C’est un beau mot, qui implique l’idée d’une surprise et d’une gratuité, gratifiantes pour celui qui le reçoit. Il ne viendrait à l’idée de personne d’en dévaloriser la nature et l’intention. Pourtant l’époque de Noël en met à mal considérablement la signification.
On oublie qu’elle est la commémoration symbolique de la naissance d’un Sauveur pour les chrétiens, ou bien, au solstice d’hiver, de la renaissance anticipée de la végétation pour ceux qui ne partagent pas cette croyance. C’est le sens de la Crèche pour les premiers, et de l’arbre de Noël pour les seconds. Mais ce sens est perdu aujourd’hui, où pour la majorité Noël n’est plus qu’une occasion de festoyer et d’échanger des présents. Religion, espérance et foi en la Nature s’effacent devant la goinfrerie et la fièvre acheteuse. Si l’on veut, le signe seul subsiste, sans la signification : Noël est vu de façon purement formelle.
Ces cadeaux qu’on y fait en sont un bel exemple. Ils n’ont pas besoin de se référer à ceux apportés par les Rois Mages de l’Évangile, qui sont oubliés de beaucoup, si grande est l’amnésie religieuse de nos contemporains. La poésie y disparaît devant l’injonction à consommer, à alimenter inlassablement l’immense marché des biens matériels, en eux-mêmes anonymes et interchangeables.
C’est si vrai que beaucoup revendent sans vergogne sur Internet, le lendemain de la fête, les cadeaux qu’ils ont reçus la veille, et qui ne leur plaisent pas. Ils ne voient pas, dans ce cas, l’absurdité de la chose, et qu’il serait pour eux bien opportun d’y mettre fin. Non, ils continuent à être, tous les ans à pareille époque, les pourvoyeurs aveugles du Grand Marché.
À cet égard d’ailleurs, la dernière trouvaille est la proposition des Listes de Noël, calquée sur celle des Listes de mariage. Beaucoup de sites marchands en fournissent. On fait sa liste, et on invite parents et proches à puiser dedans. Finis, nous dit-on, les cadeaux non souhaités ou reçus en double ! Mais l’ensemble se démasque alors : ce n’est plus qu’une transaction utilitaire, à mille lieues de la dimension de surprise et de gratuité inhérentes au vrai cadeau. Tout devient totalement prévisible, comme ce grand manège de la consommation qui à force d’être intégré à l’esprit comme une injonction naturelle, et à l’image d’un serpent qui se mord la queue (ouroboros), finit par se consommer elle-même.
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Michel Théron