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8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 01:01

O

n réhabilite aujourd’hui l’art du XIXe siècle appelé pompier, ainsi nommé à cause des casques et cuirasses peuplant ses scènes antiques, et qui font penser effectivement aux couvre-chefs des soldats du feu. On redécouvre Bouguereau, le musée d’Orsay à Paris expose Jean Léon Gérôme, et le musée Fabre à Montpellier Alexandre Cabanel : le succès y est si grand que l’exposition vient d’être prolongée.

 

Cette peinture léchée et académique est purement décorative et ornementale. Elle relève de l’im­mense domaine du kitsch, mot caractérisant un sous-produit, un ersatz,  fabriqué à vil prix et en série : pensez à la vannerie en plastique, ou au simili dont on se contente en place de cuir. On n’en voit pas le côté toc et le mauvais goût : si c’est un peu moins bien, en tout cas c’est bien moins cher.

 

Pour l’art authentique il ne s’agit jamais d’orner la vie, de disposer des nains de jardin sur la pelouse d’une villa Sam’suffit pour donner l’image d’un pseudo-paradis. Son but n’est pas d’idéaliser le réel, mais de réaliser l’idéal – ou au moins de s’y efforcer, en souffrant de ne pas y parvenir toujours.

 

Nietzsche disait qu’aucun artiste ne tolère le réel. Dans la même optique Marcuse, dans L’Homme unidimensionnel, caractérise l’art comme le « Grand refus ». Et selon Malraux, « l’artiste n’est pas le transcripteur du monde, il en est le rival. »

 

L’art pompier ignore ce divorce, il se contente d’enjoliver, d’embellir le monde – pour le faire momentanément oublier. C’est pour cela qu’il ne déforme jamais, la déformation cohérente ou la stylisation signifiant toujours la recherche d’une transcendance. Il ne rivalise pas avec le monde, il l’accepte. Sur lui il jette au fond un regard matérialiste et cynique : celui-là même de l’homme unidimensionnel.

 

Art strictement humain, contemporain du positivisme tueur des dieux. La Vie de Jésus de Renan se termine ainsi : « Ce fut le plus grand homme qui ait jamais existé. » Phrase bien perfide : le plus grand homme, certes, mais enfin un homme – rien qu’un homme, comme vous et moi...

 

Internet regorge d’images kitsch : les photos de chats, dans un panier ou non, font beaucoup de buzz. Elles n’ont rien à envier en platitude aux anciens calendriers des Postes. Ceux qui s’y laissent prendre, en fait, confondent sensibilité et sensiblerie, sentiment et sentimentalisme, émotion et signes de l’émotion. [v. Obscénité]

 

Il n’est pas étonnant que notre époque, qui prise fort les parcs de loisir artificiels et irréels, se reprenne d’amour pour le kitsch. L’homme moderne type, c’est le touriste en bermuda à Disneyland, peut-être sans casque de pompier, mais avec sur la tête un bob publicitaire, et aux pieds des tongs à marguerite.

 

9 décembre 2010

 

> Ce texte, initialement paru dans Golias Hebdo, est extrait de ma Petite philosophie de l'actualité, tome 1 (lien).

 

***

 

> On peut voir aussi, sur cette question du Kitsch, l'ouvrage que je lui ai consacré, disponible en deux versions (papier et e-book) :

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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 01:01

Voici un petit film qui a été réalisé par une équipe d'étudiants en audiovisuel de Béziers, encadrée par leur professeur Sandy Blanco. Il s'inspire d'un de mes poèmes, La Chaleur de l'été, illustré par une de mes photographies, et publié chez BoD. On notera la différence entre les intentions possibles de l'auteur et les interprétations faites par le récepteur, vérifiant par là la phrase de Valéry : "Il n'y a pas de vrai sens d'un texte."

 

Voici le poème :

 

La Chaleur de l'été

 

 

Volets mi-clos

Soupçons brûlants

Dans l’été chaud

Dehors dedans

 

Tant de lumière

Qui nous consume

Et de mystère

Qui nous résume...

 

Voici la photo qui l'illustre dans le livre :

 

 

 

Pour voir maintenant le film, cliquer sur : 

 

 

***

 

Pour voir une expérience faite dans les mêmes conditions sur un autre de mes poèmes, cliquer sur : 

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2 avril 2021 5 02 /04 /avril /2021 01:01

Je republie ici un article paru en son temps dans Golias Hebdo, et consacré à la façon dont on peut considérer la famille.

 

L

es catholiques viennent de fêter la fête de la Sainte Famille, fixée au dimanche qui suit Noël. Il s’agit bien entendu de la famille de Jésus, qu’on nous invite à célébrer.

 

Pourtant, en ouvrant mon Évangile, j’y remarque le passage suivant : « Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs,  il ne peut être mon disciple. » (Luc 14/26) Quel décalage, alors, entre ce refus radical de la famille bio­logique, et cette fête qu’on nous propose !

 

Ce texte me poursuit toujours, d’autant que le verbe haïr (en grec, miseîn) y figure, et qu’il ne sert à rien de vouloir l’atténuer.

 

De ma perplexité, cependant, m’a tiré la lecture de l’évangile selon Thomas. On y lit en effet, au logion 101 : « Celui qui ne récuse son père et sa mère comme moi ne pourra devenir mon disciple, et celui qui n’aime son Père et sa Mère comme moi ne pourra devenir mon disciple. Car ma mère m’a engendré, mais ma véritable Mère m’a donné la vie. »

 

Enfin un texte magnifiquement lumineux ! Pourquoi faut-il à la fois récuser père et mère, et les aimer ? C’est que, dans le premier cas, il s’agit des parents réels, dont nous avons tôt fait de voir, par la proximité même où nous sommes d’eux, les imperfections, les faiblesses. Et dans le second cas, il s’agit des parents idéaux, mythiques, archétypaux.

 

Ce sont des projections admiratives que nous faisons, enfants, sur nos parents, mais dont le souvenir peut nous accompagner toute notre vie, pour conjurer la déception que fatalement ils nous donnent dans le monde réel. Peut-être au fond nos parents ainsi idéalisés, projetés et attendus par notre psyché ne naissent-ils pleinement en nous que lorsqu’ils meurent...

 

Parfois ce sont le Parrain et la Marraine qui jouent dans la réalité ce rôle de Père divin et Mère divine, en anglais Godfather et Godmother. Pour les enfants qui ont la chance d’en avoir, ils peuvent correspondre à ce profond besoin psycho­logique de sécurisation, en tirant leur prestige de leur éloignement même. En dehors même de toute signification religieuse, je dirai que l’usage de donner ainsi des garants tutélaires à l’enfant qu’on baptise est bénéfique : sa vérité pour moi est son utilité.

 

Si donc Père et Mère idéaux sont les caryatides qui soutiennent l’enfant balcon, ils peuvent rester pour nous adultes des viatiques vivifiants : il est bien dommage que Luc n’en ait pas fait mention, et nous laisse sur un mot abrupt et tranchant qui peut désespérer.

 

Aussi, même si comme disait Jules Renard tout le monde dans la réalité n’a pas la chance d’être orphelin, tout le monde peut garder et chérir au fond de soi le souvenir de ses parents idéaux, qui constituent la vraie famille – spirituelle.

 

5 janvier 2009

 

D.R.

 

Voir aussi :

***

 

Le texte ci-dessus, initialement paru dans Golias Hebdo, fait maintenant partie de mes Chroniques religieuses, ouvrage en deux tomes, disponible en version papier et e-book : 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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