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26 octobre 2022 3 26 /10 /octobre /2022 01:00

En général l’ensemble de rêves et l’imaginaire dont peut s’entourer le désir sont constitutifs de notre humanité. Il n’est pas seulement et pas toujours réductible à la sexualité élémentaire, comme Marcuse l’a souligné dans un livre essentiel, L’Homme unidimensionnel.

 

Ce n’est pas la même chose de faire l’amour dans une voiture et dans un pré fleuri, au printemps par exemple : dans le premier cas, il s’agit seulement de sexualité, d’acte brut et brutal, minimal et animal, et l’homme n’a plus qu’une seule dimension ; dans le second, le désir s’élargit au paysage, aux sensations qu’il nous procure, etc. Il implique tout l’être, rêveries comprises. Il suffit de lire L’Amant de Lady Chatterley pour voir que l’amour physique même gagne beaucoup à être entouré de la vaste nature, qui l’agrandit et le poétise considérablement.

 

Savoir aimer est savoir parler d’amour, faire grandir le désir en l’alimentant au moyen des filtres du langage, et résister ainsi à tous les conformismes aplatissants. À l’inverse le Pouvoir totalitaire a tout à gagner dans ce que Marcuse appelle la « désublimation », où le langage s’aplatit et se « trivialise », et où disparaît l’ancienne rhétorique, si importante pourtant quand il s’agit de vivre l’amour, donc de le parler.

 

Traditionnellement c’est elle en effet qui multipliait filtres et écrans entre l’homme d’une part, les êtres et les choses de l’autre, et ces voilements permettaient de fouetter le désir en alimentant l’imaginaire. Exactement comme les voilements du corps : le vrai amateur d’érotisme a horreur du nudisme, et l’endroit le plus érotique d’un corps est celui où le vêtement bâille. Mais on en est bien loin aujourd’hui, à l’ère de la pornographie envahissante, des plans Q et des sites de rencontres faciles sur Internet.

 

Les écrivains classiques le savaient bien, dont devraient s’inspirer encore les amoureux. Ils laissaient deviner les choses et les regardaient plus obliquement que frontalement : le texte le plus réussi jouait sur la suggestion et l’allusion, il était une jupe fendue. À cela servaient par exemple les périphrases, les circonlocutions, qui tournaient autour des choses, en autant de circumambulations langagières qui les rendaient plus attirantes, comme le but d’une promenade s’enrichit des détours qu’on fait pour l’atteindre. Les métaphores aussi servaient à cela, instituant de subtils échos et ressemblances entre les choses, les êtres, les sentiments. Comme les pierres d’un cours d’eau s’embellissent des infinies nuances que leur donne le courant au-dessus d’elles, en les diaprant des reflets lumineux dus au ciel et aux nuages. Mais tout cela se perd, quand à la rhétorique amoureuse du détour et de l’esquive, au hors-champ du discours, succèdent le mot cru, la chose nue. Quand à une : « Dame de mes pensées », ou à un : « Je t’ai donné mon cœur », succède un : « Où, quand, combien ? »…

***

 

Ce texte est tiré de la dernière édition de mon ouvrage Savoir aimer - Entre rêve et réalité. En voici la présentation dans la quatrième de couverture :

 

Aimer au sens humain du mot n'est pas quelque chose de spontané. Cela s'apprend tout au long de la vie, et par une réflexion à quoi ce livre veut contribuer.
Il ne défend aucune vision normative de l'amour. Il traite d'abord de l'amour-passion, qui se nourrit de désir et de rêves. Puis de l'amour-compassion, qui affronte le réel. Ensuite, il met en lumière les dangers qui guettent l'un et l'autre : l'oubli d'autrui pour le premier, le sacrifice de soi pour le second. La dernière partie montre ce que pourrait être un bon usage de l'amour, exempt de ces deux dangers, et triomphant de la prose de l'existence au moyen de l'humour.

 

Pour feuilleter le début de l'ouvrage, cliquer ci-dessous sur : Lire un extrait. Pour le commander sur le site de l'éditeur, cliquer sur : Vers la librairie BoD.

 

Savoir aimer
Théron, Michel
20,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Aimer au sens humain du mot n'est pas quelque chose de spontané. Cela s'apprend tout au long de la vie, et par une réflexion à quoi ce livre veut contribuer. Il ne défend aucune vision normative de l'amour. Il traite d'abord de l'amour-passion, qui se nourrit de désir et de rêves. Puis de l'amour-compassion, qui affronte le réel. Ensuite il met en lumière les dangers qui guettent l'un et l'autre : l'oubli d'autrui pour le premier, le sacrifice de soi pour le second. La (...)

Savoir aimer
Théron, Michel
15,99€Livre ebook
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Aimer au sens humain du mot n'est pas quelque chose de spontané. Cela s'apprend tout au long de la vie, et par une réflexion à quoi ce livre veut contribuer. Il ne défend aucune vision normative de l'amour. Il traite d'abord de l'amour-passion, qui se nourrit de désir et de rêves. Puis de l'amour-compassion, qui affronte le réel. Ensuite il met en lumière les dangers qui guettent l'un et l'autre : l'oubli d'autrui pour le premier, le sacrifice de soi pour le second. La (...)

 

 

 

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25 octobre 2022 2 25 /10 /octobre /2022 14:18

Une réhabilitation fictionnelle du personnage de Judas :

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24 octobre 2022 1 24 /10 /octobre /2022 01:00

U

ne future ministre régionale allemande, qui sera la première femme d’origine turque à un tel poste, a provoqué un tollé dans son propre parti CDU (conservateur), en prônant le retrait des crucifix des écoles publiques.

 

« Les symboles chrétiens n’ont pas leur place dans les écoles publiques », a-t-elle déclaré. « L’école doit être un lieu neutre », a-t-elle ajouté, précisant que le voile n’avait « rien à faire » non plus dans une salle de classe.

 

De tels propos me semblent frappés au coin du bon sens : la laïcité ne se partage pas, et on n’y peut faire deux poids deux mesures. Ils ont cependant suscité des réactions très hostiles de la part de membres du même parti. Ainsi le ministre-président de Basse-Saxe a-t-il déclaré : « Les symboles religieux, en particulier la croix, sont considérés par l’exécutif régional comme le signe d’une éducation empreinte de tolérance, sur fond de valeurs chrétiennes. »

 

Je crois rêver ici : la croix est-elle un exemple de tolérance ? C’est en son nom et sous son égide que se sont faites les Croisades, qui n’en sont pas un modèle bien probant.

 

Et d’autre part cette croix résume-t-elle toutes les « valeurs chrétiennes » ? Distinguons-la d’abord du crucifix, où figure l’effigie du Crucifié : celui-ci est choisi par les catholiques, et celle-là, comme seul symbole du poteau sacrificiel, par certains protestants. Mais pas par tous : les réformés en effet lui préfèrent le Livre, de façon à mon avis bien plus intéressante. Un enseignement me semble toujours préférable à l’image d’un supplice. La réflexion en effet y gagne, même si l’émotion y est moindre. On peut en effet préférer le Christ enseignant qui nous sauve, au Christ qui nous sauve en saignant...[1]

 

Ensuite, en fait de « valeurs chrétiennes », il faut les mettre en perspective, et il n’y a pas que les choix dominants. Cette valorisation paradoxale de la croix nous vient de Paul, dans sa première épître aux Corinthiens : « Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. » (1/18)

 

Mais ce n’est pas parce qu’elle constitue bien en effet pour la majorité le christianisme, que celui-ci se résume à celle-là. Il peut très bien exister un christianisme sans le supplice rédempteur de la croix, et sans résurrection post mortem de Jésus. Cette position est celle des anciens Gnostiques, des Pétrobrusiens médiévaux, des Sociniens du 16e siècle, etc.

 

Ainsi, ceux qui se cramponnent si agressivement à la croix comme seul symbole chrétien possible feraient mieux d’étudier la pensée de tous ceux qui, dans l’histoire, l’ont rejetée, pour des raisons qui ne sont pas du tout méprisables.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 6 mai 2010

 

[1] ... comme je l’ai dit dans mon ouvrage Les Mystères du Credo – Un christianisme pluriel, éd. BoD, 2018.

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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