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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 02:01

Vraiment cette ville est pourrie. Tous des larves. Pleine de fainéants, d’assistés, de prêts à mordre et d’enfants gâtés. De mon temps on n’aurait pas admis ça. Il faudrait un bon coup de balai, pour éliminer toute cette racaille. Et tu vas voir qu’encore il s’en trouvera pour fermer les yeux, pour pardonner…

Et celles-là, avec leurs si courtes jupes, leurs nombrils à l’air… De vrais appels au viol. Qu’il arrive… Ce sera bien fait…

Et ces gosses qui braillent, et ces jeunes qui bousculent… Où sont les parents ? À voir ce qu’on voit, on comprend ce qui se passe, ce qui va évidemment arriver. Ils ont bien raison, au fond, ceux qui veulent prendre des mesures... Vous allez voir bientôt… – Mais chut, je me comprends…

Je suis fatigué, je veux dormir. Me plonger dans le sommeil, lové au cœur de mon navire, chez moi, cocooning… Je m’y engloutirai, comme, au fond de l’eau, dévoré par un gros poisson… À quoi cela sert-il de se lever, de toute façon ? Vivement ce soir qu’on se couche…

Dormir, mourir… C’est pareil. Quand on voit ce qu’on voit… Autant s’étendre et tout oublier.

Chez moi, au moins, j’aurai ma tonnelle. De loin je verrai les hommes. De très loin. Comme des fourmis. C’est tout ce qu’ils méritent.

Je prendrai le frais, seul. Qui vit seul n’est pas en mauvaise compagnie. Le monde m’apportera ses petits dons, à moi tout seul. Les autres ne méritent rien de tel.

– En es-tu sûr ?

– Oui, absolument, j’en suis sûr, et si jamais je perds ce petit rien que j’ai, le monde est vraiment trop injuste. Au fond, c’est la mort que je préfère, non la vie, car qu’est-ce que cette vie qu’on ne peut mettre en ordre ? Un peu de morale, de discipline, que Diable… Quelle époque, quelle barbarie, quelle décadence ! – Seigneur, dans quel siècle m’avez-vous fait naître ? Ah, si j’étais vous… Et si j’étais vous… Je te les exterminerais bien tous. C’est tout ce qu’ils méritent. Ces étrangers, ces métèques, ces sauvages. Un bon nettoyage... Qu’est-ce qu’il attend, celui qui déblaiera tout ça ? Si ce n’était que de moi… Pas de quartier, pas de pitié. Vivement que ça arrive. Ça arrivera forcément, et alors si je peux aider… Ou au moins j’aurai prévenu, et je comprendrai.

Quand même, j’ai mal de voir ça, et ça me fait mal aussi au fond de moi, si j’y pense… Si c’est pas malheureux tout ça !

Mais je suis comme ça, de toute façon. Je n’aime pas les changements. Qu’est-ce que je peux faire alors ? Je penserai à moi, serai heureux pour moi, j’aurai mon petit plaisir, même bien petit, et sinon je mourrai. De toute façon la vie… Pour ce qu’on peut en attendre… Pas vrai ?

Fais-tu bien de t’irriter ?*

 

 

Jonas 3/10 : Dieu vit que les Ninivites … revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu’il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas.

Id. 4/1-11 : Cela déplut fort à Jonas, et il fut irrité. Il implora le Seigneur, et il dit : « Ah! Seigneur, n’est-ce pas ce que je disais quand j’étais encore dans mon pays ? C’est ce que je voulais prévenir en fuyant... Car je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui te repens du mal. Maintenant, Seigneur, prends-moi donc la vie, car la mort m’est préférable à la vie. » Le Seigneur répondit : « Fais-tu bien de t’irriter ? » Et Jonas sortit de la ville, et s’assit à l’orient de la ville. Là il se fit une cabane, et s’y tint à l’ombre, jusqu’à ce qu’il vît ce qui arriverait dans la ville. Le Seigneur-Dieu fit croître un ricin, qui s’éleva au-dessus de Jonas, pour donner de l’ombre sur sa tête et pour lui ôter son irritation. Jonas éprouva une grande joie à cause de ce ricin. Mais le lendemain, à l’aurore, Dieu fit venir un ver qui piqua le ricin, et le ricin sécha. Au lever du soleil, Dieu fit souffler un vent chaud d’orient, et le soleil frappa la tête de Jonas, au point qu’il tomba en défaillance. Il demanda la mort, et dit : « La mort m’est préférable à la vie. » Dieu dit à Jonas : « Fais-tu bien de t’irriter à cause du ricin ? » Il répondit : « Je fais bien de m’irriter jusqu’à la mort. » Et le Seigneur dit : « Tu as pitié du ricin qui ne t’a coûté aucune peine et que tu n’as pas fait croître, qui est né dans une nuit et qui a péri dans une nuit. Et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des animaux en grand nombre ! »

***

Ce texte est un extrait de mon livre En marge de la Bible - Fictions bibliques I, illustré par Stéphane Pahon. On peut feuilleter le début (Lire un extrait), ou l'acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD) :

En marge de la Bible
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Chaque livre est une réécriture : il s'écrit dans les marges d'un autre, ou d'autres. Celui-ci s'inscrit dans les marges du Livre par excellence, la Bible, dont il actualise certains passages. Ces actualisations servent parfois l'intention du texte initial, mais parfois aussi en problématisent le contenu, quand il n'a plus semblé admissible pour un esprit libre et indépendant. L'appel constant à la sensibilité, propre à la littérature, permet ainsi de corriger ce que (...)

 

> Ce livre est aussi disponible sur commande en librairie, ainsi que sur les sites de vente en ligne (Amazon, FNAC, etc.). ISBN : 9782322260287.

 

En voici la présentation (quatrième de couverture de l'ouvrage) :

 

Chaque livre est une réécriture : il s'écrit dans les marges d'un autre, ou d'autres. Celui-ci s'inscrit dans les marges du Livre par excellence, la Bible, dont il actualise certains passages.

Ces actualisations servent parfois l'intention du texte initial, mais parfois aussi en problématisent le contenu, quand il n'a plus semblé admissible pour un esprit libre et indépendant.

L'appel constant à la sensibilité, propre à la littérature, permet ainsi de corriger ce que l'exégèse et la théologie traditionnelles peuvent avoir de dogmatique.

***

 

Voir aussi (d'autres chapitres du livre) :

 

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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 02:01

En pensant à la théologie et à la pratique des chrétiens évangéliques, je republie ici un ancien article paru dans Golias Hebdo :

 

 

Dialogue

D

ans une publicité pour le lancement d’un magazine évangélique (sera-t-il concurrent de Golias Hebdo ?) je lis cet extrait du programme :

 

    1/ « Affirmer la centralité de la croix et la nécessité de la conversion », et 2 / « Rechercher le dialogue avec les croyants des autres religions et les non-croyants ».

 

Il est surprenant qu’on veuille d’une part convertir les gens, et de l’autre dialoguer avec eux. À moins qu’on se fasse une idée bien particulière de ce que doit être un dialogue…

 

On y sous-entend évidemment que l’autre est à annexer dans son propre camp. Lui prêtera-t-on vraiment l’oreille ? J’en doute. On sait mieux que lui ce qui lui convient, de toute façon.

 

À quoi veut-on l’amener ? À la fameuse « centralité de la croix ». Or cette idée, qui renvoie au sacrifice expiatoire du Messie, est paulinienne d’origine. Et ce n’est pas parce qu’elle est devenue majoritaire que d’autres christianismes ne sont pas possibles. Ils l’ont été autrefois, avec les versions purement sapientielles du message christique, dont l’Évangile selon Thomas nous donne un exemple.

 

Plus récemment, Faust Socin, ainsi que ses disciples les Sociniens, ont voulu un christianisme sans sacrifice. D’autres aujourd’hui pourraient reprendre ce flambeau. Dialoguer vraiment avec eux serait fructueux, mais pas en posant d’emblée la crucifixion comme postulat fondateur. Sinon, en fait de dialogue, on fait une croix dessus.

 

Il faudrait donc retrouver la polyphonie initiale du message évangélique, avant que ce dernier ait été verrouillé par l’institution ecclésiale afin d’encadrer les fidèles et éviter les autres choix ou hérésies (c’est le même mot), qui ne sont pas des dissidences postérieures à cette mise en ordre, mais qui étaient bien présents à l’origine dans l’effer­vescence des esprits, et dont certains gagneraient beaucoup à être réhabilités aujourd’hui.

 

Les voilà bien, les conditions d’un vrai dialogue : non pas répéter le catéchisme qui s’est imposé, mais se mettre à l’écoute d’autres voix, qui font souvent écho à celles qu’autrefois on a voulu faire taire. Sinon c’est hypocritement qu’on en affirme la nécessité. En fait, on ne sort pas d’une vision statique et totalitaire de la vérité. S’il y a « beaucoup de demeures dans la maison du Père » (Jean 14/2), faisons qu’il n’y ait pas beaucoup de demeurés !

 

30 juillet 2009

 

***

 

Ce texte est paru dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans l'ouvrage suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

 

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 02:02

Je reprends ici un texte que j'ai déjà publié le 12 septembre 2019 :

 

Il me semble depuis pas mal de temps affecter notre pays. On y constate une explosion des violences contre les policiers et contre les pompiers, et selon Le Figaro chaque jour ce sont plus de 110 représentants de l’État qui sont agressés en France. Il peut s’agir de fonctionnaires, comme des personnels d’accueil dans les administrations, d’enseignants, etc. Mais il y a aussi les intervenants dans les services de santé, médecins, infirmières, etc., très souvent objets de violences. Bref, tout ce qui se distingue du « peuple » d’une manière ou d’une autre, et qui devait bénéficier par son statut, quel qu’il soit, d’une présomption minimale d’autorité.

 

C’est cette dernière qui est en crise, on ne lui fait plus crédit. Or toute la structure sociale repose sur la croyance ou la confiance, la fiducia. Vient-elle à ne plus être accordée, et tout l’édifice s’écroule.

 

Pourtant elle était gagée sur un contrat tacite. Ainsi tout droit repose sur un devoir, et réciproquement tout devoir crée un droit. J’ai le devoir d’obéir au policier, et en contrepartie j’ai le droit d’être protégé par lui. Lui a le droit d’être obéi, et le devoir de me venir en aide si je suis attaqué. Il n’est donc pas de droit qui ne soit l’envers d’un devoir. Mais aujourd’hui l’irréflexion est telle que l’on ne songe qu’au droit, et jamais au devoir.

 

Peut-être mon exemple ici est-il mal choisi, car il y a des policiers qui excèdent leurs droits. Mais pourquoi alors s’en prendre à ces bienfaiteurs que sont, par exemple, les pompiers ? Là l’aberration est à son comble, et l’impression d’ensauvagement est évidente. Il suffit maintenant de porter un uniforme, ou incarner une Institution quelconque, pour être agressé. On ne veut plus déléguer à quiconque le pouvoir d’intervenir ès-qualités, on s’arroge le droit exorbitant de se faire justice soi-même, si d’aventure on se sent lésé. La crise de la représentation, bien visible actuellement, devient ainsi la porte ouverte sur l’anarchie.

 

Cette dernière est le règne de la pulsion immédiatement dominatrice. Il y a certes ici un manque individuel de réflexion, mais aussi une carence d’éducation, dont la tâche est de structurer la personnalité par l’intégration des frustrations. Cette dernière est nécessaire pour quiconque réfléchit un peu, car si elle disparaît, on revient à la loi de la jungle et à la sauvagerie primitive. Ce danger me semble, hélas !, présent aujourd’hui.

 

D.R.

 

***

 

Pour voir l'ensemble de mes livres sur le site de mon éditeur BoD, en lire un extrait, les acheter, cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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