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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 02:01

 

Voici un panneau qui a été installé par la mairie d’Epinay-Champlâtreux (Val-d’Oise) sur la D316 qui relie la Seine-Saint-Denis à l’Oise, prévenant les contrevenants qu’ils sont vidéo-surveillés et risquent d’être verbalisés. Un exemple inspiré de celui installé à Valence (Drôme).

D.R. Cliquer sur l'image

Ce panneau fait mention d'une loi de prohibition que je trouve liberticide : Acheter un acte sexuel est interdit par la loi et passible d'une amende de 1500 euros.

 

Et voici à ce propos le texte de deux articles que j'ai publiés dans Golias Hebdo en 2013 et 2014, et qui sont repris dans le tome 3 de mes recueils d'articles Des mots pour le dire. Ils ont été écrits avant que soit votée la loi en question. On y verra un bel exemple de ce retour de l'Ordre Moral, la moraline de Nietzsche, auquel nous assistons aujourd'hui.

 

 

Contre une proposition de loi qui prévoit, pour éradiquer la prostitution, de pénaliser le client, un manifeste des « 343 salauds » vient de paraître. Il s’inspire évidemment du « Manifeste des 343 salopes », signé en 1971 par des femmes ayant avorté, alors que l’IVG était encore passible de poursuites (Source : A.F.P., 30/10/2013).
 

J’admire l’assurance des promoteurs de cette loi, qui ne se sont pas rendu compte de l’extrême complexité de la question. D’abord il eût fallu bien distinguer les prostituées contraintes, et pour cela pourchasser impitoyablement les réseaux qui les exploitent, des prostituées volontaires. Il est évident que dans ce dernier cas la loi est un obstacle à leur liberté. En outre, comment repérer qu’un couple appréhendé a des relations tarifées ? Il pourra toujours le nier, et comment prouvera-t-on le contraire ? Aucun client n’aura la bêtise de payer la relation au moyen d’un chèque ou d’une carte de crédit !

 

Se pose ici le même problème que celui de l’incrimination pour « devoir conjugal » non accompli [voir tome 2 : Obligation]. Pourquoi la justice, en-dehors évidemment des cas de violence hautement punissables, devrait-elle toujours se mêler de la vie privée ? Le même problème d’immixtion s’était posé déjà à propos d’un projet de loi voulant interdire de donner une fessée aux enfants [voir tome 1 : Angélisme].

 

Bien sûr, on va produire des arguments moraux : il est déshonorant de vendre son corps. Mais l’est-il plus que de vendre son temps, sa substance, physique ou intellectuelle, dans un travail salarié que l’on subit, et dont on ne tire aucune gratification pour son âme ? Où est la supériorité de ce dernier cas, par rapport à celui de rapports sexuels contractuels entre deux adultes consentants ?

 

De ce point de vue, on peut comprendre qu’une prostituée puisse venger, en faisant ce choix, toutes ses sœurs miséreuses et exploitées, qui n’ont pu comme elle « sortir du ruisseau » : voyez là-dessus Nana, de Zola.

 

Et aussi, que penser de certaines femmes dites honnêtes ? Pensons d’abord à ce que dit La Rochefoucauld : « Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier. » Aussi pensons à ce qui se passe dans certains mariages : les vraies prostituées, dit Brel dans L’Air de la Bêtise, sont celles qui se font payer pas avant mais après. Et enfin, que savons-nous des destins, pour ainsi juger les prostituées ? Telle ou telle eût pu être notre mère, comme dit Brassens dans sa Complainte des filles de joie

 

Toute initiative pour protéger les prostituées, leur condition matérielle et sanitaire par exemple, est évidemment bienvenue. Mais la judiciarisation systématique des conduites à laquelle on assiste aujourd’hui pèche son systématisme, son traitement simpliste de questions autrement plus compliquées.

 

Prostitution (suite) 

Je viens de lire dans l’hebdomadaire La Gazette de Montpellier, journal ordinairement sérieux, l’article suivant, sous le titre Facs – 4% des étudiants se prostitueraient : « 4% des étudiants ont déjà accepté des relations sexuelles contre de l’argent ou des cadeaux. C’est la conclusion d’une étude menée par l’Amicale du Nid, le Crous et l’université Paul-Valéry. Parmi les 1800 répondants, tous étudiants à la fac de lettres, 22 hommes et 37 femmes ont ainsi vécu cette situation. Plus étonnant : plus de la moitié des étudiants interrogés estiment que cela peut être un moyen de s’en sortir. » (n°1363-1365, du 31/07 au 20/08 2014, p.13)

 

Cet article conforte ce que j’ai déjà dit dans mon billet Prostitution (initialement paru dans le n°312 de Golias Hebdo), lorsque je me suis élevé contre une proposition de loi qui prévoyait, pour éradiquer la prostitution, de pénaliser le client. Ce texte liberticide émanait à l’évidence d’un lobby féministe moralisateur, qui pouvait voir dans la prostitution, selon le titre de la chanson de Brassens, une « concurrence déloyale ». Mais évidemment il se drapait dans de hautes considérations éthiques, selon lesquelles il est déshonorant de vendre son corps – comme si quotidiennement le travailleur salarié exploité ne vendait pas lui aussi une partie de son être intime, gaspillée sans retour ! De toute façon, la réaction susdite de ce « plus de la moitié des étudiants interrogés », qui dans la prostitution ne voit ni objection ni abjection, fait justice de l’argument moral.

 

Notre société est victime de ce que Nietzsche appelait la « moraline », c’est-à-dire un souci de tout justifier moralement, pouvant mener à une censure systématique de toute conduite jugée condamnable, au mépris des libertés élémentaires de l’individu. D’où la judiciarisation systématique des conduites à laquelle on assiste aujourd’hui, qui pèche par son traitement simpliste de questions autrement plus compliquées.

 

S’agissant de la prostitution, on peut évidemment la déplorer, mais non a priori la condamner si elle est volontaire, et met face à face des adultes consentants. Un axiome juridique est d’ailleurs : Volenti non fit injuria – « Envers qui consent, pas d’injustice ». Dans le cas contraire, et s’il y a contrainte, il suffirait de poursuivre les proxénètes, dont une grande partie d’ailleurs est faite de femmes, n’en déplaise à notre lobby socialo-féministe !

 

 

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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 01:01

Je vous souhaite de savourer dans l'année qui vient les plus petites choses de la vie, comme ce film y engage.

 

***

 

Voici un petit film réalisé à partir de mon poème L'Art du Peu, dont le texte figure ci-dessous. Je remercie Sandy Blanco d'avoir permis sa réalisation. Cliquer sur :

***

 

Voici le texte du poème, et la photo qui l'accompagne, appartenant tous deux au tome 1 de mon livre Éternels instants :

 

L’Art du Peu

Pas grand chose

Moins que rien...

L’œil se pose :

Rien n’est vain

Bien modestes

Tous ces dons...

Grande reste

Leur leçon

Quoi derrière

On ne sait...

D’eux n’espère

Leur secret

Peut suffire

Au présent

D’éblouir

Le moment...

 

 

***

 

Pour avoir plus de renseignements sur cet ouvrage, en feuilleter le début ou l'acheter sur le site de l'éditeur, cliquer sur Lire un extrait, ou sur Vers la librairie BoD :

 

***

 

Notez que ce livre est aussi disponible sur commande en librairie (diffusion SODIS), et sur les sites de vente en ligne.

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29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 02:01

Voici quelques extraits du chapitre Selon les Écritures de mon livre sur le Credo (voir en fin d'article) :

 

 

Symbole des Apôtres – … le troisième jour il se dressa d’entre les morts…
Symbole de Nicée – … et il se dressa le troisième jour selon les Écritures...

Ce « selon les Écritures » est propre à Nicée. Il montre que cet « évé­ne­ment » de la Résurrection s’inscrit dans une tradition, au sens propre de transmission antérieure d’un héritage langagier, et peut être vu comme la réécriture, le palimpseste ou le midrash d’un ancien texte. Nicée est un texte de « seconde main », Apôtres se donne comme un texte « nouveau ». Le premier est sédimenté et se donne pour tel, le second non (ou du moins s’il s’inspire d’une tradition il ne l’avoue pas). Le premier s’adresse à des lettrés ou à des gens éclairés et mûris, le second au peuple, aux gens ordinaires, qu’il peut éblouir et conditionner par la magie d’un récit incompréhensible par la raison ...

 

... Vivants nous lisons et reproduisons un Texte, nous le réécrivons et l’incarnons. Notre existence n’est que balisée par les paroles antérieures, qui l’informent ou lui donnent forme, et étant ainsi balisée elle n’est plus banalisée. De ces mots nous tirons substance et être. Ce que montre Resnais des chansons, dans On connaît la chanson, ou encore Woody Allen dans Tout le monde dit : I love you, est vrai de toutes les paroles que nous avons entendues, de tous les livres que nous avons lus. Ainsi le livre nous délivre, ainsi sommes-nous libérés sur paroles...

La Référence n’est pas aliénante, c’est le contraire, elle donne vie, vie véritable. J’ai dit que nous étions les fils de nos propres fictions, que nous provenions de nos propres rêves. Que serions-nous donc, sans le secours de nos paroles et de nos récits, sans le secours de ce qui n’est pas ? Ce que nous sommes aujourd’hui pour la plupart devenus : du néant sous des néons…

Obéissez à vos porcs qui existent, je me soumets à mes dieux qui n’existent pas. [1]

Mais évidemment pour le croyant traditionnel il y a ici une garantie extérieure au Texte. Celui-ci se fonde, dit-il, sur de l’historique, des faits concrets et réels : la Résurrection (présentée comme effective, réelle et pas seulement symbolique) a vérifié le Texte (antérieur). – L’agnostique cependant, le littéraire en général qui connaît bien ce qu’on appelle l’« intertextualité », ne sont pas obligés de suivre. Le rédacteur de Paul et les rédacteurs évangéliques ont lu le livre de Jonas, ils l’ont présent à l’esprit et éventuellement ils l’ont sous les yeux quand ils écrivent. Ce qu’ils imaginent ils le projettent sur ce qu’ils racontent. Tout est vu est raconté, rétrospectivement, dans la lumière du Texte. Comme on peut rêver de choses qu’on n’a pas vues, mais qu’on a lues ou dont on a simplement entendu parler, ainsi on écrit ou raconte des événements dont qu’on dit qu’ils ont vérifié ou accompli l’Écriture ou les Écritures – mais cela on le dit seulement après. Le regard est totalement rétrospectif, saturé de Mémoire, d’Héritage, et de Lecture. Croire qu’un événement donné comme historique vérifie un texte, alors qu’il a été raconté, peut-être ou sans doute, avec le texte sous les yeux ou présent à la mémoire, c’est là véritablement la foi. Tous évidemment ne peuvent pas entrer dans cette façon de voir.

On peut trouver naïve la démarche de Pascal (un « scien­tifique » pourtant), qui veut prouver le christianisme par les prophéties et les signes, les prédictions de l’Ancien Testament. On dit que ce qui est arrivé à Jésus a réalisé les prophéties, les fameuses « Écritures », mais si ce qui est arrivé à Jésus précisément était l’objet d’une mise en scène et d’une écriture, simple travail et reprise de précédentes Écritures ?

Ce ne serait pas la première fois que, par rétroaction ou feed back, on croie à l’existence réelle de ce qu’on a lu, et même qu’on en invente la suite. Il y a bien des fans de Sherlock Holmes, de Tintin. Ils en poursuivent l’histoire... Mutatis mutandis, diront ici les gens sérieux : il faut changer ce qui doit l’être… – Le faut-il ?

Qui a commencé ? La mise en abyme est infinie. Comme ces couvercles de Vache qui rit où la Vache porte en pendant d’oreille un couvercle de Vache qui rit, ainsi les textes se répondent et miroitent à l’infini. Ces miroitements, ces échos, ces éclats ou antanaclases, nous constituent. Sans doute Borges avait-il raison, lorsqu’il disait que les hommes réécrivaient sans cesse le même Livre. Et l’incarnaient aussi dans leur vie.

Il n’y a rien d’original, mais il y a un originel, une source qui est une Parole Anonyme, qui nous hante, nous visite, aussi nous déserte… Vertiges et vestiges, c’est notre lot. Une Voix de jadis… Voix chère qui murmure, se tait, peut renaître. L’inflexion des voix chères qui se sont tues… Le Fleuve n’a pas de source assignable – comme le savent bien souvent les géographes. Que de fois, devant un commentaire à faire devant ce qui nous arrive, nous arrive-t-il de dire : « Comme dit l’autre… » ! L’« Autre », version agnostique de la voix de Dieu.

On s’enrichit à l’écouter, on se mutile ou se réduit à l’oublier. Si je dis : « J’ai soif ! », je n’ai pas le sentiment de citer quoi que ce soit ou qui que ce soit. Et pourtant :

Jean  19/28 : Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l’Écriture fût accomplie : ‘J’ai soif !’

Ou bien ce texte est ridicule, la parole étant d’une banalité affligeante, et on ne voit pas qu’il soit besoin de la rattacher à l’Écri­ture, ou bien il faut passer par-dessus la naïveté de la présentation, et il faut référer ce « J’ai soif ! » à un ou des textes antérieurs (ici Psaumes 22/16 et 69/22). Alors évidemment il dit beaucoup plus que la soif : la détresse, l’abandon de Dieu, la déréliction, etc. Si Jésus a dit effectivement cela on ne le saura pas (et au reste ce « J’ai soif ! » est propre à Jean). Mais rattacher une parole en elle-même absolument élémentaire, instinctive ou réflexe, à un Texte ancien, est via la Mémoire faire de l’homme plus qu’un animal.

Même si le récit n’est qu’un montage de textes antérieurs recopiés, l’expérience humaine qu’il met en scène demeure et nous institue. La conscience du rattachement, ou, comme on préfère, du recopiage, aussi est essentielle. Elle nous mûrit et nous préserve d’une adhésion naïve au simplement factuel et à l’extravagant. C’est peut-être la diffé­rence entre Apôtres et Nicée. « Ressusciter le troisième jour », dit tout seul, peut séduire d’abord, mais aussi infantiliser, par affirmation circonstanciée et concrète d’un miracle – et plus tard par réaction inverse ouvrir au doute et à la critique, systématiques et ricanants. De la foi du charbonnier à Voltaire le chemin n’est pas si long qu’on croit. Mais l’ajout du « selon les Écritures » (gr. kata tas graphas, lat. secundum scripturas) alerte au moins l’esprit et intelligemment l’ouvre au côté pas seulement factuel mais aussi symbolique des choses, en autorisant une réflexion sur les rapports subtils entre le texte et la vie.

 


[1] René Char, Les Matinaux, Gallimard « Poésie », 1974, p.201 – Voir aussi : Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs, Gallimard, Folio/Actuel, 1999.

 

***

 

Ce livre, Les Mystères du Credo - Un christianisme pluriel, est disponible en deux versions, une version papier et une version numérique (e-book). Pour en feuilleter le début, cliquez sur Lire un extrait. Pour l'acheter sur le site de l'éditeur, cliquez sur Vers la librairie BoD.

> L'ouvrage est aussi disponible sur commande en librairie, ainsi que sur les sites de vente en ligne.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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