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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 00:01

 


Ce blog est interdisciplinaire. Pour en explorer la grande diversité, pour faire un tri et ne voir que ce qui intéresse, pensez à cliquer sur Catégories, dans la colonne de droite


 ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Clown

Normalement, simplement à le voir dans sa tenue excentrique, il fait rire les gens : on se moque toujours de ce qui s’écarte de la norme, et c’est bien son cas. Certes il y a des cas où un esprit plus adulte peut voir, derrière la façade joviale, la tristesse, selon ce que dit Baudelaire dans La Muse vénale : « Et ton rire trempé de pleurs qu’on ne voit pas. » On connait encore le tragique et antiphrastique « Ris donc, Paillasse ! » de l’opéra de Leoncavallo, où le héros est obligé de faire rire, au milieu d’une très grande douleur. Mais enfin ces deux faces restent dans le cadre de l’humain, dont la condition, même fort complexe, voire contradictoire, reste compréhensible.

Mais le clown aujourd’hui sort de ce cadre, pour entrer dans celui de l’incompréhensible à tout esprit normal. Je veux parler de ces clowns effrayeurs et méchants, dont la mode sévit actuellement. Ainsi simplement dans mon département de l’Hérault on a noté plusieurs agressions dont ils ont été les auteurs. À Montpellier, un piéton de 35 ans a reçu 30 coups de barres de fer par un homme grimé en clown qui voulait le dépouiller. Plusieurs autres cas se sont produits dans d’autres localités proches de chez moi (Source : Le Parisien, 26/10/2014).

Cette mode des « clowns qui attaquent » a été lancée sur les réseaux sociaux depuis des États-Unis. On a beaucoup craint qu’elle s’amplifie et se déchaîne à l’occasion de la fête d’Halloween, au point que beaucoup de municipalités ont pris des mesures pour la prévenir à cette occasion. Ce qui me semble le plus préoccupant est le mélange et le brouillage qu’elle peut provoquer dans l’esprit. Normalement ce dernier, sans être manichéen, aime bien catégoriser, mettre de l’ordre dans ses valorisations et ses refus. Or faire d’un personnage normalement comique un personnage inquiétant confond tous les repères structurants. Déjà Orange mécanique, le film de Kubrick inspiré du roman de Burgess, montrait son « héros », Alex, commettant toutes ses atrocités déguisé en clown. Je vois là un signe prémonitoire de la fin d’une société taraudée par le nihilisme, perdant tous ses repères, et à l’image de ce que disent les sorcières de Macbeth (« Le beau est affreux, et l’affreux est beau »), plongeant dans le chaos d’une ambiguïté totalement déstabilisante.


Clown--Illustration-.jpg

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

   

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 00:01

 


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 ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Animal

L’Assemblée nationale a adopté, jeudi 30 octobre dernier, une disposition qui reconnaît que les animaux sont des « êtres vivants doués de sensibilité ». Mais les députés ont tout de même gardé la disposition du code civil, qui considère les animaux comme « des biens meubles ». « Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens corporels », a-t-il été écrit. Cette mesure permet de satisfaire la FNSEA, qui craignait que la nouvelle disposition « ne remette en cause la pratique de l’élevage » (Source : AFP, 31/10/2014).

Bien sûr, on a assisté à une levée de boucliers de la part des défenseurs des animaux, dont certains, au mépris total de la langue, ont dit qu’un animal n’est pas un « meuble » ! Or ils devraient savoir qu’un « bien meuble » est simplement un bien déplaçable, ou qui se déplace tout seul, à la différence d’un « bien immeuble », qui lui ne peut être déplacé. On voit l’intérêt qu’il y a à connaître le latin : « meuble » renvoie à mobilis, qui vient de movere, déplacer. Beaucoup de querelles seraient évitées s’il y avait plus de connaissance dans les esprits ! Comme disait Montaigne : « La plupart des causes de trouble du monde sont grammairiennes. »

Le même contresens a été fait à propos de la conception cartésienne des « animaux-machines ». Descartes n’a jamais dit que l’animal était exempt de sensibilité : il s’est contenté de dire que n’ayant ni langage ni raison, il était simplement et intrinsèquement différent de l’homme. Ce sont seulement ses disciples qui ont refusé à l’animal la sensibilité, tel Malebranche qui battait sa chienne sous prétexte qu’elle ne sentait rien. Le maître était bien plus subtil que cela.

Jusqu’à preuve du contraire, un animal peut s’acheter, mais pas un être humain. Or on voit aujourd’hui fleurir beaucoup de livres dont parfois le titre est totalement démagogique : je pense à L’animal est une personne, de Franz-Olivier Giesbert (Fayard, 2014). Dédié à « nos sœurs et frères les bêtes », il participe certes d’un esprit franciscain, et a raison bien sûr de vouloir améliorer la condition des animaux. Mais enfin, invoquer à leur propos la notion de « personne » me semble ici totalement exagéré. Il suffit de condamner la maltraitance dont ils peuvent être victimes, et qui est déjà punie dans notre droit.

 

Animal--illustration-.jpg 

 

Animal--illustration-2-.jpg

 

 


 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

   

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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 00:01

ª(Chroniques de Golias Hebdo)

Punition

Notre actuelle ministre de l’écologie s’est à plusieurs reprises déclarée contre l’« écologie punitive ». Sa position me semble bien naïve. On vient d’en voir la conséquence lorsqu’elle a renoncé à l’écotaxe, pourtant prévue de longue date, par peur d’une manifestation des chauffeurs-routiers, qui menaçaient de bloquer les routes – ce qui d’ailleurs constitue un délit, car cela fait obstacle à la liberté de circuler.

Un gouvernement ne gouverne plus, lorsqu’il retire des mesures du fait de la pression de tel ou tel lobby. Gouverner, selon le mot de Pierre Mendès France, « c’est choisir ». Que préfère-t-on alors, ou l’intérêt général, la diminution de la pollution, où chacun a tout à gagner, ou bien au contraire tel ou tel intérêt catégoriel ? En outre, le retrait de l’écotaxe va peser sur le budget de l’État, puisque les sociétés qui ont installé les portiques destinés à la percevoir devront être remboursées. Beaucoup d’emplois aussi seront sacrifiés.

Mais notre ministre irréfléchie n’a pas pensé si loin. Pour compenser sa dérobade, elle n’a ensuite trouvé rien de mieux que de demander aux sociétés d’autoroutes de faire un effort en permettant aux usagers de rouler gratuitement le dimanche : cela revenait évidemment à augmenter cette pollution même contre laquelle on est censé lutter.

Il est très naïf d’exclure la « punition », quand elle est justifiée, dans l’appréciation des comportements humains. Cela relève de cet angélisme dont j’ai parlé dans le n°111 de Golias Hebdo. Je sais bien qu’un livre célèbre de Jean-Marie Guyau, paru en 1885, portait comme titre : Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction. Je ne suis pas sûr qu’une telle morale puisse être possible. Car que vaudrait un interdit sans punition en cas de sa transgression ? Cela ne ferait qu’attester une déplorable faiblesse. Les Latins ont tout dit là-dessus : « Si tu veux la paix, prépare la guerre. » Ou bien, comme dit le proverbe chez nous : « Parle doucement, mais avec un gros bâton. » Il en est de l’écologie comme de toutes choses : sous peine d’une totale inefficacité, elle ne peut s’empêcher d’être « punitive » !

 

Punition--illustration.jpg

 

 


 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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