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18 décembre 2017 1 18 /12 /décembre /2017 02:01

Je vous informe de la parution, chez BoD, de mon dernier livre Peur de son ombre... - La Lumière est en nous, avec des illustrations de Stéphane Pahon. Ce livre est disponible dans deux versions, une version papier (format : 12 x 19 cm, 184 pages) et une version électronique. Le prix de la version papier est de 9,99 euros. Celui de la version électronique, de 6,99 euros. Diffusé par la SODIS, il est commandable en n'importe quelle librairie (ISBN : 978-2-322-10085-9). Il est disponible aussi sur le site de l'éditeur, où on peut en feuilleter le début (cliquer sur Lire un extrait), et aussi le commander (cliquer sur Vers la librairie BoD) :

 

 

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Voici le texte liminaire de ce livre (premier chapitre), écrit après les attentats terroristes qui nous ont frappés en 2015. Ce texte résume le propos du livre entier.

 

 

Peur de son ombre

 

Les tragiques événements qui viennent de se produire à Paris ont suscité bien des commentaires, en particulier celui invitant à ne pas faire d’amalgame, à bien distinguer islamisme (agressif) et islam (pacifique), pour éviter de stigmatiser une population elle-même victime des activités terroristes. Ce discours tolérant et victimisant, humaniste et plein de bons sentiments, a suscité une majorité d’assentiments.

 

Cependant je ne le partage pas. Pour plusieurs raisons, certaines de surface, une autre de fond.

 

D’abord je fais remarquer que beaucoup de textes du Coran, comme aussi de la Bible, sont d’une très grande violence. On y voue aux gémonies les « mécréants », et on appelle sur eux le châtiment divin. Bien sûr les exégètes d’esprit ouvert disent qu’il faut les contextualiser, et dire qu’explicables en leur temps, ils n’ont plus de pertinence aujourd’hui. Peut-être aussi serait-il bon de leur donner une signification symbolique, faire par exemple du combat (djihad) une lutte non contre un ennemi extérieur, mais une lutte intérieure ? Mais le problème est que ces exégètes humanistes ne sont pas majoritaires dans leur communauté, et que l’interprétation littérale est souvent la seule à y être reçue – et parfois, on le voit bien aujourd’hui, de façon catastrophique.

 

D’autre part le Texte sacré est présenté comme venant directement de Dieu : c’est le « livre de Dieu ». On ne peut rien en retrancher et rien y rajouter. Il faut le prendre tel quel, dans son hétérogénéité même. Qu’importe alors que des passages d’« amour » y voisinent avec des passages de haine ! Il y aurait certes de quoi faire réfléchir sur la nature hétéroclite d’un tel Livre. Mais rares sont ceux qui se posent la question de son unité.

 

Je répète que le problème se pose exactement dans les mêmes termes pour la Bible, aussi bien la juive que la chrétienne. Il faudrait pourtant y voir, comme les chrétiens protestants libéraux, non pas le livre « de Dieu », mais le livre d’hommes parlant de Dieu. Alors on pourrait faire le tri, admettre ce qui convient à la conscience humaine, et rejeter le reste. Mais ces esprits, là encore, sont minoritaires.

 

J’en viens à la question de fond. Il me semble que tant que l’homme posera comme extérieure et antérieure à lui une Puissance transcendante, avec laquelle il passe contrat ou alliance, le récompensant s’il lui obéit, et le punissant dans le cas contraire, il restera dans une position de soumission infantilisante, grosse de toutes les catastrophes dont les événements actuels sont un tragique échantillon.

 

En effet, plus un être s’abaisse et se sent petit face à un Être qui le dépasse, plus il devient agressif et violent. On le voit bien dans la vie quotidienne. Ce sont les frustrés, les inhibés qui finissent par tourner vers l’extérieur la violence qu’ils ont commencé par s’imposer à eux-mêmes. Plus petit se sent le chien, plus fort il aboie. Qui a peur, fait peur. Qui se fait mal, fait du mal.

 

Or cette Puissance, c’est l’homme qui la fabrique pour justifier sa peur essentielle devant un monde qu’il croit ne pas pouvoir comprendre par ses propres forces, et pour justifier aussi, corrélée à cette peur, l’espérance de la voir disparaître. Comme les enfants et les primitifs, il projette à l’extérieur de lui-même en les objectivant des états psychologiques qui sont en lui, il se crée des fantômes justifiant ses peurs et la nécessité de les conjurer. Bref il redoute ces dieux, ou ce Dieu, sans se rendre compte qu’ils ne sont que l’alibi de sa propre faiblesse et le reflet des désirs qu’il éprouve d’y voir porter remède, sans comprendre qu’en définitive ils ne viennent que de lui-même. Il a peur de son ombre...

 

Ce processus est-il fatal ? Ne pourrait-on espérer d’en voir un jour la fin ? Le problème est que de génération en génération, par la force de l’éducation, du conditionnement contraignant et brutal dont l’enfance est victime, le schéma s’intègre dans l’âme et tisse l’essence même de l’être.

 

Notez aussi que la société s’accommode très bien du « regard de Dieu » posé sur ses membres, et que parfois elle l’exige : il garantit l’ordre social, en retenant d'agir ceux qui pourraient le mettre en péril – mais cela, seuls certains esprits cyniques le voient.

 

Cette intégration dans notre pensée d’une Transcendance extérieure est devenue si naturelle que ce que j’écris ici semblera bien sûr totalement inadmissible à certains. On ne peut toucher facilement à ce qui fait le fond de la personnalité une fois constituée sur ces bases. C’est toucher à « papa / maman », et beaucoup s’y refusent, car s’ils le faisaient, en eux, pensent-ils plus ou moins consciemment, tout s’écroulerait.

 

Je ne verrais d’ailleurs aucun inconvénient à les laisser dans une illusion qu’ils peuvent s’imaginer sous certains points consolante, si n’intervenait le lien que j’ai signalé à l’instant, entre sentiment de faiblesse personnelle et violence. Si je ne suis qu’un « avorton » comme dit saint Paul, et s’il y a au-dessus de moi un Dieu « tout-puissant », ou « plus grand que tout » (Allah Akbar !), à qui je dois me soumettre, je peux naturellement tourner en agressivité nihiliste ce sentiment de mon propre néant, surtout si je ne le vois pas partagé par d’autres, dont le bonheur et l’équilibre sont une insulte à ma propre frustration.

 

Il faudrait que l’homme ici fasse une révolution copernicienne, qu’il se rende compte que ce Dieu extérieur à double visage, menaçant et rémunérateur, vient en réalité de lui-même, qu’il est créé par ses angoisses et ses attentes. Il lui faudrait comprendre qu’il cherche pour se guider une lumière qu’il a en réalité dans sa main.

 

Nous sommes tout au long de nos existences le lieu d’un combat qui se joue en nous, entre les forces de mort et les forces de vie. C’est en nous que nous devons regarder, scruter, examiner les forces en présence, tâcher d’optimiser leur évolution, et ne pas les imputer à Dieu ou à Diable ! Si ces entités ont encore du sens, il n’est que symbolique. Ce ne sont que les protagonistes d’un combat intérieur.

 

Cette intériorisation de Dieu ou du divin définit la spiritualité, en opposition avec la religion traditionnelle. Elle est le signe d’esprits mûris et lucides. Mais de tout temps les spirituels ont été mal vus par les religieux. Il est plus facile de fonctionner par routine et habitude, de sacraliser les textes religieux, d’obéir à ceux qui surfent sur les peurs distillées par ces textes (qu’ils en soient eux-mêmes les dupes ou bien les cyniques manipulateurs), plutôt que de réfléchir sur le vrai lieu de Dieu ou du divin : les tréfonds mêmes de notre être. C’est à nous-mêmes que nous avons affaire. Dieu ou divin ne sont nulle part ailleurs.

 

 

***

 

Voyez aussi les 4 liens qui suivent. Cliquer sur :

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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 02:01

Je vous annonce la réédition revue et enrichie, chez BoD, de mon ouvrage La Source intérieure, dont je reproduis ci-après la préface écrite par André Gounelle. Ce livre est disponible dans deux versions, une version papier (format : 12 x 19 cm, 192 pages) et une version électronique. Diffusé par la SODIS, il est commandable en n'importe quelle librairie (ISBN : 978-2-322-10101-6). Il est disponible aussi sur le site de l'éditeur où l'on peut en feuilleter le début (cliquer sur Lire un extrait), et le commander (cliquer sur Vers la librairie Bod)  : 
 

 

 

Voici la préface qu'André Gounelle a écrite pour ce livre :

 

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Préface à La Source intérieure

 

Ce livre nous invite à une conversion, au sens propre du mot : à un renversement du regard et à un retournement de l’attitude. Nous avons l’habitude, spontanée ou acquise, je ne sais, de chercher la vérité au dehors ou d’attendre qu’elle nous vienne de l’extérieur. Les religions la situent volontiers dans une révélation surnaturelle, tandis que ceux qu’on nomme pragmatistes, réalistes, voire scientistes s’efforcent le plus souvent de la découvrir par l’observation et l’analyse des choses. Au contraire, ici on nous appelle à nous tourner vers l’intériorité, à entrer en nous-mêmes afin d’y découvrir sinon la vérité, du moins notre vérité, notre authenticité, un sens qui vienne donner une paisible lumière et une douce chaleur à notre existence parce qu’il la constitue. La source ne se trouve pas ailleurs mais en nous, et notre pèlerinage nous conduit au plus profond de nous-mêmes ; il nous fait explorer l’intime, parcourir le familier. Comme dans une parabole évangélique, le trésor se trouve dans notre champ, et non dans des pays lointains et étrangers.

 

Ne croyez pas que cette démarche conduise à se replier sur soi-même, à mépriser les autres, et à s’imaginer prétentieusement qu’on se suffit à soi-même. Elle implique bien une pratique de la solitude (« Heureux les solitaires », dit Jésus d’après l’Évangile de Thomas). La suivre exige qu’on ne se contente pas de se fier à l’opinion publique, de répéter et de citer. Le pèlerin de l’intériorité a une parole personnelle et se prononce en son nom. Il vit la religion comme lecture de soi et recueillement en soi, et non comme lien d’asservissement ou de sujétion à une communauté ou à des autorités. Mais il importe de distinguer la solitude positive, qui se nourrit de relations et d’écoute sans se laisser absorber par elles, de l’isolement négatif de celui qui ne pratique ni l’échange ni la rencontre, et s’enferme dans un monologue égocentrique. À chaque page, Michel Théron, amoureux de la littérature et des mots (et aussi d’images, de films et de musiques) dialogue avec des auteurs et des textes écrits, visuels ou auditifs. Le langage parlé, regardé, entendu n’est pas seulement un outil pour s’exprimer ; il est aussi une atmosphère que nous respirons, une lumière qui colore gens et choses, et une sagesse qu’il nous faut méditer. Cette noblesse de la parole, le prologue de Jean la souligne ; au commencement, ou, plutôt, au principe, est la parole ; l’ultime ou le divin est en elle, se dit en elle. Les mots ne se réduisent pas à des formes vides ou à des référents qui ne vaudraient que par ce qu’ils désignent. Ils portent et transmettent un contenu intrinsèque. Comme l’écrit justement Herder, à côte de sa fonction instrumentale, une langue est « un vaste jardin de concepts, parsemé d’arbres et de plantes, qui empoisonnent ou guérissent, nourrissent ou décharnent ». Le pèlerin de l’intériorité chemine dans un jardin linguistique et littéraire, cultivant ce que d’autres ont planté, et y ajoutant des fruits et des aromates originaux, cherchant inlassablement à travers les mots la parole, source de vie ou vie à sa source.

 

Dans ces paroles reprises, utilisées comme semences de la pensée, on remarquera la place importante de celles du Nouveau Testament. Leur poids tient à ce qu’elles disent ; il ne vient pas de ce qu’elles se trouvent dans un recueil canonique ou de ce que Jésus les ait prononcées. Ces paroles ont sens et densité en elles-mêmes, par leur pertinence intrinsèque. L’autorité de Jésus ne garantit pas la vérité de ses enseignements et de sa prédication ; au contraire, la pertinence de ses propos, l’écho qu’ils trouvent en nous, leur capacité à nous éclairer et à nous faire vibrer confèrent du poids à Jésus. Comme l’écrit le philosophe Alain, « ce qui importe ce n’est pas si Jésus a dit telle chose tel jour, mais que cette chose soit vraie ». « Jésus n’est que sa propre parole » souligne Michel Théron, rejoignant par un chemin différent la thèse d’un autre professeur montpelliérain, Michel Henry (Paroles du Christ). On mesure la divergence d’avec les « symboles » traditionnels des Églises, celui de Nicée-Constantinople, celui dit des Apôtres (Michel Théron leur a consacré une belle étude, Les deux visages de Dieu), qui passent complètement sous silence les paroles de Jésus. Par contraste, les recueils de « dits » de Jésus, tels l’Évangile de Thomas ou les logia, que les spécialistes appellent Q (initiale de Quelle, en allemand la Source, parce que ce recueil est l’une des sources des évangiles canoniques), indiquent une attitude autre. Le titre de ce livre, La Source intérieure, renvoie certes à la source intime de l’existence, mais aussi à cette « source Q », longtemps méconnue ou inaperçue, qui retient de Jésus essentiellement ses paroles.

 

Mon estime et mon amitié pour Michel Théron ne signifient pas que je partage toutes ses thèses et ses opinions. Mais ces désaccords m’importent peu. Plus que de discuter ses idées, j’aime converser avec lui et avec ses écrits. Ce livre m’a charmé et enrichi, il a stimulé ma réflexion et ma méditation. Même là où les cheminements diffèrent, il m’a souvent enchanté, car le souci de la beauté l’anime autant que celui de la vérité, et toujours il m’a apporté, aidé. Je suis sensible à son étonnant mélange de sérieux et d’humour, de profondeur et de jeu, de bienveillance et de polémique. Je lui en ai une très grande reconnaissance, une reconnaissance que, je le pense et l’espère, éprouveront tous les lecteurs de ces pages d’une qualité exceptionnelle.

 

André Gounelle

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30 novembre 2017 4 30 /11 /novembre /2017 02:01

Certaines cultures, même en faisant une différence fondamentale entre l’homme et l’animal, évoquent la possibilité de passage d’un état à l’autre. C’est le cas des Métamorphoses d’Ovide, dont c’est même le thème principal. Le début en est : In nova fert animus mutatas dicere formas corpora (« Je me propose de dire comment le chan-gement de formes a abouti à de nouveaux corps »)...
Au contraire de cela se situe la Bible. Bien sûr les animaux partagent avec les plantes et les hommes le même statut d’« âme vivante » : les animaux reçoivent une âme (i.e. un souffle) de vie (Gn 1/30 – LXX : psukhèn zôès), et l’homme est promu en « âme vivante » (Gn 2/7 – LXX : eis psukhèn zôsan). L’étymologie du mot animal renvoie d’ailleurs au latin anima : « souffle, vie ». – v. t. I : Âme*.
Mais à part cette participation commune au souffle de tout ce qui a vie, les espèces dans la Bible sont bien séparées, imperméables les unes aux autres. Chaque catégorie d’animal est créée « selon son espèce » : Gn 1/12 ; 1/21 ; 1/25 ; 6/20 ; 7/14. Cette mise en ordre du monde n’admet pas les indistinctions, les confusions, les mélanges, ce qu’on voyait par exemple dans les métamorphoses païennes ...

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***

 

Pour écouter la version radio de l'article (50 mn), avec des musiques appropriées au thème, cliquer ici :

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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