner la vie, et même très souvent elle lui est prise, en quel­ques secondes d’inconscience : « Les chiens aussi donnent la vie… » Le vrai père ici est Panisse, qui a épousé Fanny et reconnu l’enfant qu’elle portait en lui donnant son nom. Comme le dit l’adage juridique : Is pater est quem nuptiae demonstrant (Le père est celui que démontre le mariage). Et quand Marius demande impertinemment si le père est « celui qui donne la vie ou celui qui paie des biberons », César répond très profondément : « Le père, c’est celui qui aime. »

 

Je se sais si les scientifiques s’en rendent compte. Les tests génétiques sont une véritable bombe, qui peut faire exploser bien des couples. Le processus peut aussi servir d’arme redoutable, être instrumentalisé par l’une des parties, si elle est malintentionnée, pour détruire l’autre. On ris­que de perdre cette qualité si précieuse pour les relations entre les sexes : la confiance.

 

Laissons donc la biologie où elle est : elle nous ferait régresser à la barbarie, en passant de l’ordre subtil de la culture à celui, élémentaire, de la nature.

 

> Article paru dans Golias Hebdo, 8 avril 2010

 

D.R.

 

***

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

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1 janvier 2022 6 01 /01 /janvier /2022 02:01

Je vous souhaite aussi de revenir un peu cette année à l'Origine, à l'Enfance primordiale et son Royaume, à la Source intérieure souvent oubliée. Et pour cela je vous offre une photo et deux poèmes qu'elle m'a inspirés :

Vœux 2022
I
Loin de la mer natale...
Solitaire exilé loin de la mer natale

Le coquillage attend ce qui lui appartient.

Malgré le calme plat et la surface étale

Comme lui je voudrais revenir d’où je viens.



Et quand donc reviendra la vague qui m’emporte

Finira ce désert de sable où je languis,

Ne pourrai-je échapper à l’existence morte

Retrouver ce pays où seul je suis en vie...

 

 

II

 

Lointaine l’origine...

Là où est le commencement,
là sera la fin.
Évangile selon Thomas

 

La fin est dans le commencement
et cependant on continue.

Samuel Beckett

 

Lointaine l’origine


Mais toujours visible


Comme un horizon de nostalgie

 

Et pourquoi ne pas


Un jour


Emporté par une vague


Y retourner ?

 

 

***

 

Revenez au Commencement :

 

retrouvez en vous l'Enfant que vous avez été.

 

Il vous attend...
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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 02:01

L

es catholiques viennent de fêter la fête de la Sainte Famille, fixée au dimanche qui suit Noël. Il s’agit bien entendu de la famille de Jésus, qu’on nous invite à célébrer.

 

Pourtant, en ouvrant mon Évangile, j’y remarque le passage suivant : « Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs,  il ne peut être mon disciple. » (Luc 14/26) Quel décalage, alors, entre ce refus radical de la famille bio­logique, et cette fête qu’on nous propose !

 

Ce texte me poursuit toujours, d’autant que le verbe haïr (en grec, miseîn) y figure, et qu’il ne sert à rien de vouloir l’atténuer.

 

De ma perplexité, cependant, m’a tiré la lecture de l’évangile selon Thomas. On y lit en effet, au logion 101 : « Celui qui ne récuse son père et sa mère comme moi ne pourra devenir mon disciple, et celui qui n’aime son Père et sa Mère comme moi ne pourra devenir mon disciple. Car ma mère m’a engendré, mais ma véritable Mère m’a donné la vie. »

 

Enfin un texte magnifiquement lumineux ! Pourquoi faut-il à la fois récuser père et mère, et les aimer ? C’est que, dans le premier cas, il s’agit des parents réels, dont nous avons tôt fait de voir, par la proximité même où nous sommes d’eux, les imperfections, les faiblesses. Et dans le second cas, il s’agit des parents idéaux, mythiques, archétypaux.

 

Ce sont des projections admiratives que nous faisons, enfants, sur nos parents, mais dont le souvenir peut nous accompagner toute notre vie, pour conjurer la déception que fatalement ils nous donnent dans le monde réel. Peut-être au fond nos parents ainsi idéalisés, projetés et attendus par notre psyché ne naissent-ils pleinement en nous que lorsqu’ils meurent...

 

Parfois ce sont le Parrain et la Marraine qui jouent dans la réalité ce rôle de Père divin et Mère divine, en anglais Godfather et Godmother. Pour les enfants qui ont la chance d’en avoir, ils peuvent correspondre à ce profond besoin psycho­logique de sécurisation, en tirant leur prestige de leur éloignement même. En dehors même de toute signification religieuse, je dirai que l’usage de donner ainsi des garants tutélaires à l’enfant qu’on baptise est bénéfique : sa vérité pour moi est son utilité.

 

Si donc Père et Mère idéaux sont les caryatides qui soutiennent l’enfant balcon, ils peuvent rester pour nous adultes des viatiques vivifiants : il est bien dommage que Luc n’en ait pas fait mention, et nous laisse sur un mot abrupt et tranchant qui peut désespérer.

 

Aussi, même si selon Jules Renard tout le monde dans la réalité n’a pas la chance d’être orphelin, tout le monde peut garder et chérir au fond de soi le souvenir de ses parents idéaux, qui constituent la vraie famille – spirituelle.

 

> Article paru dans Golias Hebdo, 15 janvier 2009

 

D.R.

Ce texte est repris dans le premier des deux tomes suivants. Cliquer sur Undefined pour commander le livre :

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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