Selon un document stratégique dévoilé par la Maison Blanche, l’Europe est au bord de « l’effacement civilisationnel ». Pour y faire face, l’administration Trump « encourage ses alliés » européens de l’extrême droite à « résister ». (Source : huffingtonpost.fr, 06/12/2025)
Le déclin de l’Europe relié à son accueil des immigrés, c’est la théorie du Grand remplacement, théorie complotiste d’extrême droite introduite par l’écrivain français Renaud Camus, reprise chez nous par Éric Zemmour. Parallèlement, pour caractériser la décadence de l’Europe, le document relève un déclin chez nous de la liberté d’expression (free speech).
Je pense que ce réquisitoire est totalement de mauvaise foi. Pour l’immigration, les USA eux-mêmes sont une terre d’immigration, un creuset naturel (melting pot), où pourtant, malgré l’idéalisme initial de cette conception, xénophobie et racisme ne sont pas absents. Pour Trump par exemple un bon américain est un blanc anglo-saxon protestant (WASP). Les autres citoyens ne sont pas considérés par lui au même niveau. Il ne faut pas aussi oublier que ce pays s’est bâti, avec la Bible et le Colt, sur le génocide des Indiens, populations autochtones.
En fait, il y a deux façons de considérer un peuple : ou bien c’est selon l’idéologie trumpienne un ensemble organique particulier et hérité, plus ou moins fantasmé, dont la pureté doit être garantie, à l’écart de toute contamination, par le refus des étrangers. Ou bien c’est un ensemble organisationnel volontaire, où les citoyens s’agrègent librement selon ce qu’on appelle le Contrat social. C’est cette conception universaliste qui caractérise l’Europe, depuis les Lumières. Elle maintient justement à l’écart les relents xénophobes d’extrême droite, nationalistes et belliqueux par essence.
Quant à l’absence chez nous de liberté d’expression, le document américain oublie ce qu’il en est dans son propre pays, où la chasse aux sorcières fait rage, et où la censure sévit sans vergogne. Il n’est que de voir les listes de mots mis à l’index dans les universités, qui affrontent une vraie police orwellienne de la pensée.
Le document aurait été mieux inspiré de se souvenir de la parabole évangélique : « Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. » (Matthieu 7/3-5). Ou encore on y verra, si on préfère, l’hôpital qui se moque de la charité.
Voir aussi : Peuple, et Xénophobie
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Michel Théron