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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 21:46

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici un extrait de l'article Silence, du tome 2 de ma Théologie buissonnière. Il permet d'éclairer aussi ma vidéo La part de l'ange, puisque j'y commente l'expression connue : Un ange passe. Voir aussi l'émission de radio : Ange.

 


On peut juger de la profondeur d’un homme par la qualité de son silence et sa lenteur à en venir aux mots, et au contraire de sa superficialité par son agitation et son bavardage. Voyez comment les paysans, ces remarquables taiseux, jugent et jaugent un homme qu’ils voient pour la première fois : ils l’observent d’abord, et voient s’il sait se taire, et ne s’étourdit pas en étourdissant les autres par sa volubilité.

 

Il y a une magie du silence, qu’on trouve dans l’expression : « Un ange passe ». Voyez la chanson récente d’Adamo, La part de l’ange. Il s’agit de nier le refroidissement et l’entropie ordinaires de la vie, ou comme diraient les gnostiques, la rouille du temps, qui oxyde tout : Pour retrouver la part de l'ange / Qui s'est perdue au long des jours. – Cette part est celle du silence.

 

Le silence nous met à l’écoute de l’essentiel, qui ne peut être distingué, discriminé par les mots qu’avec violence, donc avec risque d’être détruit. Il s’oppose à la « parlerie » ordinaire, qui masque l’inauthenticité de nos vies, et la réalité de notre dégradation, de cette chute ontologique dont parle Heidegger dans L’Être et le Temps. Exactement comme notre désir d’entasser chez nous les objets matériels pour nous dispenser de méditer sur l’essentiel. Ou comme cette horror vacui (horreur du vide) qui caractérise la majorité de notre art occidental, et qui s’oppose au dépouillement et au laconisme de l’art zen par exemple. Comparez un bouquet de Breughel, par exemple, et n’importe quelle composition de l’ikebana (art du bouquet japonais). Là le vide triomphe du plein, et l’air, l’énergie, le souffle, qu’on l’appelle ruah, pneuma ou khi, peuvent mieux circuler : ce qui étoffe, étouffe. Aussi, quand on fait du feu, il ne faut pas entasser les bûches, mais laisser des interstices entre elles, pour que l’air puisse affluer et alimenter la flamme. Parfaite image de ce qui doit être, en écriture, le style : savoir suggérer seulement, donc faire au silence sa part.

 

Les Quakers prient ou méditent dans le silence. De même au Japon la cérémonie traditionnelle du thé est silencieuse : seul s’entend le bruit de la bouilloire, et on sait même à quel point précis de son chant le thé peut être apprêté. Les bruits les plus infimes, quand on y prête attention, peuvent avoir une énorme densité. Voyez le film Le grand silence, de Philip Gröning (2006), tourné à la grande Chartreuse, au pied des Alpes : film sans aucune parole et sans aucune explication, où, pendant presque trois heures, seules se voient des images et seuls s’entendent des sons. Film admirable, qui nous donne de Dieu la meilleure idée qui soit : non un vent violent, non un tremblement de terre, non un grand feu, mais seulement « un murmure doux et léger » (1 Rois 19/11-13).

 

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 17:14

º  (Émissions de radio)

 

Voici pour écoute un des billets que j'ai donnés à Golias Hebdo, et qui ont été diffusés ensuite à la radio montpelliéraine FM+ (durée : 4'14") :

  

Solitude 

  

Attention : tenir compte du temps de téléchargement ; il faut attendre que la barre de lecture s'affiche, pour accéder au fichier.

Ensuite cliquer sur : Lecture ( ) pour écouter l'émission. On peut l'interrompre à tout moment, revenir en arrière si on n'a pas bien compris, etc.

 

 



 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


Petite philosophie de l'actualité, format Internet

 

 Cliquer sur l'image

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 21:24

¨(Extraits de mes ouvrages)

En complément à Mon enfance m'appelle, je reproduis ici un magnifique poème de Jean Tardieu, L'enfant resté au bord de la route, que j'ai cité et commenté au début du dernier chapitre de ma Source intérieure, « La Source et l'Origine » (pp.127-128) :

  


 

Voilà plus de trente ans que j’attends de vivre. Ai-je vécu ?     

Sans doute quelqu’un a vécu. Mais ailleurs, quelqu’un d’autre est resté, un petit d’autrefois que je connais bien. Celui-là depuis toujours est demeuré, celui-là toujours à la même place demeure. Il attend, il m’attend et à travers la distance énorme il me fait des signes désespérés. 
Oui c’est bien celui-là qui s’étonne là-bas, qui appelle, crie, gémit, car on ne l’a pas emmené. On l’a trahi : il croyait que tout allait venir à lui – et tout s’est éloigné de lui. Tandis que moi, moi qui suis parti sur la route, moi le quelqu’un qui va toujours là où
je vais, c’est moi qui ai tout emporté, tout emporté, même l’image du solitaire enfant resté assis désespéré sur une borne de la route.  
En effet, j’ai beaucoup beaucoup marché et parce qu’en marchant j’ai tout arraché des bords du chemin, parce que j’avançais sans cesse, ah ! comme je me suis cru riche ! Pourtant je ne possède rien qui  vaille : les fils dansants du télégraphe, l’écho de mes pas, l’odeur des cuisines d’auberge, l’aboiement des chiens la nuit derrière les grandes portes  fermées.       
Comme je voudrais retourner vers l’enfant ! Il savait tout d’avance – et c’est bien pour cela qu’il pleurait.
   

 

(Jean Tardieu, La part de l’ombre, « Poésie » / Gallimard, 1972, p.190-191, « L’enfant resté au bord de la route »)

 


 

L'épigraphe de mon ouvrage est une citation du psychiatre et psychanalyste René Diatkine, qui résume le projet du livre tout entier :

   

Celui qui va mal reste fasciné par l'horizon infini de ses rêveries d'enfant. Il devient statue, sans plus savoir les raisons de son immobilité. C'est à nous de les retrouver avec lui.

   


 

→ Voir aussi : Enfance mon amour

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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