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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 00:01

 

Celle des esprits et des interprétations est très grande, par exemple chez ceux qui sont chargés d’informer le public, les journalistes. Ainsi, on a relevé avec enthousiasme la phrase du dernier pape, dans l’avion qui le ramenait de Rio, où s’étaient tenues les Journées mondiales de la jeunesse, le 28 juillet 2013, à propos des homosexuels : « Qui suis-je pour les juger ? ». Dernièrement, un prétendu « spécialiste des religions » a commenté ce propos en disant : « Il n’est donc pas encore au stade où il les marie, mais il n’est plus dans la condamnation » (Metronews, 13/03/2014, page 4). Je reste interloqué devant ce « encore », qui suppose que l’événement se produira un jour.

Et il suppose aussi et surtout une grande ignorance de la part de ce « spécialiste ». En effet, ne pas condamner ne signifie en aucune façon approuver. Le propos papal est exactement calqué sur l’épisode de la femme adultère dans l’évangile de Jean (8/1-11) : à ceux qui veulent la lapider, Jésus dit de jeter la première pierre. Comme personne ne le fait et ainsi ne la condamne, il conclut : « Je ne te condamne pas non plus ». C’est exactement ce qu’a dit le pape, qui manifestement devait avoir présent à l’esprit le passage johannique. Mais, et c’est essentiel, Jésus ajoute à la fin de la péricope : « Va, et ne pèche plus ». Autrement dit, l’attitude de la femme doit être amendée pour l’avenir. Le péché n’est pas annulé, on doit toujours le combattre, même si on ne condamne pas le pécheur. À l’évidence, le pape a dû penser la même chose vis-à-vis de l’homosexualité.

Parler du mariage possible des homosexuels par l’Église est une absurdité. Le mariage a pour but la procréation des enfants (voir « Copulation », Golias Hebdo, n°250). Et donc l’homosexualité est une raison « dirimante », pour reprendre le mot du droit canon, pour interdire ce « mariage ». C’est la même chose pour la féminisation de la prêtrise, qui ne peut avoir lieu tant que le prêtre sera un sacrificateur (voir « Ignorance », Golias Hebdo, n°301) Oublier des choses de ce genre, et surtout de la part d’un « spécialiste », est faire preuve au mieux de naïveté, au pire d’incompétence.

 

Confusion--illustration.jpg

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


Petite philosophie de l'actualité, format Internet

 

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 00:01

 

On raille l’idolâtrie à laquelle il paraît conduire, et aussi la naïveté qu’il y a à faire éventuellement s’opposer des dieux dans des luttes qui n’ont rien, à nos yeux, de majestueux. Voyez comment la mythologie antique est traitée bien familièrement par Offenbach, par exemple : on rit de toutes ces divines disputes, qui ressemblent fort parfois à des scènes de ménage. De toute façon, l’Histoire, pensons-nous, a tout balayé, et aussi bien la Grèce que Rome ont répudié leur passé « païen », pour n’adopter que le Dieu unique.

Je ferai toutefois remarquer que le polythéisme tel qu’il existait autrefois en Grèce existe bel et bien encore en Inde, qui nous en donne une idée vivante : je veux parler de l’hindouisme, que l’islam est loin d’avoir supprimé. Méfions-nous donc d’un naïf ethnocentrisme, qui nous fait croire universels les choix et les refus que nous avons faits.

Pour le fond de la question, je dirai le regret que j’en éprouve. Chateaubriand a écrit un Génie du christianisme. Qui en écrira un du polythéisme ? Les dieux multiples et divers représentaient en effet les différentes postures et valeurs que nous pouvons voir incarnées dans nos vies, et qui sont loin de toutes s’accorder facilement. Dans l’Iliade, les dieux sont partagés en deux camps : certains soutiennent les Grecs, et d’autres les Troyens. Admirable image symbolique d’une division des valeurs, ou comme on dit savamment d’un « partage axiologique », dont nous faisons constamment l’expérience.

La Tragédie grecque le montre aussi, et c’est là son profond génie : Antigone a raison, mais Créon n’a pas tort. Cette complexité essentielle ne condamne certes pas au nihilisme, l’ambivalence n’étant pas l’équivalence : Sophocle n’est pas Anouilh. Mais elle insuffle dans l’esprit une salutaire prudence quant à l’abord des conflits, et la nécessité d’une patiente recherche quant à la possibilité de leur résolution.

À l’inverse, le monothéisme peut mener à ce que j’ai appelé à propos de la méthode Coué le « monoïdéisme » (voir : Positivité). Du « Dieu jaloux » (Exode 20/5), on peut aller au « zèle pour sa maison » (Psaume 69/9 ; Jean 2/17), c’est-à-dire littéralement au fanatisme. Plus pur sans doute dans son principe, le monothéisme me semble plus dangereux dans son application. À nous donc de faire qu’il échappe à ce péril !

 

Polytheisme--illustration.jpg

 

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :


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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 00:01

 

On en distingue ordinairement deux types, que l’on oppose : l’amour de désir, en grec éros, et l’amour de don, en grec agapè, mot qui a donné le français « agape », repas fraternel. C’est lui seul qui est employé pour dire l’amour dans le texte néotestamentaire. L’équivalent latin d’éros est amor, et d’agapè, caritas, qu’utilise Jérôme en sa Vulgate. Caritas a donné « charité », mais ce mot a pris maintenant des connotations condescendantes, et on traduit désormais l’agapè chrétienne par « amour » tout simplement, par exemple dans l’hymne célèbre que Paul lui a consacrée, au chapitre 13 de la première épître aux Corinthiens.

Théoriquement, ces deux visages de l’amour se distinguent bien l’un de l’autre. Le premier, éros, cultive le désir pour lui-même, et s’y complaît : il recherche un certain état, celui d’être amoureux. Le second, agapè, veut le bien de l’autre : c’est un amour actif, qui se voue et dévoue à l’autre. De ce point de vue, quand on est amoureux, on n’aime pas vraiment, car aimer c’est aider. Voilà le « catéchisme » que j’ai appris, dans ma lecture des ouvrages de Denis de Rougemont, comme L’Amour et l’Occident, ainsi que des thèses d’Anders Nygren, dans son livre essentiel sur Éros et Agapè.

Cependant, j’ai toujours aimé revisiter les catéchismes. Ainsi ai-je remarqué qu’en grec moderne aimer se dit tout simplement agapân, le mot incluant toute sorte d’amour, éros compris. Et d’autre part les Pères de l’Église disent que Dieu a pour les hommes un amour fou, manikos eros, exactement comme dans le recueil éponyme de Breton. Aussi ai-je entrepris une enquête sur cette opposition, en la confrontant à mon expérience personnelle de l’amour. Et il m’a semblé que les deux types d’amour non seulement ne s’opposent pas radicalement, mais qu’ils peuvent coexister dans une seule vie : passion et compassion ne sont pas des ennemies. Simplement il y a des dangers symétriques qui guettent éros et agapè : la dangereuse méconnaissance de l’autre dans le premier cas, le très contestable sacrifice de soi-même dans le second. Et enfin l’idée m’est venue d’explorer des voies pour préserver l’amour de son grand ennemi : le temps qui passe. On trouvera toutes les étapes de cette enquête dans le livre que je viens de faire paraître en février 2014 chez Dervy, Méandres de l’amour – Éros et Agapè (photo de couverture ci-dessous).

 

Méandres de l'amour - Couverture recto

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Nota : Un recueil de toutes les chroniques que j'ai données à Golias Hebdo, de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible sous forme de livre électronique multimédia, assorti de nombreux liens facilitant son exploitation :


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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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