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26 août 2018 7 26 /08 /août /2018 01:01

 

Le tribunal administratif de Melun a reconnu jeudi 19 juillet un « préjudice d’anxié­té » à des enseignants du lycée Adolphe-Chérioux, à Vitry-sur-Seine, au motif que l’État ne leur a pas assuré une protection suffisante. L’éta­blissement ne possédant pas de barrière, des éléments étrangers pouvaient s’y introduire, et y répandre la peur. D’où un climat d’insécurité permanente pesant sur les élèves et les professeurs, contraints de s’enfermer dans leurs salles de cours pour se mettre à l’abri de la violence environnante.

 

Cette décision judiciaire est une première en France, et pourrait faire jurisprudence. On connaissait déjà le « droit de retrait » qui permet à chaque agent confronté à un danger « imminent » d’arrêter son travail sans s’exposer à des pénalités. Mais ici l’affaire a été jusqu’à l’épreuve de force devant un tribunal, et chaque professeur a obtenu 500 euros chacun, pour son « préjudice d’anxiété ». Pourront donc désormais exciper de ce jugement tous les personnels en contact direct avec le public, guichetiers d’accueil, agents de Pôle emploi, chauffeurs de bus, etc., susceptibles d’être en situation d’insécurité.

 

Personnellement je pense qu’il y a bien longtemps que pareille nouvelle aurait pu nous parvenir, tant les paroles et actes qu’on dit pudiquement d’« incivilité », mais qui sont en réalité de violence, se produisent dans l’enceinte des établis­sements.

 

En tant qu’ancien professeur je l’atteste : dans une classe ordinaire du second degré, aucun cours ne peut se faire calmement, c’est-à-dire sans qu’il y ait bavardage constant (je ne parle pas de chahut organisé), plus de cinq minutes. Ce n’est pas pour rien qu’en période de chômage généralisé la totalité des postes mis au concours de recrutement des professeurs du secondaire ne peut pas être pourvue. Mieux vaut en collège ou lycée être professeur d’arts martiaux que professeur traditionnel.

 

La vérité est que chacun a peur. Les élèves des mauvais sujets, le professeur des élèves, le directeur des scandales et des parents, le ministre de l’impopularité, etc. Finalement, anxiété et peur, cela revient au même. Comme le dit le cinéaste Fassbinder, La Peur dévore l’âme (éd. L’Arche, 1997). Il faudrait assurément un sursaut. Mais vu l’état général des esprits, la paralysie et la veulerie générales, la délivrance me paraît bien problématique.

 

2 août 2012

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 01:01
06/12/2017, 16 H 30

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22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 01:01
Il ne faut pas la confondre, comme beaucoup le font, avec l’isolement. Ce qui est mauvais, c’est l’isolement, qui peut créer effectivement une impression tragique d’abandon. Mais la solitude, condition humaine et condition de l’humain, est fort différente. L’assumer d’abord entièrement est le préalable toujours nécessaire pour rompre ensuite l’isolement, et pour rencontrer les autres.
 

Le respect pour chacun de sa solitude constitutive fait partie d’un élémentaire souci de soi : il n’est pas un défaut, malgré ce qu’on pense souvent, en confondant l’égoïsme, qui est simplement le fait de penser à soi, et l’égocentrisme, qui est le fait de ne penser qu’à soi. L’Évangile dit très bien qu’on doit aimer son prochain « comme soi-même », en sorte que si on ne s’aime pas soi-même, on ne peut aimer son prochain. Selon le mot profond de Valéry : « Si le moi est haïssable, aimer son prochain comme soi-même devient une atroce ironie. »

 

Cessons donc de nous complexer là-dessus, et aussi d’instrumentaliser l’autre, en en faisant un outil pour nous fuir, pour éviter de nous voir nous-mêmes et nous en détourner (sens propre du mot : divertissement). Voyez les petites annonces de rencontres dans les journaux : « N’en pouvant plus de solitude, cherche l’âme-sœur… » Autrui y est réifié, traité, au rebours de ce que dit Kant, non comme une fin mais comme un moyen. Mieux vaut alors prendre un animal de compagnie, et l’âme sœur finira au poisson rouge…

 

En fait, au lieu de vivre, comme beaucoup, par les autres et pour soi-même, il faudrait vivre par soi-même et pour les autres. L’autarcie au sens d’autosuffisance où le prenaient les sages antiques est le préalable et la condition nécessaires à toute bonne socialisation. Avant de s’ouvrir aux autres, ce qui évidemment est nécessaire car la vie aussi est relation, il faut d’abord s’appartenir.

 

Ainsi aimer l’autre est respecter sa solitude, veiller sur elle. La meilleure définition de l’amour est peut-être celle de Rilke, dans ses Lettres à un jeune poète : « Deux solitudes qui se bornent, se protègent et se rendent hommage. » Trop près l’un de l’autre, les amants s’étiolent, comme deux arbres qui se font de l’ombre parce que plantés trop proches. La promiscuité sociale, hélas ! fait trop souvent perdre cela. « Versez-vous à boire, mais ne buvez pas dans le même verre », dit aussi Khalil Gibran, dans Le Prophète. Méfions-nous d’une trop constante proximité. La devise des amants intelligents pourrait être un : « Toi sans toit ».

 

On sait encore le bel éloge de la solitude que fait l’évangile selon Thomas : « Heureux êtes-vous, les solitaires et les élus, parce que vous trouverez le Royaume ; comme vous êtes issus de lui, vous y retournerez. » À quoi j’ajouterai la belle devise de saint Bernard : Beata solitudo, sola beatitudo – Heureuse solitude, seule béatitude…

23 septembre 2010

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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