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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 02:01

C’est le fait de conclure à partir d’un exemple concret à une définition générale dont cet exemple est l’incarnation et l’illustration.

 

On sait que pour Platon chaque chose renvoie à son essence, ou son idée, qui lui préexiste et la garantit. Mais cette façon de voir a suscité des contradictions. Pensons à ce que Protagoras dit à Socrate : « Je vois bien le cheval, mais je ne vois pas la ‘chevalité’. » Autrement dit, il n’y a que des cas particuliers, qu’on ne peut pas subsumer dans telle ou telle idée générale.

 

Aujourd’hui, il est de bon ton de reprendre l’objection du sophiste. Il arrive par exemple que l’homme essentialise le féminin. Il rêve souvent d’une femme idéale et maternelle, cet archétype de son inconscient que Jung a appelé l’anima. Mais aucune femme réelle n’y peut correspondre, c’est une construction totalement mythique. J-P. Léaud, chez Truffaut, dit que toutes les femmes sont « magiques ». Ce n’est pas vrai. Ou bien si certaines le sont, d’autres ne le sont pas. On comprend pourquoi les femmes mettent en cause cette essentialisation masculine, qui souvent, en plus, sert aux hommes d’alibi à une domination qui s’exerce sur elles.

 

Mais à l’inverse certaines sont misandres, et englobent tous les hommes dans une identique représentation et une égale détestation. À une essentialisation masculine (la Femme) elles en opposent une autre, symétrique (l’Homme). Mais tous les hommes ne sont pas violents, ou violeurs en puissance. Il me semble que ces insurgées devraient s’en tenir à critiquer la domination patriarcale, et ne pas s’en prendre à une masculinité mythifiée. Et aussi il ne faut pas faire payer à tous les hommes le mal que certains leur ont fait. Ce n’est pas juste : ils n’en sont pas responsables. [Voir : « Haïr pour ne plus subir ? »Télérama n° 3700, 09/12/2020, pp.45-47]

 

La vérité est qu’on peut bien continuer à parler de pôle masculin et de pôle féminin, donc de définitions archétypales, en précisant bien que ces deux pôles se trouvent en chacun. Ainsi il y a des hommes féminins, et des femmes masculines. On comprend bien à cet égard ceux et celles qui se disent « non binaires ».

 

On pourrait faire le même raisonnement à propos du racisme. À une essentialisation blanche, meurtrière, qui assigne les Noirs à un rang inférieur, certains racialistes noirs en opposent une autre, exactement symétrique, et englobent tous les blancs dans une égale haine. Or tous les blancs ne sont pas racistes, et tous ne sont pas colonialistes et esclavagistes. Ce n’est pas parce que leurs ancêtres l’ont été qu’ils le sont eux-mêmes. C’est comme si on reprochait à un jeune Allemand d’aujourd’hui d’être nazi.

 

Finalement, il est vrai que l’essentialisation est dangereuse. Mais elle est très souvent indispensable. S’il n’y avait pas cette propension à généraliser, à abstraire devant les cas concrets, l’esprit serait confronté à un chaos : aucune pensée même ne serait possible, car le disparate ne dit rien.

 

Masculin/Féminin (D.R.)
Racisme (D.R.)

 

***

 

Cet article est paru dans le journal Golias Hebdo. Pour lire d'autres articles comparables à celui-là, vous pouvez voir mon recueil : 

 

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

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15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 02:01

O

n sait qu’une simple expression, une phrase seule peuvent prendre différents sens suivant le contexte dans lequel elles figurent. Il y a à cet égard une phrase attribuée au cardinal de Richelieu : « Donnez-moi deux lignes de quelqu’un et je le ferai pendre. » Il y a donc danger à extraire une phrase de son contexte, et à ne la considérer que comme seule.

 

C’est le cas de la phrase très connue de la première lettre de Jean, dont se gargarisent beaucoup de chrétiens : « Dieu est amour. » Rien de plus beau assurément, de plus invitant ou engageant.

 

Mais il est bon de lire le passage de 1 Jean 4/8-10 en entier, en notant bien les inflexions ou changements d’idée de verset en verset : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour (v.8). L’amour de Dieu a été manifesté envers nous en ce que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. (v.9)  Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés. (v.10) »

 

On peut recevoir le v.8, et l’on peut même admettre l’inversion hérétique du « Dieu est amour » en « L’amour est Dieu » (en grec on ne peut pas le faire, car l’attribut n’y a pas d’article : Ho theos agapè estin – mais en latin on le peut : Deus est caritas peut se lire des deux façons). On peut recevoir aussi comme essentiel et décisif le v.9, en y comprenant que le message ou la parole de Jésus peut effectivement nous faire vivre. Mais est-on obligé d’admettre le v.10, qui contient la théologie, barbare pour beaucoup, de la victime expiatoire (hilasmos) ? Pour les Sociniens, par exemple, si Dieu a été effectivement payé du sacrifice de son Fils, il n’a pas pardonné, car le pardon suppose qu’on efface une dette, non qu’on la recouvre. Le créancier a été remboursé : que dire de plus ?

 

De cette phrase décontextualisée viennent toutes les incantations triomphalistes, aveuglées et bondieusardes qu’on nous donne sur l’amour, et qui fleurissent encore chez les bien-pensants, et jusque sur les sites de « spiritualité » sur Internet. Quand on a prononcé ce mot, « Dieu est amour », on a tout dit, et on pense que cela suffit à clore définitivement la bouche à tout contradicteur. Assurément cette cer­titude rassure, et on s’y réfugie.

 

Que ne lit-on, pourtant, ce texte en entier ? Ou alors que n’en a-t-on fait le lifting, et fait disparaître la fin si contestable ? – Mais il est plus confortable de s’étourdir de l’amour, plutôt que de réfléchir sur la singulière façon dont ici il est présenté.

 

21 octobre 2010

 

Ce texte est d'abord paru dans le journal Golias Hebdo. Il figure maintenant dans l'ouvrage suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

 

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 02:01

 

Aimer être seul

Se retrouver

S’appartenir

Se lover en soi

Chez soi



Et puis



Seulement

À cette condition



Ouvrir sa fenêtre

Voir le monde

Et passionnément

L’aimer...

 

 

***

 

Photo et poème appartiennent à ma série d'ouvrages Éternels instants. Pour avoir plus de renseignements sur ces ouvrages, en feuilleter le début ou les acheter sur le site de l'éditeur, cliquer sur les images ci-dessous :

 

 

Éternels instants 1
Théron, Michel
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Éternels instants 2
Théron, Michel
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Éternels instants 3
Théron, Michel
15,00Livre papier
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***

 

Notez que ces livres sont aussi disponibles sur commande en librairie (diffusion SODIS), et sur les sites de vente en ligne.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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