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8 mars 2024 5 08 /03 /mars /2024 02:00

D

ans le passage d’une langue à l’autre, elle est d’une extrême importance, et il faut être très méticuleux là-dessus.

 

Ainsi il m’est venu la curiosité de relire la liturgie de l’Offertoire dans la messe catholique, aussi bien dans le texte latin originel que dans la traduction française que l’on en fait maintenant. Voici une des formules latines : « Hanc ígitur oblatiónem… quaesumus, Dómine, ut placátus accípias… » Et voici la traduction que j’en ai lue : « Cette offrande… nous te supplions donc, Seigneur, de l’accepter avec bienveillance… »

 

Le latiniste en moi a été immédiatement surpris. Manifestement le texte latin supplie Dieu de recevoir l’offrande en étant par elle « apaisé » (placatus). Voyez le mot français implacable, qui provient de ce placare latin, apaiser. Cela n’est pas manifestement cet « accepter avec bienveillance » qu’on nous propose, et qui est un adoucissement, une euphémisation de la formule latine. A-t-on confondu placare, apaiser, avec placere, plaire ? J’en doute, car les hommes d’Église sont traditionnellement de bons latinistes. Non, la raison du faux-sens est ailleurs.

 

On voit bien en effet dans quelle intention cette mitigation a été faite. Car si Dieu doit être « apaisé », c’est évidemment qu’il est en colère. Et se profile ici une image assurément peu flatteuse d’un Dieu courroucé, qu’il faudrait apaiser par le sacrifice d’une victime (en latin hostia, d’où notre « hostie »). Ce Dieu colérique, sadique et pervers, figure dans maints textes littéraires de révolte, dont « Le Reniement de saint Pierre » de Baudelaire. Mais aussi dans le cantique Minuit Chrétiens !, où il est dit que le Sauveur est venu sur la terre pour « de son père arrêter le courroux ». [v. Rédemption]

 

Voyez aussi comment on traduit la Première lettre de Jean, où l’on se gargarise ordinairement du fameux « Dieu est amour » (4/8), que l’on claironne à qui mieux mieux, en oubliant totalement ce qui suit : « Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. » (4/10)

 

Ce « sacrifice de pardon » ne choque pas apparemment. Mais le texte grec parle de « victime expiatoire » ou « propitiatoire » (hilasmos), mots qui évidemment choquent. – D’ailleurs, au fond, « pardon » ici ne convient pas, car si Dieu a été payé par le sacrifice du Fils, il n’a pas pardonné. Pardonner implique qu’on efface une dette, non qu’on la recouvre. Socin et les Sociniens ont bien insisté là-dessus.

 

Quel besoin a-t-on de garder des textes qui renvoient à la plus barbare et archaïque vision de la Divinité ? On essaie manifestement aujour­d’hui d’en fausser le sens. Mais le recours au voile langagier ici est menteur. Le voile ment.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 13 février 2020

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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7 mars 2024 4 07 /03 /mars /2024 12:30

Confession d'un agnostique (cliquer sur l'image) :

 

D.R.

 

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6 mars 2024 3 06 /03 /mars /2024 02:00

C’

est un type de gouvernement émanant directement de Dieu, dont les dirigeants tirent leur pouvoir.

 

On pourrait le croire étroitement circonscrit à quelques pays, mais il peut en exister des traces dans un régime démocratique même. C’est à quoi j’ai pensé en voyant à la télévision l’actuel président états-unien brandissant une Bible à quelques pas de la Maison Blanche, devant une chapelle incendiée la veille par des manifestants : ces derniers protestaient à la suite de la mort par étouffement d’un afro-américain, causée par un policier.

 

J’ai été frappé par l’absence totale dans la bouche du président de la moindre parole d’ex­cuse, ou tout au moins de compassion. Bien plutôt il considère comme normal que les armes de la police parlent quand on dévalise les magasins, il ne cesse de tweeter Law and Order (Loi et Ordre), et il a même menacé de faire intervenir l’armée pour mettre fin aux manifestations, au risque de créer une guerre civile dans son propre pays. Bref il fait comme si ce qui s’est passé n’avait pas eu lieu. En fait cela n’est pas grave pour lui, car il tire son pouvoir de Dieu, il a la Bible, qu’il brandit comme un étendard.

 

L’a-t-il lue seulement ? Sait-il que les Prophètes dans cette même Bible critiquent constamment l’injustice sociale et la morgue des puissants ? Et d’autre part s’il sacralise la Bible, s’il croit à son inerrance (qu’elle ne se trompe pas), oublie-t-il que si on réfléchit un peu on voit bien que la Bible n’est pas le livre de Dieu, mais le livre d’hommes parlant de Dieu ? Elle n’est pas un étendard pour se protéger, mais un recueil d’expériences humaines à méditer.

 

Je pense bien sûr qu’il n’a pas pensé si loin, et que cet épisode a été le résultat d’une mise en scène bien calculée, pour se montrer comme un dirigeant en quelque sorte de droit divin, et pour flatter le conservatisme effrayé de ses supporters, en vue de sa prochaine réélection.

 

En vérité, cette collusion entre le pouvoir temporel et la religion n’est pas étonnante en un pays qui ignore la différence entre Dieu et César, âme même de la laïcité, où le président jure sur la Bible lors de son entrée en fonctions, et où même la croyance en Dieu est lisible jusque sur les billets de banque (In God we trust). Avec le colt, la Bible est l’âme même de ce pays et de toute son histoire.

 

Avec ce « Nous croyons en Dieu » on pourrait penser, mutatis mutandis, au sinistre « Dieu est avec nous » (Gott mit uns) des nazis. En fait c’est là un terreau extrêmement dangereux, qui permet toutes les instrumentalisations.

 

Article paru dans Golias Hebdo,18 juin 2020

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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