Ce petit film part de quelques vues du monde lui-même (trois petites séquences prises en un même lieu) pour en faire des tableaux picturaux. Pour mieux contempler ces derniers, on peut à chaque fois mettre le film sur pause quand ils apparaissent en plein cadre, avant de continuer le visionnement. L'idée générale est que le visible n'est qu'une proposition tout à fait aléatoire pour créer autre chose de tout différent. "L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible." (Paul Klee)
Il semble ne pas avoir de limites, et ne pouvoir jamais disparaître. Ainsi j’ai appris que juifs, musulmans et chrétiens ont prié ensemble à Jérusalem pour que Dieu mette fin à la pandémie de coronavirus. Et on s’est félicité de l’œcuménisme manifesté à cette occasion, soulignant que cette prière collective a été faite « pour la première fois » (Source : nouvelles-du-monde.com, 22/04/2020).
Pour moi, je laisserai ici l’œcuménisme de côté, pour ne m’en tenir qu’à l’attitude témoignée dans cette prière, qui relève d’un total infantilisme. Voici un de ses attendus : « «Dieu, toi qui nous as épargnés de la famine et qui nous as fourni l’abondance, toi qui nous as libérés de la peste et de maladies graves et durables, aide-nous ! ». Autrement dit, nous ne sommes pour rien dans ce mal qui nous frappe, et c’est à toi de nous venir en aide. Cette attitude est celle d’un enfant qui implore son père de l’épargner, car c’est à lui qu’appartient la toute-puissance, et donc la seule capacité de le faire.
Le texte biblique d’ailleurs autorise cette vision, totalement infériorisante, et même potentiellement anéantissante pour l’être humain : « Je fais grâce à qui je fais grâce, et j’ai pitié de qui j’ai pitié. » (Exode 33/19 ; Romains 9/15) On en a une excellente et terrifiante actualisation dans la Lettre au Père de Kafka.
Or un minimum de réflexion et d’écoute des spécialistes montre en l’espèce que le virus a une origine non pas divine, mais simplement humaine. Il est né d’un contact trop proche des hommes avec les animaux sauvages, du fait de la déforestation qui a créé cette proximité. Et la déforestation, processus anthropique par excellence, a pour origine la cupidité des hommes.
On peut s’étonner d’ailleurs que l’on ne parle aujourd’hui que de créer un vaccin pour le coronavirus, alors qu’on s’interroge très peu sur les causes qui l’ont fait apparaître. Comme toujours, on ne pense pas loin. On cherche à pallier une conséquence sans s’interroger sur la cause. Et il est évident qu’à fonctionner ainsi on ne réfléchit pas que de telles crises (qui avaient déjà été prévues au cours des années passées par les anthropologues) se reproduiront évidemment dans l’avenir.
L’homme est responsable de ce virus qu’il a suscité : Dieu n’a rien à voir là-dedans. Et si on veut à tout prix maintenir son existence, il faut le concevoir tout autrement que comme un Père Fouettard ou un Père Noël.
D.R.
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Elle n’est pas qu’un processus biologique, elle est faite d’espoirs, d’attentes, de rêves, etc. Si elle en est dépourvue, elle n’est qu’une existence morne, répétitive, sans saveur aucune. En fait la vie ne s’auto-justifie jamais. Elle n’a de sens qu’orientée vers autre chose qu’elle-même, une perspective qui la dépasse.
C’est ce qu’on voit actuellement dans les cas de dépression ou de détresse psychologique liés au confinement. Certes il est bon de préserver la santé des gens, et les mesures de sécurité sanitaire qui nous sont imposées sont peut-être nécessaires a minima. Mais il ne faudrait pas que soit franchi le seuil à partir duquel, au nom de la seule santé physique, on cantonne l’être humain dans l’élémentaire de la survie, et on détruit en lui cet « être des lointains » qui, selon Heidegger, le définit. Je ne dis pas que ce seuil est actuellement franchi, mais qu’il faut prendre garde à la destruction spirituelle menaçant ce type de mesures. La santé n’est pas tout, et à quoi sert de vivre, si on ne sait pas pourquoi on vit ?
Renversons donc ici les points de vue. À la formule « Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir », banale et matérialiste, préférons son inverse : « Tant qu’il y a de l’espoir il y a de la vie. » Au classique et ordinaire « Tant que je respire, j’espère » (Dum spiro, spero), préférons la formule plus fine : « Tant que j’espère, je respire » (Dum spero, spiro). Je ne vis vraiment en effet que si je me projette sur autre chose que ce que je connais maintenant – surtout enfermé entre les murs d’un appartement trop petit, qu’il m’est interdit de quitter. Songeons à ce chien de La Fontaine, dans la fable Le Loup et le Chien, qui est certes en bonne santé, mais qui est esclave de son maître, comme le montre le collier qu’il porte, et prisonnier de sa niche. Aussi le Loup préfère-t-il la liberté d’aller et venir, quitte à risquer de mourir.
Les Anciens l’avaient déjà remarqué : en faveur de la vie, on peut perdre les raisons de vivre (Et propter vitam vivendi perdere causas). J’espère que nos gouvernants savent bien que si on peut mourir du coronavirus, on peut aussi mourir de détresse, de désespoir, d’absence de projet. Sans doute faut-il relativiser la seule santé du corps. Et à la formule de politesse des Romains qui se la souhaitaient mutuellement (Vale : Porte-toi bien !), préférer celle, plus subtile, des Grecs qui se souhaitaient la joie (Khaïre : Réjouis-toi !).
D.R.
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Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).