4 juillet 2015
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On accueille très favorablement, en général, la dernière encyclique du pape François consacrée à la nécessaire préservation de la planète. Qui ne serait d’accord avec ses analyses ? Le pape retrouve l’intention d’un François d’Assise, partisan d’une vie pauvre, dans la ligne de l’Évangile. Il est certain que le passage sur les lys des champs et les oiseaux du ciel (Matthieu 6/25-32) prône une dépossession et un lâcher-prise, qui rencontrent les préoccupations actuelles de l’écologie, dans son appel à une décroissance, pour ne pas dégrader la biosphère.
Je ferai cependant quelques remarques. D’abord le passage précité est en contradiction flagrante avec l’injonction que l’on trouve au début de la Genèse, selon laquelle il faut « soumettre la terre » (1/28). C’est la preuve que cette même Bible où s’abreuvent les chrétiens peut autoriser les attitudes les plus contraires.
Ensuite l’Église a bien canonisé le petit pauvre d’Assise, mais a longtemps accompagné le choix occidental pour le capitalisme, celui du père même de François qui était marchand de drap. En sorte qu’on a pu voir cette canonisation comme un désamorçage du message. Comme il y a des promotions-canapé, il y a des promotions-placard, et on a bien souvent appliqué le principe : Promoveatur ut amoveatur (Qu’il soit promu pourvu qu’on s’en débarrasse !). Ou encore le mot de Caracalla consentant à l’apothéose de son frère Geta, qu’il avait pourtant poignardé de sa main : Sit divus dum non sit vivus (Qu’on le divinise pourvu qu’il ne soit plus vivant !).
Cependant, pour réhabiliter le franciscanisme, on dira que mieux vaut tard que jamais. Reste alors une objection essentielle à la position papale. La planète ayant des ressources limitées, comme l’ont bien vu autrefois Malthus et il y a peu René Dumont, une régulation des naissances est nécessaire. Que dit le pape relativement à cela ? Les questions de la contraception, et aussi de l’avortement, restent pendantes. Tant que l’Église, fidèle là encore au « Croissez et multipliez » du passage précité de la Genèse, ne se prononcera pas sur les questions démographiques, sa contribution à l’écologie ne sera pas complète.
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Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
24 juin 2015
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Elle n’est pas la vertu première de nos hommes politiques. Je pense à la récente escapade à Berlin de notre Premier ministre, qui a utilisé avec ses enfants un avion servant aux déplacements officiels, voyage payé par conséquent sur deniers publics, pour assister à un match de football. Pour excuser cette faute, on a d’abord eu recours à un pathétique commentaire du Président de la Fédération européenne, qui a prétendu que le Premier ministre devait le rencontrer à cette occasion : on a voulu transformer un voyage d’agrément en voyage officiel. Mais ensuite, comme manifestement demeurait l’idée d’une faute, notre Premier ministre s’est publiquement excusé, offrant même de rembourser le coût du voyage de ses enfants. Il a dû penser aux déclarations de repentance que font souvent les présidents des États-Unis d’Amérique, pensant s’attirer ainsi le pardon des citoyens. Un adage dit bien que faute avouée est à moitié pardonnée.
Or le problème n’est pas dans la vertu absolutoire de l’excuse, mais dans la possibilité du fait lui-même. Comment un homme politique peut-il avoir l’idée même de puiser sur le budget de l’État, à la sauvegarde duquel il devrait veiller, pour satisfaire une envie personnelle ? Nous sommes bien loin ici du Général de Gaulle, qui à l’Élysée payait ses notes d’électricité avec ses propres deniers. La République devient ainsi, selon le mot de Montesquieu dans De l’esprit des lois, une « dépouille » dont on profite sans scrupule, une fois oubliées « vertu » et moralité civique.
Grande est la tentation aujourd’hui pour les hommes politiques, non plus de servir l’État, mais de s’en servir et de se servir. Ils se sont professionnalisés, et leur carrière dure toute une vie. Pour eux on ne parle plus d’ailleurs d’« indemnités », mais de « rémunération ». Et qu’on ne me dise pas que l’exemple du Falcon ministériel est petit. Symboliquement il est très grand. « Les nations meurent, a dit Giraudoux, d’imperceptibles impolitesses. » Car une fois en si bon chemin, où s’arrêtera-t-on ? Voyez Le Lion et le Rat, de La Fontaine : « Une maille rompue emporta tout l’ouvrage. » C’est dans les détails qu’on voit l’essentiel : en eux, dit-on, se loge le Diable.
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Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

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Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
15 juin 2015
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J’ai vu l’excellent film de Stéphane Brizé, La Loi du marché, qui a été présenté en sélection officielle pour la compétition du dernier Festival de Cannes. On y voit un licencié « pour raison économique », obligé pour survivre de prendre un emploi de surveillant dans un supermarché, donc d’espionner les clients dont certains lui ressemblent par une identique pauvreté, qui les contraint parfois à voler dans les rayons. Il est donc transformé en ennemi de personnes de sa propre classe sociale. Tout cela jusqu’à un ultime sursaut de dignité : dans la dernière séquence du film il refuse enfin ce travail alimentaire et déshonorant.
Le système économique ici dénoncé, celui du capitalisme sauvage et sans lois, est prodigieux de perversité, en ce qu’il oppose entre eux les exclus du travail. Ils sont pris dans une lutte pour la survie, qui les fait se battre contre ceux-là mêmes qui sont réduits au même état qu’eux. J’ai pensé aussi à Rosetta, ce film des frères Dardenne sorti en 1999, et qui a remporté la Palme d’or la même année à Cannes. L’héroïne, pour survivre, dénonce pour malversation un collègue de travail qui pourtant lui manifeste beaucoup de bienveillance : simplement elle veut prendre sa place. Sa rédemption n’est esquissée qu’à l’extrême fin du film, où le dernier plan la montre, pour la première fois, le visage en larmes face à cet « ange » qu’elle a dénoncé et remplacé. Peut-être, pleurant, sera-t-elle spirituellement sauvée...
En tout cas, l’obscénité du système économique dominant réside dans la totale déshumanisation des dominés, qui au lieu de le contester par réflexion froide s’entredéchirent par instinct de survie pour avoir simplement du travail. Ils pourraient méditer en la transposant, et tous les citoyens avec eux, l’essentielle phrase désaliénante de Jésus : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. » (Marc 2/27) Remplacez la « Loi du sabbat » par toutes les autres « Lois » factices qui sont supposées peser sur nous, et spécialement par la « Loi du marché » : « L’économie a été faite pour l’homme, et non l’homme pour l’économie ». Quand le comprendra-t-on ?
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Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

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