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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 00:01

Ce blog est interdisciplinaire. Pour en explorer la grande diversité, pour faire un tri et ne voir que ce qui intéresse, pensez à cliquer sur Catégories, dans la colonne de droite


 ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Rite

Sa présence et son observation sont sans doute nécessaires au fonctionnement social. Il est présent à peu près partout, comme le disent les anthropologues. Son rôle est structurant, certes, mais à l’évidence il constitue une injonction qui nous est signifiée de façon plus ou moins comminatoire, au profit du groupe peut-être et de sa cohésion, mais au détriment de la liberté et du choix individuels. Aussi y a-t-il des cas, me semble-t-il, où il y a avantage à s’en éloigner.

Dans cette période des fêtes de fin d’année, naturellement tout le mode s’est pressé en foule dans les magasins pour acheter cadeaux et victuailles, Noël étant devenu pour la plupart une simple occasion de consommation et de goinfrerie. Ce rite est observé machinalement, de façon moutonnière, et aussi purement formelle, puisque d’après un sondage, comme je l’ai souligné dans mon billet « Hypocrisie » (Golias Hebdo, n°113), avant même la fête 40% de personnes ont déjà dit qu’elles allaient revendre dès le lendemain sur Internet les cadeaux qu’elles y auraient reçus. Les magasins aussi ont pour ce jour-là beaucoup de retours.

Où est le cœur là-dedans, l’intention profonde du geste ? Le rite est vidé de sa signification, pratiqué de cette façon purement machinale dont on sait qu’elle fossilise et tue : « La lettre tue, mais l’esprit vivifie. » (2 Corinthiens 3/6)

Pour moi, il faut décidément s’écarter de cette frénésie robotisée. D’abord elle est obscène par rapport à ceux qui par dénuement ne peuvent y participer. Comme le dit la Sauvage d’Anouilh : « Il y aura toujours un petit chien crevé quelque part qui m’empêchera d’être heureuse. » Ensuite je ne vois pas pourquoi il faudrait bâfrer en famille à tel moment fixé, et identiquement offrir tel ou tel « cadeau » à telle ou telle personne de façon obligée. Fête pour fête, je préfère en choisir le moment, ainsi que l’occasion et les destinataires du partage : ils seront alors authentiques. Que si l’on m’oppose les injonctions sociales, ce que l’on doit faire ou ne pas faire lors de tel ou tel jour, je répondrai avec le plus grand anti-ritualiste que je connaisse : « Le Fils de l’homme est maître du sabbat. » (Matthieu 12/8)

 

Rite--illustration.jpg

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

   

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 00:01

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 ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Cheminée


On vient de s’aviser que dans sa version traditionnelle du foyer ouvert elle pouvait constituer une menace pour la santé publique, pour cause d’émission dans l’atmosphère de nuisibles particules fines. À partir de janvier prochain, ce mode de chauffage va être interdit en région parisienne. Exception sera faite toutefois pour les foyers fermés (Source : Libération, 04/12/2014).

Ce type de mesure me semble relever d’un abus manifeste de ce « principe de précaution », pouvant mener à la paralysie, que j’ai déjà dénoncé dans un billet paru dans le n°345 de Golias Hebdo. D’abord tous les spécialistes s’accordent pour voir dans cet anathème une disproportion manifeste, et pour reconnaître, comme le dit l’article de Libération susmentionné, que « les feux de cheminées peuvent apparaître comme un problème moins pressant que celui du trafic automobile ». Ensuite on peut avancer que l’utilisation du  bois, ressource renouvelable, est plus écologique que celle des ressources fossiles, comme le charbon ou le pétrole. D’autre part, elle est le seul moyen pour se chauffer des foyers pauvres. Si on l’interdit, ils seront condamnés à avoir toujours froid.

Aussi, comment fera-t-on respecter l’interdiction ? La police viendra-t-elle dans l’intimité des maisons ? À moins d’être prévenue par un voisin voyant s’échapper de la fumée d’une cheminée, ce qui encouragera la malveillance et la délation...

Enfin, on n’a pas réfléchi à la richesse imaginaire du feu de bois, comme par exemple Bachelard l’a analysée dans sa Psychanalyse du feu. Le feu parle à l’âme, à la rêverie, en s’adressant à tous nos sens. Si l’on en vient au foyer fermé, restera la seule vision de la flamme, et l’ouïe, l’odorat, le toucher même ne seront plus sollicités. Tout le festif d’un moment magique pluri-sensoriel disparaîtra. Ce sera un considérable appauvrissement.

Finalement, une fois engagés dans ce chemin de peurs, où nous arrêterons-nous ? Qui empêchera une personne allergique de déposer plainte contre le propriétaire d’arbres ou de fleurs laissant s’échapper des pollens dont elle s’estime victime ? La vérité est qu’il faut toujours en toutes choses garder mesure : Est modus in rebus. Car tout est dangereux dans la vie elle-même, qui est, comme tout le monde le sait, une maladie mortelle sexuellement transmissible.

 

Cheminee.jpg

 

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

   

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 00:01

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 ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Crèche

À la suite d’une demande de la fédération locale de la Libre pensée, le tribunal administratif de Nantes a décidé que la crèche de Noël, installée dans le bâtiment abritant le Conseil général de Vendée, était un « emblème religieux » incompatible avec le « principe de neutralité du service public ». Obligation a donc été faite de la faire disparaître. Évidemment, on a assisté à une levée de boucliers de la part des traditionnalistes. Ainsi Philippe de Villiers s’est dit « outré, scandalisé» par cette décision qu’il a qualifiée de « totalitaire» : « La France est une terre chrétienne, cette décision relève d’un laïcisme mortifère qui viole nos traditions et nos coutumes » (Source : Le Figaro.fr, 03/12/2014).

Je suis personnellement tout à fait d’accord avec la décision du tribunal, et je pense à ce que pourraient dire, voyant une crèche dans un espace public, les juifs et les musulmans, pour qui elle ne signifie rien. « Deux poids, deux mesures », diraient-ils, et ils auraient raison. Ensuite je conteste absolument la remarque de M. de Villiers à propos de la France « terre chrétienne », car il confond « chrétien »  et « catholique ». Pour les catholiques seuls la crèche a du sens. En monde protestant, essentiellement iconoclaste, la crèche relève d’une idolâtrie dangereuse. Si l’on va jusqu’à prier devant elle, elle devient objet de culte. Cessons donc de parler de « culture » à son propos. Car si le culturel est une chose, le cultuel en est une autre !

Enfin, je dirai que la crèche ne dit rien du tout de ce qu’il en fut du Jésus historique, et surtout, ce qui me semble essentiel, de son message, de son enseignement. Elle participe du storytelling habituel des évangiles (l’âne et le bœuf même viennent des apocryphes), qui très souvent a recouvert l’évangile ou la bonne nouvelle du Christ (Evangelium Christi), par la bonne nouvelle au sujet du Christ (Evangelium de Christo). Où est par exemple le Logos, la Parole, dans l’Enfant-Jésus, « enfant » signifiant précisément : « qui ne parle pas » ? Libre aux enfants de s’attendrir, loin de l’espace public bien sûr, devant ce Jesu bambino tout nu qui se tortille en tout sens. Mais ce n’est qu’un mythe, une fiction de plus.

 

 Crèche, illustration

 

 


 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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