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31 octobre 2022 1 31 /10 /octobre /2022 13:58

Une petite méditation sur le sentiment d'être en exil ("fils exilés d’Ève", dit le Salve Regina), et sur la nostalgie de l'Enfance essentielle :

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30 octobre 2022 7 30 /10 /octobre /2022 02:00

C

omprenons par ce mot, attesté dans Le Robert, non qu’on veuille changer son nom de baptême, mais qu’on demande qu’il ne soit plus fait mention de son baptême dans les registres de l’Église.

 

C’est ce qu’un requérant a demandé au diocèse de Coutances dans la Manche. Il a obtenu en 2001 que soit inscrite dans le registre la mention : « A renié son baptême ». Mais depuis 2009 il demande de ne plus y apparaître du tout.

 

Le tribunal a donc demandé au diocèse le 30 octobre 2011 d’effacer toute mention de ce baptême, avec le motif suivant : « L’existence de ce baptême sur un registre accessible à des personnes tierces à l’individu concerné constitue en soi une divulgation de ce fait, qui porte par conséquent atteinte à la vie privée. »

 

Mais le diocèse refuse d’effectuer cette suppression, et vient de faire appel (source : AFP, 28/05/2013).

 

Cette réaction de l’Église ne me surprend pas. En effet le baptême est un sacrement indélébile, et en supprimer définitivement la mention reviendrait pour elle à admettre l’apostasie.

 

Mais aussi, cette position ne peut se réclamer de l’Évangile. On lit en effet en Marc 16/16 : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » Autrement dit, le baptême doit suivre la croyance qui est plus importante que lui, et simplement la signifie, la manifeste. Tout seul, le baptême n’assure pas le salut. Et si la croyance vient à disparaître, ce qui est évidemment le cas pour notre demandeur, le baptême n’a plus de raison d’être. Pour qu’il soit délivré, il faut qu’il y ait une volonté expresse de l’impétrant.

 

C’est pourquoi certaines confessions chrétiennes refusent le baptême des enfants (pédobaptisme), car les enfants ne sont pas capables d’exprimer leur foi : infans en latin signifie littéralement « qui ne parle pas ». D’autres prônent le « rebaptisage » à l’âge adulte (anabaptisme). Ces positions, qui soulignent bien l’importance capitale de la croyance ou de la foi dans l’admi­nistration du baptême, sont plus évangéliques que celle de l’Église officielle.

 

La vérité est que pour elle le baptême est un sacrement pouvant opérer comme un processus magique, en lui-même efficace ou performatif, indépendamment des intentions de celui qui le reçoit. Depuis l’invention augustinienne du péché originel, qui n’a rien d’évangélique, il est nécessaire de l’administrer à quiconque naît, pour le laver de cette tache.

 

Mais derrière ces belles considérations, la raison est moins noble : le baptême dépend du bon vouloir de celui qui l’administre, qui peut s’il le veut le refuser. Tous les chantages ici sont possibles. Comme en bien des domaines, le motif secret de la chose est la sauvegarde d’un pouvoir.

 

Article paru dans Golias Hebdo,13 juin 2013

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

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28 octobre 2022 5 28 /10 /octobre /2022 01:00

E

lle me semble le fait de l’Église catholique allemande, qui vient d’excommunier tous ceux qui ne paient pas l’impôt religieux traditionnel, comme le rapporte le quotidien Die Welt.

 

Ce décret a reçu la bénédiction du pape, et est entré en vigueur à partir du 24 septembre dernier (Source : Slate.fr, 22/09/2012).

 

Je sais bien qu’en Allemagne, comme chez nous en Alsace, on considère les ministres du culte, catholiques et protestants, comme des fonctionnaires, et qu’ils sont à ce titre rémunérés par l’État. Chez nous cela s’appelle le système du Concordat. Outre-Rhin, un impôt spécifique est prélevé sur les fidèles. Et certes il y a une certaine logique à dire à ceux qui ne le paient pas qu’ils ne peuvent bénéficier des prestations offertes par l’Église : on ne peut pas, comme on dit vulgairement, avoir le beurre et l’argent du beurre, ne pas payer et vouloir encore bénéficier des cérémonies, des bénédictions, de l’encens, des musiques, etc.

 

Cependant cette façon de voir a des aspects fort contestables. Quid du fonctionnariat en matière de ministère ? Drewermann a bien justement critiqué les clercs vus de cette façon dans son livre Fonctionnaires de Dieu. L’Église n’apparaît ici que comme un prestataire de services tarifés. Or c’est contre cela précisément que Luther s’était dressé, contre le risque de simonie, c’est-à-dire le fait de trafiquer des services sacrés.

 

L’Église, me semble-t-il, doit quasiment par définition être accueillante à tous, et ses services devraient être gratuits. D’une part parce que certains sont trop pauvres pour les rémunérer. Et de l’autre par principe : Dieu ne fait exception de personne, il fait lever son soleil sur les justes et les injustes, et dans sa maison pas plus qu’ailleurs on ne peut le servir au même titre que Mammon.

 

L’Église catholique allemande fait preuve ici, outre de cupidité, d’une rigueur inflexible. Elle manque de charité, et on peut voir dans son décret une forme de chantage.

 

Cet exemple montre, a contrario, qu’on ne vantera jamais assez la laïcité. Elle rend à César ce qui lui appartient, et à Dieu ce qui est à Dieu. Le denier du culte chez les catholiques français est une contribution volontaire et gratuite : on donne librement, on ne s’acquitte pas d’un impôt. Il ne faut pas faire intervenir un contrat calqué sur ceux de la société civile là où il ne devrait y avoir qu’un élan spontané du cœur.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 11 octobre 2012

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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