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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 02:01

L’actuelle réforme du baccalauréat prévoit comme épreuve spécifique un Grand Oral de 20 minutes passé devant le jury. Or autant je pense que les anciennes épreuves orales venant compléter ou corriger l’écrit dans chaque discipline étaient utiles, autant il me semble que cette mesure est dangereuse.

 

Au cours de l’émission de France Inter Le Téléphone sonne, diffusée le 13 février dernier, un représentant du Ministère a déclaré : « On n’appréciera pas la compétence technique, mais l’aisance à s’exprimer ». Par « compétence technique » il faut entendre la maîtrise d’un savoir. On voit donc ce qu’il va en être du Grand Oral : la forme, l’aisance à parler, y prévaudront sur le fond. En outre les 5 dernières minutes de l’épreuve seront consacrées au « projet de vie » du candidat. Avec cette pratique, issue du management, on est tout à fait hors du domaine qui devrait être celui de l’enseignement : la vérification, par l’examen, des connaissances acquises.

 

Ce Grand Oral vient des pratiques de certaines Grandes Écoles, au premier chef de celles de commerce. Les étudiants qui préparent HEC, par exemple, s’y entraînent en utilisant des moyens sophistiqués, comme le filmage en vidéo. Qu’il s’agisse ici de commerce n’est pas innocent. Il convient de faire bonne impression sur le jury, comme plus tard le vendeur se doit de séduire le client par un beau discours. Peu importe la substance du message. Ce qui compte est le talent de celui qui parle. Le canal utilisé l’emporte sur un fond dont on ne s’occupe pas. Comme disait Mac Luhan : « Le message, c’est le medium. »

 

Nos politiques aussi, passés par Sciences Po et l’ENA, sont habitués au Grand Oral. Et comme les commerciaux, ils sont bien souvent des bonimenteurs, vecteurs à quelque bord qu’ils appartiennent d’une « langue de bois » interchangeable à laquelle ils ont tous été formés.

 

J’ai bien peur que ce Grand Oral ne formate de la même façon les candidats au bac. On leur donnera quelques cours et techniques d’éloquence, et très vite ils ne s’occuperont pas de ce qu’ils ont à dire, mais de la façon de le dire. Comme ces rhéteurs et sophistes de l’Antiquité, qui pouvaient défendre indifféremment telle ou telle cause, en s’occupant seulement de l’effet qu’ils produisaient sur leurs auditeurs.

 

Bref, cette mesure me semble bien le signe de notre époque moderne, où on a moins besoin de savants que de beaux parleurs.

 

Maturité ? - D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 02:01

 

Où se trouve la vraie valeur d'un homme ?

 

Finalement, il y a trois façons de considérer la personnalité d’un homme : ce qu’il est, ce qu’il a, et ce qu’il représente. Ce qu’il a d’ailleurs contribue, aux yeux de beaucoup, à ce qu’il représente. Combien croient que leurs possessions matérielles concourent à les valoriser aux yeux des autres ! Leur être se réduit à leur avoir, qui s’imaginent-ils (par projection) crée leur image : belle maison, belle voiture, belle femme... Ce jeu de frime et de look est très répandu, il sous-tend toute la publicité, et la majeure partie de l’économie capitaliste repose là-dessus. Un objet n’est plus acheté seulement pour son usage, mais aussi et parfois essentiellement pour sa valeur de représentation.

 

La consommation d’aujourd’hui est aux antipodes de la sagesse. Comme le serpent qui se mord la queue (ouroboros), elle ne fait d’ailleurs que se consommer elle-même, se nourrir de ses propres signes. Par là elle est une activité totalement idéaliste et abstraite, comme l’a montré Baudrillard dans Le Système des objets, lorsqu’il parle de « Consommation de la consommation ». On ne consomme pas des choses, mais des images, des logos, des marques, etc., et le système qui les produit. Et cela s’intègre jusque dans l’âme des enfants : c’est à qui aura la meilleure marque de vêtement, de chaussures, le dernier gadget à la mode, etc. On veut être dans le vent, comme l’est la feuille morte...

 

Il n’y a rien de substantiel derrière tout cela. Ce n’est pas parce qu’on portera des vêtements non conformistes (jeans déchirés, etc.) qu’on est un rebelle non conformiste. C’est là au contraire le pire des conformismes, le pire asservissement au regard des autres.

 

C’est pourquoi on ferait bien, me semble-t-il, de revenir à l’école au port de la blouse, ou à défaut (si la blouse d’autrefois n’avait pour justification que de protéger des taches d’encre), à celui de l’uniforme, comme cela se pratique dans certains pays. Son avantage est de créer un certain anonymat de son porteur et d’égaliser les conditions sociales – donc d’éviter l’asservissement au regard d’autrui.

 

Face à l’attitude générale, à la fois risible et obscène, de soumission aux valeurs de représentation, il faudrait ne valoriser dans un être que ce qu’il est. Cela se voit dans ce qu’il fait, et dans ce qu’il veut. Dis-moi ce que tu désires, je te dirai qui tu es. L’être peut alors, tous masques écartés, se voir, se jauger et se juger lui-même. Il y faut du courage, tandis que les valeurs d’avoir et de représentation, très souvent liées et qui l’éloignent de lui-même, sont plus faciles à choisir et à incarner. On préfère vivre sous le regard des autres, plutôt que sous son propre regard. Là pourtant serait la sagesse, loin d’un monde si factice, et sans doute enfin le vrai honneur de l’homme.

 

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 52-53). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 02:01
Promenade (2)

Au pied d’un mur brillant procèdent les marcheurs.

La mer est toujours là qui surplombe le sable.

Un futur les attend pour bonheur ou malheur,

Mais pour l’éternité toute vie n’est que fable...

 

 

***

 

D'autres photos accompagnées de poèmes figurent dans mes derniers livres Éternels instants (Tomes I, II et III). Ce sont des petits livres d'art de 100 pages chacun, format 12 x 19 cm, imprimés sur papier photo brillant 200 gr. On peut les offrir en cadeau, ou s'en faire cadeau à soi-même. Vous pouvez en feuilleter le début (cliquer ci-dessous sur Lire un extrait), les commander sur le site de l'éditeur (cliquer sur Vers la librairie BoD), ou bien en librairie (diffusion SODIS), ou sur les sites de vente en ligne (ISBN : 9782322133673, 9782322171361, et  9782322193066).

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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