Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
17 mai 2023 3 17 /05 /mai /2023 01:00

Un ancien article, commentaire personnel de 1 Corinthiens 13 :

 

J'’

ai revu sur Arte le beau film de Kieslowski Trois couleurs : Bleu. Cependant l’indé­niable splendeur plastique des ima­ges, de même que l’excellente composition de Juliette Binoche, n’ont pas suffi à lever pour moi toute ambiguïté à l’égard de cette œuvre.

 

D’abord tout en elle n’est que signes, jusqu’à la saturation. Ils sont parfois surindiqués, tel le plan initial où les aléas du jeu du bilboquet signifient à l’évidence le rôle du hasard dans nos vies, ou encore plus loin ce plan où une lueur bleue erre sur le visage de l’actrice, de façon à mon avis bien trop appuyée et artificielle. Bien sûr le cinéaste qui multiplie ces signes a la prudence et l’habileté de ne pas les expliciter. Mais enfin on sent bien que dans son univers la moindre chose peut faire sens, même si c’est au spectateur de le formuler.

 

Quant à moi, je pense, après Spinoza, que la finalité ne renvoie qu’à notre propre attente, et que le sens n’est que le désir que nous en avons.

 

Mais cette réserve personnelle est moins grave que la suivante. Les cinq dernières minutes du film sont occupées par un chœur  tonitruant et emphatique, dont le texte est l’hymne paulinienne très connue sur le pouvoir de l’amour (1 Corinthiens 13). Évidemment chaque personnage de ce film choral va être touché par la grâce de l’agapè, qui, nous dit le texte grec, l’emporte sur la « connaissance », et « supporte tout ». Le spectateur ignorant le sens des paroles est évidemment ému aux larmes, et l’émotion est son dernier mot. Mais comme les larmes brouillent le regard, l’émotion peut obscurcir la pensée. Si par exemple une femme, qui a pu entendre lors de son mariage, comme bien d’autres, l’hymne paulinienne, est battue par son mari, doit-elle le supporter ?

 

On lit donc dans cette hymne que la connaissance passera, mais que l’amour subsistera. Paul s’y révèle comme un gnosimaque, un ennemi de la connaissance (ou gnose). Mais que penser d’un amour non éclairé par la connaissance ?

 

Voyez le cas de la fable de La Fontaine L’Ours et l’amateur de jardins : cet ours est animé des meilleures intentions du monde (son type d’amour à lui), mais sa bêtise cause la mort de son ami le jardinier : il écrase sa tête en voulant écraser une mouche qui s’est posée sur son visage. Ou bien encore voyez comment certaines mères accablent leur enfant de conseils, qui montrent qu’elles ne fonctionnent que par projection égocentrée : « Mets ton pull, j’ai froid ! », etc. – Bref un amour sans réflexion et connaissance peut être catastrophique. « Tous nos crimes, disait Soljenitsyne, sont des crimes d’amour. »[1]

 

Je crois donc qu’il peut parfois exister une irréflexion de l’art, et qu’elle est d’autant plus dangereuse que l’art est, comme ici, plus beau.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 21 février 2019

 

[1] Voyez ici mon ouvrage Savoir aimer – Entre rêve et réalité, BoD, 2020.

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

Partager cet article
Repost0
16 mai 2023 2 16 /05 /mai /2023 11:28

Les épines ont-elles des roses ? :

Partager cet article
Repost0
15 mai 2023 1 15 /05 /mai /2023 01:00
Un ancien article :
 

N

os députés viennent d’adopter une proposition de loi qui vise à reconnaître le vote blanc et à le distinguer du vote nul aux élections (Source : 20minutes.fr, 22/11/12).

 

Cette décision me réjouit, car j’ai toujours pensé que voter blanc était un acte positif, consistant à dire que rien dans les offres qui nous sont faites ne nous satisfait, et que l’assimiler au vote nul, c’est-à-dire sans importance ou non avenu, était une escroquerie. Jusqu’à présent, il n’y avait qu’une injonction comminatoire : ou bien vous votez pour quelqu’un que l’on vous impose, ou bien votre vote ne comptera pas. En fait les dés étaient pipés, au sens où l’on n’avait pas véritablement le choix d’exprimer son opinion, fût-elle perplexe ou indécise. C’est le propre des régimes totalitaires que de mettre ainsi le couteau sous la gorge aux électeurs. Ou bien vous choisissez l’establishment, ou bien vous n’avez rien et ne comptez pour rien !

 

Il y a une phrase prêtée à Jésus dans l’Évangile qui m’a toujours choqué : « Qui n’est pas avec moi est contre moi. » (Matthieu 12/30 ; Luc 11/23) Je ne sais s’il l’a effectivement prononcée, et j’aimerais bien qu’il ne l’ait pas fait. Mais s’il l’a dite réellement, je ne puis être d’accord avec cette formulation, qui est d’un fanatique et qui elle aussi procède d’un esprit totalitaire : ou bien nous suivons le Maître, ou bien nous ne sommes rien. Pas de choix réel ou de « vote blanc » possible dans cette situation.

 

Et pourtant je suis bien d’accord avec cette si belle phrase du préfet romain Symmaque, sceptique en matière religieuse :

 

« On ne peut atteindre un si grand mystère par une seule voie » (Uno itinere non potest perveniri ad tam grande secretum).

 

Rien de plus sage que cette position. Comme le dit aussi mon cher Montaigne : « Il n’y a que les fols certains et résolus. »

 

Au fond, si je pratiquais ici une controverse biblique, ce que les rabbins appellent un pilpoul, j’oppo­serais à la phrase évangélique précitée cette autre, beaucoup plus ouverte il me semble : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père » (Jean 14/2). Cela ferait réfléchir précisément les demeurés, les esprits étroits, qui n’offrent au choix du croyant qu’un éventail bien restreint.

 

En somme le « vote blanc » en matière religieuse, par la perplexité qu’il exprime, est tout à fait propre à préserver du manichéisme simplificateur, qui force l’adhésion et exclut celui qui ne s’y résout pas.

 

... Exactement comme cette nouvelle mesure électorale pourra faire réfléchir les politiques sur le contenu de l’offre qu’eux-mêmes nous proposent.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 6 décembre 2012

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages