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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 01:00

C’est enseigner ce qu’on sait à celui qui ne le sait pas. A priori, quelle plus noble et plus utile tâche ? Pourtant ce mot a mauvaise presse aujourd’hui. Parlant de la crise de l’école, le recteur de l’Académie de Caen a déclaré : « Il faut imaginer un enseignement beaucoup moins didactique..., plus vivant, plus concret, qui mette la classe en activité, dans l’échange, la confrontation, le désaccord. » (Télérama, n°3394, p.8) Autrement dit, il faut faire parler les élèves, les pousser même à l’affrontement, et le rôle du professeur sera au départ, non point celui d’un dépositaire du savoir à transmettre, mais celui d’un animateur de débat.

Cette attitude fleurit dans le « pédagogisme » qui sévit depuis des dizaines d’années chez les hauts responsables de notre Éducation nationale (ex. Instruction publique). Elle conduit à la pire démagogie. Bien sûr, je ne suis pas pour qu’on revienne au cours ex cathedra, asséné aux élèves de façon univoque, comme un catéchisme, qui est le fait de répéter en écho (ekhein) une voix descendue d’en-haut (kata). Mais enfin, de cette caricature de l’enseignement à la simple écoute et prise en compte de discussions sans ordre et dignes du café du commerce, il y a un grand pas. J’ai souligné dans mon billet Naturel (Golias Hebdo, n°289), à propos du film de Laurent Cantet Entre les murs, que le cours ainsi conçu ne peut que dégénérer en une immense pagaille, ce qu’on voit effectivement à l’écran. Le masque tombant, si nécessaire pourtant à chacun pour que la vie en société soit vivable, chacun y va de son idée, alimentant à qui mieux mieux cacophonie et violence.

Il y a angélisme à s’imaginer que l’élève sait tout d’avance, et qu’on n’a pas besoin de lui apprendre quoi que ce soit. Les idées de Socrate et de Rousseau sur l’accouchement des esprits ne peuvent fonctionner qu’en relation individuelle, comme celle d’un élève avec son précepteur. Sinon il y a illusion. Écoutons la réponse qui est faite à celui qui en est dupe dans Micromégas de Voltaire (chapitre 7) : « Ce n’était donc pas la peine que ton âme fût si savante dans le ventre de ta mère, pour être si ignorante quand tu aurais de la barbe au menton. »

Didactisme

Didactisme

***

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

 

Petite philosophie de l'actualité, format Internet

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 01:00
11 février 2015, 16 H 22

11 février 2015, 16 H 22

Ombres

 

Et le pin parasol

S'allonge sur le sol...

 

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 01:00
Le christianisme en questions

Le christianisme en questions

Question : Qu’apportent les variantes dans l’étude des textes juifs et chrétiens ?
  
Réponse : Elles complexifient la pensée, non pas pour l’égarer, mais pour l’enrichir

 

On a vu à la question précédente que la Septante était la traduction d’une version du texte hébreu, d’autres sans doute existant au même moment. Mais peut-être les soixante-dix rabbins ont-ils déjà eu sous les yeux plusieurs textes, entre lesquels il leur a fallu choisir. Ou bien peut-être ont-ils hésité eux-mêmes quant à la façon de rendre un seul texte, ce que montrent des variantes dans leur travail.

 

Je ne prendrai qu’un exemple, celui de Job 2/9. Frappé injustement par Dieu, qui veut éprouver sa foi, Job ne comprend pas ce qui lui arrive. Sa femme lui dit alors : « ‘Tu demeures  ferme dans ton intégrité ! Maudis Dieu, et meurs !’ » (traduction TOB) Or la Septante a pour ce verset pas moins de 5 versions, dont la dernière est : « Adresse quelque parole au Seigneur et meurs ! ». Ces différentes versions montrent, de façon très significative, une grande hésitation de la part des rédacteurs de LXX. On notera que dans la dernière « maudire » a disparu, et que « Dieu » est remplacé par « le Seigneur ». La première désignation ou figure de « Dieu » (Élohim) est en effet volontiers plus majestueuse et très souvent menaçante, et la seconde, « le Seigneur », qui calque Adonaï, prononcé à la place du tétragramme IHVH, est plus proche de l’homme, plus « dialoguante » avec lui.

 

La Vulgate au contraire a ici : « Bénis Dieu et meurs ! » (Benedic Deo et morere). Les commentateurs s’accordent à dire que le terme hébreu est « bénir », mais que par « euphémisme » disent-ils, en réalité par antiphrase, cette expression « bénir » peut signifier par ironie son exact contraire – ce que la traduction de Jérôme, en l’état, ne fait pas sentir. En tout cas, on voit que LXX, dans ses 5 versions du passage, a considérablement hésité. Et ces hésitations sont fort fécondes pour l’esprit. Lorsqu’on est frappé par l’épreuve, faut-il maudire Dieu, ou parler avec le Seigneur ? Ici le choix, l’alternative enrichissent plus que la simple injonction unique.

 

Toute réflexion sur une religion doit partir, de mon point de vue (je suis littéraire, et non pas historien ou sociologue), d’une enquête sur le texte dont elle se réclame, et des différentes interprétations que ce texte permet. Or ce texte étant dès l’origine et par nature divers, multiple, les interprétations le sont aussi. Et l’éventail des possibles ainsi découverts nous donne de l’humain, de sa psyché, une vision beaucoup plus complexe et ouverte, plus proche de nous, que si un seul texte nous est donné comme bloc unique, à prendre tel quel, immuable et sans variante, ne varietur.

 

Cette ouverture est possible pour les religions du Livre, mais plus pour les universitaires et chercheurs indépendants, que pour ce qui est du culte : la synagogue ne connaît que le texte massorétique, la liturgie juive ignore la LXX, que seule reconnaît, comme susdit, l’église chrétienne orthodoxe. Telle autre communauté chrétienne ne reconnaîtra que tel manuscrit, à l’exclusion des autres. Quant à la mosquée, elle ne connaît que ce qu’on appelle « la « vulgate othmanienne », c’est-à-dire la version canonique et définitive du Coran établie sur l’ordre du calife Othman (644-656), qui, une fois celle-ci établie, ordonna que l’on détruisît tous les autres versions qui avaient pu être utilisés pour l’établissement du texte. Bref, il faut remercier les esprits libres, qui vont regarder ailleurs que dans les seuls textes reçus, et nous ouvrent l’esprit.

 

Au fond, seuls sont désorientés et égarés ceux qui veulent se ranger à un texte unique, par frilosité et peur d’interpréter personnellement : ils préfèrent être rassurés et guidés. Mais ceux qui explorent, quand ils peuvent y avoir accès, le champ extrêmement grand des variantes du texte en sortent considérablement enrichis d’un point de vue humain.

 

A suivre...

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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