Pourquoi vivre sous le regard des autres ? Ou plutôt, devons-nous y attacher de l’importance ?
Sûrement parce que nous n’avons pas assez confiance en nous-mêmes, et que nous cherchons, quémandons, mendions souvent l’acquiescement d’autrui, qui pensons-nous nous donnera caution de ce que nous sommes, de ce que nous faisons, et nous permettra de nous accepter. On ne vit qu’avec l’approbation de ce regard, et à l’inverse s’il nous est hostile, ou si nous le supposons tel, on se sent écrasé. Un mauvais regard d’autrui nous rejette au néant.
L’éducation y a sa part. Combien de fois voyons-nous telle mère corriger son enfant, ou simplement le menacer de correction, avec cette expression : « devant tout le monde » ! Elle lui représente, pour réprouver sa conduite, ce qu’en penseraient les autres, et elle le menace éventuellement de cette arme imparable : le ridicule ! Il n’est pas étonnant que l’enfant ensuite intègre ces avertissements, et ait peur, avant de faire quoi que ce soit, « de ce qu’en penseront les autres »... Comme tout adulte est le fils de l’enfant qu’il a été, cette survalorisation du regard d’autrui peut le suivre toute la vie ...
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Nous ne voyons jamais les choses et les êtres tels qu’ils sont, mais nous projetons sur eux des images que nous nous en faisons. Comme disait Épictète : « Ce qui tourmente les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les idées qu’ils s’en font. »
Ces idées et images sont des fantasmes, elles ont leur source dans notre imagination. Souvent elles viennent du plus profond de notre enfance, alimentées par nos peurs originelles. Ou encore de la structure même de notre esprit, qui procède par imposition aux données de la perception de grandes images, ou d’archétypes, dont il est le réservoir. C’est le cas, par exemple, de la façon dont nous vivons beaucoup de nos relations sociales, affectives, ou notre expérience de l’amour. Le mécanisme de la projection peut donc avoir des origines et des manifestations fort diverses. Mais dans tous les cas c’est une dénégation de ce que pourrait être la perception objective des choses et des êtres ...
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« L’Histoire de la Littérature s’est grandement développée de nos jours, et dispose de nombreuses chaires. Il est remarquable, par contraste, que la forme d’activité intellectuelle qui engendre les œuvres mêmes, soit fort peu étudiée, ou ne le soit qu’accidentellement et avec une précaution insuffisante. Il est non moins remarquable que la rigueur qui s’applique à la critique des textes et à leur interprétation philologique se rencontre rarement dans l’analyse des phénomènes positifs de la production et de la consommation des œuvres de l’esprit.
Si quelque précision pouvait être atteinte en cette matière, son premier effet serait de dégager l’Histoire de la Littérature d’une quantité de faits accessoires, et de détails ou de divertissements, qui n’ont avec les problèmes essentiels de l’art que des relations tout arbitraires et sans conséquence. La tentation est grande de substituer à l’étude de ces problèmes très subtils, celle de circonstances ou d’événements qui, pour intéressants qu’ils puissent être en eux-mêmes, ne nous disposent pas, en général, à goûter une œuvre plus profondément, ni à concevoir de sa structure une idée plus juste et plus profitable. Nous savons peu de chose d’Homère: la beauté marine de l’Odyssée n’en souffre pas ; et de Shakespeare, pas même si son nom est bien celui qu’il faut mettre sur le Roi Lear.
Une Histoire approfondie de la Littérature devrait donc être comprise, non tant comme une histoire des auteurs et des accidents de leur carrière ou de celle de leurs ouvrages, que comme une Histoire de l’esprit en tant qu’il produit ou consomme de la ‘littérature’, et cette histoire pourrait même se faire sans que le nom d’un écrivain y fût prononcé. On peut étudier la forme poétique du Livre de Job ou celle du Cantique des Cantiques, sans la moindre intervention de la biographie de leurs auteurs, qui sont tout à fait inconnus. »
Paul Valéry, « De l’enseignement de la poétique au Collège de France », 1937
Cette citation figure à la fin du chapitre 15, "Qu'est-ce qu'une caractérisation fictive ?", de mon dernier ouvrage La stylistique expliquée - La littérature et ses enjeux. Elle résume tout mon livre et toute la démarche intellectuelle qui a été la mienne depuis toujours :
"Cette histoire pourrait même se faire sans que le nom d’un écrivain y fût prononcé" - J'ai appliqué cette méthode dans tout mon enseignement du français en hypokhâgne, où j'ai souvent fait étudier des textes sans nom d'auteur. Ce qui compte c'est l'oeuvre elle-même, la voix de l'auteur, ce qu'il dit et sa façon de le dire, et non sa biographie (ce qu'on nous en dit).
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En élargissant au domaine religieux :
La voix d'un personnage (comme Jésus), son message sont bien plus importants que ce qu'on nous dit de sa vie, et qui est très souvent purement inventé, fait de "caractérisations fictives". Bref l'Evangelium Christi, non l'Evangelium de Christo - l'Evangile du Christ, non l'Evangile au sujet du Christ.
Sur les caractérisations fictives de l'Evangile, voir par exemple :
1 Articles de Golias Magazine Voici au format PDF le texte d'un article que j'ai donné en mars-avril 2009 à la revue bimestrielle Golias Magazine , dans le cadre de la rubrique que j'y tiens ...
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"Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné.
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Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).