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20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 02:01

E

lle sauve l’âme, c’est le seul recours quand tout semble perdu. Souvenons-nous de ce que disait Montesquieu : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. »

 

Elle seule peut nous montrer qu’existe autre chose que ce que nous connaissons, fussions-nous au fond du malheur. Capitale aussi est la possibilité d’écrire ce que l’on sent, car elle permet de s’en délivrer par la verbalisation clarifiée, la prise de conscience consécutive à l’objectivation ainsi permise, et aussi parfois par le simple pouvoir cathartique de la mise en mots.

 

Aussi le pire crime est, me semble-t-il, d’inter­dire la possibilité de ces deux remèdes à quelqu’un, quel qu’il soit.

 

C’est pourtant ce que vient de faire le ministère de la justice britannique, qui a décidé d’interdire l’envoi de livres, de magazines, de papier et de timbres aux détenus. Chris Grayling, le secrétaire d’État, a cru bon d’expli­quer qu’il s’agissait de soumettre les prisonniers à des « conditions plus spartiates », afin d’accé­lérer leur « réhabilitation » (Source : Marianne, 6/06/2014)

 

On reste rêveur devant une telle mesure. Prétendre « réhabiliter » des prisonniers par une telle interdiction est une ineptie. C’est bien plutôt le contraire qui se produira : coupés de la lecture et de l’écriture, comment pourront-ils se reconstruire ? Se mettre à distance des « démons » qui peuvent encore les habiter, sans le secours de la médiation des mots ? Ne resteront que les instincts bruts, et les fameuses « conditions plus spar­tiates » les enfermeront dans l’animalité, car elles procèdent elles-mêmes de la plus grande barbarie. [v. t. 2 : Cruauté]

 

N’oublions pas, en effet, que s’il y a une barbarie brute, il y a aussi une barbarie thérapeutique et médicale, comme on le voit à la fin d’Orange mécanique, le roman de Burgess et le film de Kubrick : le traitement de déconditionnement subi par Alex n’a rien à envier en sauvagerie à celle de ses actions passées.

 

La justice a pouvoir sur les corps, mais jusqu’ici, heureusement, elle pouvait respecter les âmes : on pouvait être libre derrière les barreaux, en lisant ou en écrivant. Mais ici le cas change. On pourrait lui adapter une phrase de l’évangile, en changeant son contexte : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. » (Matthieu 10/28) [v. Livre]

 

> Article paru dans Golias Hebdo, 3 juillet 2014

 

D.R.

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 02:01

Un ancien article paru dans Golias Hebdo en 2016, et figurant maintenant dans ma Petite philosophie de l'Insolite (éd. BoD, 2021) :

Intelligence*

O

n parle beaucoup de la récente et inattendue victoire de l’ordinateur développé par Google, AlphaGo, sur le champion du monde sud-coréen du jeu de go.

 

On se demande maintenant jusqu’où ira l’intelligence artificielle, et si elle ne va pas finir par détrôner l’intelligence humaine.

 

Je ferai remarquer d’abord que ces machines et les programmes qui les animent ont été créés par l’homme, ce qui est déjà une preuve de sa propre intelligence.

 

Ensuite, et plus profondément, il faut dire qu’il y a plusieurs formes d’intelligence. Certes, pour la puissance de calcul et le traitement des données emmagasinées dans une mémoire, aucun cerveau humain ne peut rivaliser avec un ordinateur. Les formidables groupements de données (les Big Data), lui seul peut les traiter correctement, les classer, en tirer des prévisions, etc.

 

Mais il ne le pourra que selon le protocole qu’on lui aura indiqué. Or celui-ci obéira forcément à une logique rigide basée sur les mathématiques. La caractéristique de leur langage est que chaque mot, même s’il est défini arbitrairement au départ, n’a qu’un seul sens.

 

Or cela n’a rien à voir avec le langage proprement humain, dont la sémantique est floue et ouverte, polysémique : les mots y changent de sens à chaque instant (sens propre, sens figuré, etc.), leur valeur peut y miroiter à chaque répétition ou occurrence (antanaclase), leur couleur affective aussi suivant le contexte d’énonciation (ironie, antiphrase, etc.), et le sens même peut tenir à leur absence (réticence, litote, etc.) Pour percevoir cela, c’est un autre type d’intelligence qui est sollicité, dont aucun ordinateur, si perfectionné soit-il, n’est capable.

 

C’est pourquoi, pour un texte complexe, aucun logiciel d’analyse lexicale ne rendra compte de son sens, pas plus qu’un programme automatisé ne pourra le traduire dans une autre langue, si puissants que soient les algorithmes utilisés.

 

On a tort, et cela se voit à l’école elle-même, de vouloir unir, sous le même vocable de QI, l’intelligence hypothético-déductive, et l’intelli­gence verbale et émotionnelle. Or ce sont deux phé­nomènes bien séparés. Laissons donc à l’ordinateur la première, et gardons précieusement la seconde, dans laquelle nous ne serons jamais détrônés.

 

[v. Traduction]

 

31 mars 2016

 

D.R.

 

***

 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 02:01

I

l semble ne pas avoir de limites, et ne pouvoir jamais disparaître. Ce qui me semble insolite à notre époque paraît encore normal à beaucoup.

 

Ainsi j’ai appris (28 mai 2020) que juifs, musulmans et chrétiens ont prié ensemble à Jérusalem pour que Dieu mette fin à la pandémie due au coronavirus. Et on s’est félicité de l’œcuménisme manifesté à cette occasion, soulignant que cette prière collective a été faite « pour la première fois » (Source : nouvelles-du-monde.com, 22/04/2020).

 

Pour moi, je laisserai ici l’œcuménisme de côté, pour ne m’en tenir qu’à l’attitude témoignée dans cette prière, qui relève d’un total infantilisme.

 

Voici un de ses attendus : « Dieu, toi qui nous as épargnés de la famine et qui nous as fourni l’abondance, toi qui nous as libérés de la peste et de maladies graves et durables, aide-nous ! ». Autrement dit, nous ne sommes pour rien dans ce mal qui nous frappe, et c’est à toi de nous venir en aide. Cette attitude est celle d’un enfant qui implore son père de l’épargner, car c’est à lui qu’appartient la toute-puissance, et donc la seule capacité de le faire.

 

Le texte biblique d’ailleurs autorise cette vision, totalement infériorisante, et même potentiellement anéantissante pour l’être humain : « Je fais grâce à qui je fais grâce, et j’ai pitié de qui j’ai pitié. » (Exode 33/19 ; repris dans Romains 9/15) – On en a une excellente et terrifiante actualisation dans la Lettre au Père de Kafka : on y voit comment le pouvoir absolu et capricieux d’un Père Tout-puissant peut détruire son enfant. Voir ici mon article : On ne répond pas à son père.

 

Or un minimum de réflexion et d’écoute des spécialistes montre en l’espèce que le virus a une origine non pas divine, mais simplement humaine. Il est né d’un contact trop proche des hommes avec les animaux sauvages, du fait de la déforestation qui a créé cette proximité. Et la déforestation, processus anthropique par excellence, a pour origine la cupidité des hommes.

 

On peut s’étonner d’ailleurs que l’on ne parle aujourd’hui que de diffuser un vaccin pour le coronavirus, alors qu’on s’interroge très peu sur les causes qui l’ont fait apparaître. Comme toujours, on ne pense pas loin. On cherche à pallier une conséquence sans s’interroger sur la cause. Et il est évident qu’à fonctionner ainsi on ne réfléchit pas que de telles crises (qui avaient déjà été prévues au cours des années passées par les anthropologues) se reproduiront évidemment dans l’avenir. Des zoonoses on ira naturellement aux pandémies.

 

L’homme est responsable de ce virus qu’il a suscité : Dieu n’a rien à voir là-dedans. Et si on veut à tout prix maintenir son existence, il faut le concevoir tout autrement que comme un Père Fouettard ou un Père Noël.

 

 

> Article paru dans Golias Hebdo, le 28 mai 2020

 

 

D.R.

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Ce texte est extrait du livre suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD) :

 

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

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> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

 

 

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Enfin n'hésitez pas à visiter mon blog artistique, pour voir des photos, des vidéos, des textes littéraires et poétiques :

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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