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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 02:01

On en a beaucoup besoin, en cette époque de pandémie, qui fait tant de victimes, dont évidemment il faut se garder d’augmenter le nombre. C’est pourtant ce qu’ont oublié les évêques français, réunis en visioconférence pour leur assemblée plénière d’automne, qui ont demandé au Conseil d’État l’autorisation d’ouvrir les églises pour permettre aux fidèles d’assister à la messe (Source : liberation.fr, 04/11/2020).

 

Finalement ils ont été déboutés. Mais cette initiative est significative d’un certain esprit. L’épiscopat français s’est comporté ici comme un lobby clérical, se situant aux antipodes du moindre impératif civique. Il s’est sûrement placé à la remorque des contestataires du confinement, aux motivations très disparates, mais surtout de la mouvance traditionaliste, qui n’a pas hésité à s’adonner à Versailles et à Nantes à des prières de rue, pour contester la décision de justice et incarner une désobéissance civile (Source : francetvinfo, 10/11/2020).

 

La messe dans sa seconde partie, la plus importante, est manifestement un sacrifice : une victime (hostia) est immolée sur l’autel (altare) et offerte à Dieu. Ces pratiques cultuelles sont bien sûr immémoriales. Mais c’est justement ce que le livre d’Osée, et à sa suite Jésus ont mis en question, car dans le sacrifice on peut oublier la nécessaire compassion : « C’est la compassion que je veux, et non le sacrifice » (Osée 6/6 – Matthieu 9/13 et 12/7). Dans la situation sanitaire actuelle, la revendication pour célébrer et entendre la messe en assemblée est manifestement aux antipodes de la compassion, ou de la prudence compassionnelle, et les évêques qui l’ont formulée manquent non seulement de civisme, mais aussi de la mémoire de leurs textes.

 

Aussi bien auraient-ils pu se souvenir des critiques que fait Jésus du ritualisme. La messe chrétienne, comme le sabbat pour les juifs, est une pratique rituelle dont il faut évidemment relativiser l’importance, quand les circonstances l’exigent, ce qui est bien le cas aujourd’hui : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. De sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat » (Marc 2/27-28)

 

Que n’ont-ils eu ce passage présent à leur esprit, nos évêques contestataires qui ont mis la messe au-dessus de tout ! Que ne se sont-ils dit, dans les circonstances présentes, que la messe est faite pour l’homme et non pas l’homme pour la messe !

 

D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 02:01

Voici une vidéo de 3'24" qui tire du spectacle du monde des tableaux tendant vers l'abstraction. Cette dernière protège de la vie, parfois sentie comme menaçante. Cliquez sur l'image ci-dessous, et n'hésitez pas à afficher la vidéo en plein écran.

 

Genêts (vidéo)

 

> Pour voir sur Facebook d'autres vidéos dont je suis l'auteur, cliquer : ici.

 

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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 02:01

La Lettre d’origine évangélique que je reçois régulièrement et dont j’ai déjà parlé (Golias Hebdo, nos 635 et 641), se demande cette semaine comment il faut rendre un culte à Dieu. Et la réponse est bien simple : « Ce que Dieu veut, c’est que nous lui rendions un culte qui Lui soit agréable. »

 

Cette Lettre ne me déçoit jamais. Quelle prétention à s’imaginer savoir « ce que Dieu veut » ! Mais le rédacteur ne s’embarrasse pas de doutes. Évoquant le sacrifice du Fils, il écrit : « Dieu a fait sa part en payant le prix fort, en offrant son fils unique pour le salut de tous. Et nous avons la nôtre à faire en acceptant le cadeau. » Quant à ceux qui sont rétifs à accepter cette nouvelle, il conclut : « Pendant ce temps, l’heure tourne et Dieu regarde sa montre avec peine… » Je pensais jusque là que cette Lettre n’était pas destinée qu’à des enfants !

 

Ces derniers sont pourtant nombreux. Car l’idée d’un culte devant être « agréable » à Dieu est générale dans la Bible. Pensons au « sacrifice que Dieu accepte et qui lui est agréable, et qui a un parfum de bonne odeur. » (Philippiens 4/18) Cette idée est reprise dans la liturgie eucharistique dans le canon de la messe romaine. L’offrande de la victime sur l’autel du sacrifice doit être agréée comme le furent celles d’Abel, d’Abraham, et du pontife Melchisedech : il s’agit de se concilier les bonnes grâces d’un Dieu potentiel­lement terrible (l’Offertoire romain dit même qu’il faut l’« apaiser », placare en latin), en le flattant obséquieu­se­ment, à la manière d’un courtisan. L’image qu’on se fait de Dieu ne sort pas grandie de cette vision.

 

Voltaire le disait bien : « Si Dieu a fait l’homme à son image, l’homme le lui a bien rendu. » En fait, outre l’infantilisme qui en résulte, cet anthropomorphisme est aussi un cas typique d’idolâtrie, qui consiste à enfermer la divinité dans une image purement humaine.

 

On ne rendra pas justice à l’Inconnaissable en lui prêtant ainsi des sentiments humains, et en particulier un des plus bas parmi les sentiments humains : un goût pour la flatterie et un incessant désir d’applaudissements. Comme dit Valéry dans son Ébauche d’un serpent : « Ô vanité, cause première ! » – En outre, il y a là aussi une inconséquence : car si Dieu a des sentiments humains, il n’y a pas de raison qu’il n’en ait pas aussi d’autres que celui-là : en particulier du mépris pour des créatures si viles qu’elles passent toute leur vie à s’aplatir devant lui.

 

Finalement, l’absurde théologie évangélique me semble corroborer la définition que Borges donnait de la théologie : « Une branche de la littérature fantastique. »

 

Anthropomorphisme ! (D.R.)

 

 

***

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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