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25 juillet 2018 3 25 /07 /juillet /2018 01:01

À l’occasion de la mort de Claude Lanzmann, Arte a diffusé son admirable film Shoah, et je l’ai revu à cette occasion. J’ai remarqué particulièrement une séquence concernant l’occupation allemande en Pologne. Les Polonais interviewés dans le film, habitant un village jouxtant un des lieux de l’extermination des Juifs, se réclamaient ouvertement, pour expliquer la catastrophe, du passage connu de l’évangile selon Matthieu où les Juifs disent à Pilate, à propos de Jésus : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » (27/25) Manifestement ils avaient appris cela au catéchisme, sans aucune explication et mise en contexte, et ils le répétaient mécaniquement. L’antijudaïsme paraissait donc naturel à ces gens élevés dans la foi chrétienne, vis-à-vis d’un peuple présenté comme déicide.

 

Bien sûr, les chercheurs peuvent dire que ce passage matthéen est consécutif à la séparation historique des chrétiens et des juifs pharisiens, les premiers ayant volontairement noirci les seconds, et voulant aussi s’attirer les bonnes grâces de l’occupant romain, en innocentant ainsi Pilate de toute responsabilité dans la mort de Jésus. Cette mise en contexte de la parole incriminée lui enlève toute valeur absolue, en ne lui en donnant une que relative.

 

Le problème est qu’en l’absence de toute note et de toute explication, cette parole peut être prise telle quelle, au pied de la lettre, par des esprits simples que l’on n’a pas éclairés, comme ce fut évidemment le cas de ces villageois. Et aussi l’antijudaïsme chrétien a pu en découler, avec d’autres paroles de ce type, pour vingt siècles, concernant non seulement la Pologne, mais l’Europe entière, dont l’Allemagne même : on connaît assez celui de Luther, par exemple.

 

Ce cas précis d’une parole en elle-même très dangereuse si on ne l’explique pas est loin d’être le seul dans la Bible. Il me semble donc qu’on ferait bien pour prévenir des conséquences qui peuvent être catastrophiques, de revoir tous ces textes, et d’en enlever purement et simplement les passages qui peuvent les entraîner.

 

D.R.

 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 01:01
15/07/2018, 19 h 18

15/07/2018, 19 h 18

En miroir et médaille

S'offre

Le laurier-rose
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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 01:01

J’adore les vieux livres. J’ai acquis l’autre jour au marché aux puces de ma petite ville le Manuel du confesseur, de saint Alphonse de Liguori, en latin : Praxis Confessarii, édité à Lyon en 1804. On en trouvera le texte entier sur Internet, en tapant le titre latin dans le moteur de recherche. Mais je ne résiste pas au plaisir de vous en traduire quelques petits extraits.

 

Comment d’abord confesser un sourd-muet ? Il faut « l’amener en quelque endroit retiré, et lui demander de donner quelques signes de ses péchés et de son repentir, de la meilleure façon possible » : page 154. En clair, comme il ne peut parler, il faut lui faire mimer ce qu’il a fait. J’imagine d’ici la scène, qui peut avoir quelque sel, surtout en pensant à ce « de la meilleure façon possible ».

 

Comment maintenant le confesseur doit-il s’y prendre avec un condamné à mort ? Il faut d’abord lui représenter que cette mort qui l’attend est « un cadeau de Dieu qui veut par là faire son salut » ; lui dire aussi « que nous devons tous sortir de ce monde éphémère, afin de parvenir à une éternité qui, elle, n’a pas de fin » : page 158. Quand il monte à l’échafaud, il faut, en lui prodiguant de lénifiants discours, par exemple sur la passion rédemptrice du Christ, faire en sorte qu’il montre des signes de son repentir. Mais si ce n’est pas le cas, s’il s’obstine, alors « il pourra être utile de lui faire peur, disant : ‘Descends, maudit, en Enfer, puisque tu veux causer ta propre perte. Mais sache que ton châtiment en Enfer sera plus terrible que le souvenir de cette vie que Dieu t’a donnée et dont tu n’as pas su faire bon usage.’ » : pages 161-162. Là aussi j’imagine la scène, et l’effet que peuvent produire de telles paroles sur l’âme du pauvre diable dans l’instant même où il est confronté à ce qui l’attend.

 

Comment une religion de l’amour a-telle pu produire de telles attitudes ? Canonisé celui qui les a décrites, et dont se réclame par exemple la tradition rédemptoriste ? A-t-elle changé aujourd’hui ? On peut l’espérer. Mais restent des témoignages accablants. Et encore ne sont-ce là que deux extraits de ce long et méticuleux livre, dont on ne sait ce qui l’emporte finalement, du ridicule ou de l’odieux.

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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