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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 01:01

Dans un discours célèbre prononcé à Saint-Jean de Latran, notre président-chanoine [Nicolas Sarkozy, 2009] a dit que pour la transmission des valeurs et l’enseignement de la morale l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé.

 

Je suis fils d’instituteurs de l’enseignement public, et j’atteste qu’il a existé et qu’il peut bel et bien exister encore une morale laïque, enseignée à l’école, et dont le contenu pratique ne diffère en rien pour bien des points de la morale religieuse : respecter l’autre, être honnête, ne pas être paresseux, etc. On en voit une parfaite illustration dans le personnage de Topaze, de Marcel Pagnol. On connaît son fameux « Bien mal acquis ne profite jamais », écrit en grosses lettres à la craie sur le tableau noir. L’arrière-plan de cet enseignement laïque est tout simplement la morale kantienne, qui fait reposer le devoir humain sur l'activité de la raison confrontée à l'action.

 

Ces leçons de chaque matin, s’appuyant sur des exemples concrets, faisaient bien comprendre les injonctions du jour : voilà ce qui peut t’arriver si tu n’y satisfais pas. Je n’en dirai peut-être pas autant du catéchisme, où la menace d’un châtiment divin était toujours présente, et où la règle était comminatoire : songe que Dieu te voit, et redoute sa colère. C’était là une pastorale ou une pédagogie, non pas de la compréhension des choses et des relations entre les hommes, mais de la peur.

 

On dira qu’elle a disparu aujourd’hui. Peut-être, si ce sont des laïcs éclairés qui assurent le catéchisme. Mais si ce sont des ministres du culte, surtout ceux qui mettent en pratique les instructions du Vatican ? L’école n’enseignait que l’hygiène, mais le clergé peut bien se mêler de morale sexuelle, avec toutes les catastrophes que cela peut engendrer. Ainsi, si le danger couru par l’école laïque pouvait être un certain idéalisme, celui couru par « l’Église institutrice » pourrait bien continuer à être le traumatisme et la culpabilisation.

 

À moins que ce qui manque à la première soit la perception d’un horizon transcendant, celui-là même qui est géré et souvent instrumentalisé par les prêtres ? Mais une morale a-t-elle besoin de se fonder sur ce ciel hypothétique, alors que tant de travaux urgents nous attendent sur cette terre, que l’attente du ciel pourrait nous faire oublier ?

 

(14 mai 2009)

 

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 01:01
15/07/2018,  20 H 02

15/07/2018, 20 H 02

Griffant le ciel

L'écriture

Du tamaris
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2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 01:01

Comme j’accorde en toute chose une importance maximale au langage, je viens de relire dans mon vieux missel la formule liturgique prononcée par le prêtre lors de la célébration du mariage, après recueil de l’acquiescement réciproque des futurs époux : « Je vous déclare unis en mariage. »

 

Cette formule ne me semble pas très claire. Heureusement mon exemplaire comporte, en regard du texte français, le texte latin initial : Ego conjungo vos in matrimonium. « Mariage » est donc à l’accusatif, qui indique toujours en latin le lieu où l’on va, à la différence par exemple de l’ablatif, qui indique le lieu où l’on se trouve, et dont on ne sort pas. Ainsi, éclairé par le substrat latin, « unis en mariage » devient clair. Il faut comprendre : « Je vous unis pour le mariage ». Ce dernier est une destination, une tâche à accomplir, et non un lieu où, comme déjà dans une cage, on se trouverait et dont on ne pourrait pas sortir, car dans ce dernier cas, il y aurait en latin l’ablatif : in matrimonio.

 

On connaît le mot de Saint-Exupéry : « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. » Cela ne signifie pas bien sûr regarder ensemble la télévision, ce qui est malheureusement le lot de beaucoup de couples, et où sombre le mariage. Mieux vaudrait alors pour eux qu’ils s’en soient abstenus. Car dans ce cas, il est facile de voir que le mariage se réduit à résoudre à deux des problèmes qu’on n’aurait pas tout seul.

 

Non, l’essentiel est le but, l’œuvre à faire : la réalisation à deux. Ils s’aiment, non pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils deviendront l’un par l’autre. Peut-être faudrait-il d’un certain point de vue n’accorder le mariage, comme on donne une récompense ou une décoration, qu’à ceux qui s’en seront rendus dignes à la fin de leur vie.

 

Sans aller jusque là, il est facile de voir qu’il se situe non pas dans une perspective de causalité (ils s’épousent parce qu’ils s’aiment), mais dans une perspective de finalité (ils s’épousent pour s’aimer). Il est basé non sur éros (l’amour de désir), mais sur agapè (l’amour de don). Là est le plus haut de l’humain : la promesse, l’engagement, le sens du futur, l’idée de perspective. Tel est le vrai mariage, et tel doit-on le voir, sauf ici à y perdre son latin.

 

(29 avril 2010)

 

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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