Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 01:01

« En art, comme dans toute œuvre humaine, l’important est le contenu. » J’ai pensé à cette phrase de Hegel dans son Esthétique en regardant sur Arte, dans la soirée du dimanche 5 avril dernier, l’émission Mozart superstar, qui a suivi la diffusion du beau film de Milos Forman, Amadeus. Sans hésiter on a comparé Mozart à des icônes modernes de la pop, comme Michael Jackson, ou les Beatles. On a souligné chez celui-là le même souci de se faire connaître à tout prix qu’il y a eu chez ceux-ci, le désir d’arriver, de suivre un « plan de carrière », etc. Bref une même stratégie de communication, souvent programmée familialement : on sait le rôle joué par le père dans la trajectoire de Mozart et de Michael Jackson.

 

Tout cela est bel et bon. Mais enfin ne concerne que la forme dans le destin de ces artistes. Rien n’a été dit du contenu de leur production elle-même. Ou plutôt si : on a posé ces contenus comme parfaitement équivalents, puisque, à part une intelligente interrogation de Philippe Sollers sur la durée des œuvres dans le temps, il a été affirmé que dans quelques siècles les artistes pop en question seront les égaux du compositeur autrichien. Un soi-disant critique a même dit que l’œuvre de ce dernier n’était pas exempte de vulgarité, et que certains passages (qu’il s’est bien gardé de nommer) annonçaient André Rieu. M’est revenue alors la réflexion du moraliste, selon lequel c’est un trait de petitesse d’esprit que de louer modérément !

 

Par une analogue irréflexion, une pianiste a dit que par rapport à Schubert, trop rêveur et introverti, ou à Bach, trop obnubilé par Dieu, Mozart était plus « sexy » ! Quelle absurdité que de comparer des esprits si différents, et de choisir entre eux ! Sauf à penser que l’amusement, le fun, doivent passer avant tout, ce qui est en effet le propre de notre modernité.

 

C’est le règne de l’égalisation de tous les contenus, du nivellement généralisé. Déjà à la fin du 19e siècle les nihilistes russes disaient qu’« une paire de bottes vaut Shakespeare ». Contre ce relativisme mortifère, qui est l’apanage et le socle des esprits médiocres, défendons entre les artistes et les œuvres l’existence indubitable d’une hiérarchie.

 

Portrait de Mozart

Portrait de Mozart

Mozart , idole pop

Mozart , idole pop

Partager cet article
Repost0
16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 01:01
Saint-Nazaire-de-Pézan (34) - 8 avril 2015, 17 H 24

Saint-Nazaire-de-Pézan (34) - 8 avril 2015, 17 H 24

Enneigés d'eaux

Sont les roseaux

Tout se mélange

Et tout s'échange

Monde invité

A l'unité...

 

 

Voir aussi :

 

Partager cet article
Repost0
15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 01:02
Le christianisme en questions

Le christianisme en questions

Question : Les textes anciens sont-ils recopiés à l’identique dans la construction chrétienne ?    
Réponse : Non. Elle s’en inspire et y trouve des motifs. Mais elle ajoute aussi, et à partir d’eux trouve des perspectives nouvelles.

 

« Inventer » a deux sens : le sens ancien et étymologique (latin invenire), qui signifie trouver quelque chose de déjà existant. Par exemple « l’inventeur » d’un trésor est celui qui l’a trouvé, dans la terre ou autre part. Et le sens moderne, qui signifie trouver quelque chose de nouveau. Par exemple l’inventeur de la TSF, de la télévision, etc.

 

Eh bien, les rédacteurs du texte néotestamentaire procèdent des deux directions : d’abord ils trouvent dans le texte qu’ils ont sous les yeux (la Bible juive) un motif d’inspiration, c’est donc inventer ou trouver au sens ancien. Mais ils ne se contentent pas de cela : sur ce motif ils vont broder, développer, inventer ou trouver au sens moderne de nouvelles caractérisations et perspectives. D’abord on se souvient, on repère ; ensuite on développe et amplifie : on ne regarde plus vers le passé, la répétition simple, mais vers l’avenir, la novation.

 

Un exemple évangélique type est la crucifixion du Christ entre les deux larrons. Ces larrons, qui nous semblent si familiers aujourd’hui, ont-ils vraiment existé ? Ils viennent en réalité d’un texte, du passage bien connu d’Isaïe, celui dit du « Serviteur souffrant », où les chrétiens, après Paul (voir question 004) ont vu une préfiguration du Messie ou du Christ crucifié pour le salut des hommes. On est donc parti du verset 3 du chapitre 53 d’Isaïe : « Il a été mis au nombre des  hors-la-loi ». Notez qu’il n’est pas encore question ici de « larrons », mais de « hors-la-loi » : la LXX a anomoi, la Vulgate scelerati (d’où notre : « scélérats ». On peut donc dire que le rédacteur évangélique invente au sens ancien de ce mot, c’est-à-dire trouve une situation dans un texte plus ancien qu’il a sous les yeux, ou dont il se souvient pour l’avoir longuement fréquenté.

 

Mais ensuite il va inventer au sens moderne du terme, c’est-à-dire ajouter du nouveau à de l’ancien. Ainsi les rédacteurs de Marc et Matthieu spécifient les hors la loi en « brigands » (lèstai), en inventent le nombre (deux), et la répartition par une symétrie topologique que reprendront toutes les œuvres plastiques figurant la scène, « un à droite, l’autre à gauche » : Marc 15/27 ; Matthieu 27/38. La Vulgate traduit le mot grec par latrones, et c’est de là que viennent nos « larrons ». Le rédacteur de Luc, lui, ne parle que de « malfaiteurs » (kakourgoi), que bizarrement la Vulgate traduit encore, sans doute par habitude prise, par latrones : Luc 23/34. Mais surtout le texte lucanien va plus loin encore dans l’invention au sens moderne, en distinguant entre les larrons un mauvais (railleur) et un bon (compatissant). C’est à ce dernier, repentant, que Jésus promet pour le jour même (si on choisit la ponctuation traditionnelle) le salut et le paradis : Luc 23/39-43.

 

Il est très important d’inventer en ce sens, même s’il ne s’agit que d’une fiction ou d’un mythe : « Mythe, disait Valéry, est ce qui n’existe qu’ayant la parole pour cause. » Car il y a un pouvoir performatif de la parole, elle peut soulager, guérir les angoisses par le crédit ou la fiducia qu’on lui accorde. Voyez la parole du centenier à Jésus en Matthieu 8/8, reprise comme réconfort, thérapie à la communion des catholiques : « Seigneur, je ne mérite pas que tu entres sous mon toit, mais seulement parle par ta parole et je serai guéri. » « Parle par ta parole » (gr. eipe logô, lat. dic verbo) : véritablement la parole fait advenir ce qu’elle profère et annonce.

 

En fait cette fiction lucanienne du pardon accordé au bon larron est d’une très grande importance psychologique : elle nous donne espoir, comme il se voit, bien plus tard, dans cette strophe du Dies irae : « Qui Mariam exaudisti / Qui latronem absolvisti / Mihi quoque spem dedisti » (Toi qui as absous Marie [Madeleine], toi qui as absous le [bon] larron / À moi aussi tu as donné espoir). La vérité du pudding, disent les empiristes, est qu’on le mange. Ainsi les fictions instituantes, comme celle de Marie-Madeleine ou du bon larron, sont celles qui mettent en scène nos existences de façon à ne pas nous désespérer, elles nous éclairent par des scénarios qui ensuite peuvent baliser nos chemins de vie, être comme ici génératrices de confiance. C’est la part dans la narration de l’invention au sens moderne du mot.

 

S’agissant de nos deux larrons, un apocryphe ultérieur, la Déclaration de Joseph d’Arimathie, a éprouvé le besoin de les nommer et de les caractériser encore davantage : l’un appelé Dysmas, le « méchant », dont la vie elle-même est calquée sur celle de Procuste, brigand mythique de l’Antiquité ; et l’autre, le « bon », appelé Gestas, brigand au grand cœur, détrousseur des riches et bienfaiteur des pauvres, dont la vie fait penser à celle qui sera prêtée plus tard à Robin des Bois. Un texte en amont donc, et un autre en aval : preuve que la littérature n’a et n’aura jamais de fin…

 

Dernier exemple, celui de la magnifique parole de Jésus en croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23/34) Elle reprend manifestement la suite du texte d’Isaïe susmentionné sur le Serviteur souffrant mis au rang des hors-la-loi : « Et il a intercédé pour les coupables. » (53/12) C’est une nouvelle utilisation, une actualisation de l’ancien texte. Mais le contenu ici est spécifié par l’ajout décisif : « car ils ne savent ce qu’ils font ». Est-il nouveau ? Il reprend l’enseignement même de Socrate dans le Gorgias de Platon : « Nul n’est méchant volontairement. » Qu’en était-il de la voix même, de l’ipsissima vox de Jésus ? On sait que le rédacteur de Luc écrit pour des Grecs, familiers de ce type de pensée. Nous ne saurons jamais si Jésus a prononcé cette si belle phrase, ou si on l’a mise dans sa bouche par réminiscence hellénisante. Mais l’essentiel n’est pas là sans doute : l’important est qu’elle ait en nous un écho, une résonance. Et la littérature suffit bien, si elle aide à vivre.

 

A suivre...

 

 

Voir aussi :

 

 

***

Nota :

 

Pour approfondir les notions fondamentales du christianisme, on peut se reporter aussi aux 80 émissions de radio que j'ai faites à FM+ Montpellier, à partir de mon ouvrage en deux tomes, Théologie buissonnière. Chaque émission (50 minutes environ) est consacrée à une entrée du livre, correspondant chacune à une notion. Elle est illustrée de musiques spécialement choisies pour être appropriées au thème.

 

Pour cela, taper : Théologie buissonnière, dans le champ Recherche (colonne de droite du blog), et choisir la notion qui intéresse.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages