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15 avril 2023 6 15 /04 /avril /2023 01:00

I

l est poussé à son point extrême actuellement au Festival d’Avignon, où l’on voit une pièce, La Casa de la fuerza (littéralement : « La Salle de sports ») dans laquelle l’actrice principale, pour dénoncer les violences faites aux femmes dans son pays, le Mexique, va jusqu’à s’auto­mutiler.

 

Littéralement elle offre son corps en sacrifice : sa chair est entaillée, scarifiée, son sang coule. Elle en gardera ensuite, effectivement, les stigmates, sous forme de cicatrices qui ne disparaîtront pas. Ce spectacle est donc on le voit passablement gore, certains disent trash. Il met mal à l’aise, car la distance constitutive du code théâtral n’y est pas respectée. La présence réelle remplace la représentation figurée.

 

On peut douter même que le but recherché, qui est de lutter contre les violences, soit obligatoirement atteint par leur ostension effective, ne serait-ce que parce que l’émotion et l’empathie peuvent être tellement grandes qu’elles empêchent de réfléchir, ainsi que Brecht l’avait bien vu. Sans compter qu’ici aussi goût du scandale et voyeurisme peuvent jouer leur rôle, et occulter l’intention du happening.

 

Il n’est pas étonnant qu’un tel spectacle nous vienne du Mexique, où l’art baroque dans les églises présente souvent des Passions et des Crucifixions sanguinolentes.

 

Ce dolorisme masochiste constitue une grande part du christianisme majoritaire. L’Épître aux Hébreux dit même : « Sans effusion de sang il n’y a pas de pardon. » (9/22) C’est sur ce passage que s’appuient les catholiques pour parler à propos de la Messe de la réitération d’un sacrifice.

 

On le dit « non sanglant ». Mais sur quel texte s’appuie-t-on ? Et le prêtre est bel et bien un sacrificateur : c’est d’ailleurs pourquoi l’Église ne veut pas ordonner prêtres des femmes, car le rôle de celles-ci n’est pas de sacrifier.

 

Dès le néolithique, il revenait à l’homme de transpercer la proie, la femme au mieux ne pouvait que l’assommer. Et encore aujourd’hui, dans les campagnes, traditionnellement c’est l’homme qui sacrifie l’ani­mal : le rôle de la femme se borne à recueillir le sang. En Corse aussi, lorsqu’une femme veut pratiquer la vendetta, elle se déguise en homme.

 

C’est une bizarre idée que de s’imaginer créer quelque chose de positif en s’infligeant blessures et mutilations. La religion tombe souvent dans cette perversion : qu’il s’agisse des Flagellants médiévaux, de ces chrétiens fanatiques qui encore se font crucifier, des musulmans chiites qui se fouettent jusqu’au sang tous les ans en souvenir de la Passion d’Ali, etc.

 

Jamais le sang versé, qui n’est qu’un gaspillage, n’a rien racheté. La réflexion et la lutte, oui.

 

[v. Dolorisme, Dolorisme (suite)]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 28 juillet 2010

 

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D.R.

 

 

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12 avril 2023 3 12 /04 /avril /2023 10:46

Un lieu de rêve auquel je reviens toujours :

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11 avril 2023 2 11 /04 /avril /2023 01:00

E

ntendu à la radio en ce début février : des habitants des Landes dévastées par la récente tempête ont été trouver un prêtre exorciste du diocèse de Dax, pour demander son aide à propos de ce qui venait de leur arriver.

 

Aussitôt je me suis mis à penser à la vieille théorie théologique de la rétribution, dont je vois là l’incarnation vivante.

 

Elle consiste à faire un lien entre ce qui nous arrive et ce que nous méritons. Est-ce un bonheur, c’est un signe de la bienveillance de Dieu. Un malheur, de sa colère. Cette tempête est donc une malédiction, le signe d’une punition divine. Notez que cette idée affleure souvent encore dans le langage, quand nous disons devant un malheur qui nous frappe : « Mais qu’est-ce que j’ai donc fait au Bon Dieu pour mériter cela ? »

 

Dieu a-t-il puni les Landais de ne pas aller assez souvent à la messe, comme dans La Peste de Camus le curé impute l’épidémie à un semblable oubli des Oranais ? Par quel démon ont-ils été habités, qu’il faudrait chasser par des prières ? Nous voilà, à l’époque d’Internet, en plein Moyen-âge, où les Flagellants se fouettaient pour expier les fautes qui leur avaient amené la peste.

 

On sait que ce problème de la justice de Dieu, qu’on appelle théodicée, est posé dans le livre de Job. Comment se fait-il qu’un juste soit frappé ? Aux justes récriminations de son serviteur, Dieu ne répond que par une manifestation de puissance superlative qui ne peut que l’écraser : « Prendras-tu le crocodile à l’hameçon ? Saisiras-tu sa langue avec une corde ? » (40/20)

 

Mais que penser d’une telle théophanie, mise en scène comme un magnifique light show ? Si impressionnante soit-elle, vaut-elle théodicée ? D’ailleurs ici, comme le narrateur de Mars de Fritz Zorn, je me demande si on peut bien se vanter d’avoir créé le crocodile…

 

Abandonnons cette idée pernicieuse d’un Dieu punissant ou récompensant, que nous formons à notre image. Il n’est que l’alibi de nos peurs et de nos espoirs. Laissons aussi derrière nous toute idée de souffrance expiatoire, et cette double peine qu’est la rétribution théologique.

 

Un péché, on le sait, n’est en réalité qu’une déviation de but (en hébreu, hatta’t), une erreur de conduite (en grec hamartia, manquement de cible), ou un faux pas (en latin, peccatum, lié à pes, le pied). Bref il ne s’agit pas ici de faute, mais simplement d’erreur humaine de jugement.

 

Quand une automobile ne marche pas, cela n’avance à rien de la maudire. Il faut ouvrir le capot, et s’efforcer de trouver d’où vient la panne.

 

C’est donc bien assez il me semble de dire que parfois nous sommes dans nos vies déjà punis par nos erreurs, sans aller jusqu’à dire que nous devons l’être pour elles. Cette notion manque singulièrement de charité. À un malheur n’en ajoutons pas un autre, en lui adjoignant l’idée d’une culpabilité, assortie de la menace d’un châtiment.

 

[v. Karma]

 

Article pau dans Golias Hebdo, 19 février 2009

 

D.R.

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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