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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 01:01

Elle peut se penser bien sûr dans le cadre religieux traditionnel. Mais j’aimerais qu’on l’envisage désormais en-dehors de ce cadre même. J’ai trouvé un écho à ce que je pense depuis longtemps sur cette question dans une  interview du philosophe Abdennour Bidar, Comment sortir de la religion (Le Monde des Religions.fr, 13 août 2015).

 

La religion traditionnelle est partout basée sur l’idée d’une puissance transcendante, antérieure et extérieure à l’homme, qui lui inspire à la fois crainte d’en être puni, et espoir d’en être récompensé. Mais aujourd’hui, selon Bidar, l’homme n’a plus à craindre cet état de dénuement, parce qu’il a son destin entre ses mains : de créature, il devient créateur. J’ai pensé en le lisant au mot de Michelet : « L’homme est son propre Prométhée ».

 

Cependant cette critique radicale de la religion ne vise que celle qui relie l’homme à l’instance extérieure punissante ou rémunératrice, avec laquelle il a passé contrat ou alliance. C’est la religion-lien, si l’on fait venir le latin religio de religare, relier. Or, comme je l’ai souvent signalé, par exemple dans ma Source intérieure (3e éd. Golias 2015), une autre étymologie est possible pour religio, que le grand Cicéron lui-même rattachait à relegere, accueillir respectueusement, et aussi relire. Alors s’éclaire la nouvelle voie, proprement spirituelle dans un sens nouveau : l’intériorisation du divin, qui devient métaphore du désir le plus profond de l’homme.

 

Se banalisera-t-il dans l'unidimensionnalité, ira-t-il à vau-l’eau au gré de ses pulsions éparpillantes, acheteuses par exemple dans notre société de consommation, ou bien cherchera-t-il une façon de vivre qui lui donne solidité et unité ? Reconnaîtra-t-il que la structure du désir est un désir de structure ? À cela pourra lui servir la relecture attentive de certains textes religieux traditionnels (mais pas de tous) : certaines paraboles évangéliques, par exemple.

 

Là est l’enjeu majeur : si l’on s’engage, comme y invite Bidar et comme je le crois nécessaire depuis longtemps, sur la voie d’une spiritualité athée ou laïque, l’homme doit s’y explorer lui-même et voir où est son essence propre. À lui de sauver le divin, trouvé au fond de lui-même.

 

 

***

 

Nota 1 : Pour avoir d'autres développements sur l'unidimensionnalité, on peut aussi cliquer sur les liens suivants, menant à 6 émissions de radio de 50' chacune : 1, 2, 3, 4, 5, 6.

 

***

 

Nota 2 : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

 

Petite philosophie de l'actualité, format Internet

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Nota 1 : Pour avoir des développements sur l'unidimensionnalité, on peut aussi cliquer sur les liens suivants : 1, 2, 3, 4, 5, 6 (émissions de radio).
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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 01:01

J’ai lu sur le site internet Christnews, qui cite Wikileaks comme source, qu’un archiviste du Vatican aurait affirmé : « Dieu n’existe pas, même le Pape n’y croit pas. » Il existerait des documents transmis exclusivement de Pape en Pape depuis le milieu du 12ème siècle. Publiés partiellement via des photos prises depuis un téléphone, ils témoigneraient d’un doute manifeste dans la foi. Néanmoins, ils indiqueraient l’importance pour la curie de garder une unité et un pouvoir afin de servir le monde de manière positive.

 

Je ne sais si ce site est bien fiable. Néanmoins, ce qu’il dit ne m’étonne pas du tout. Que des pasteurs ne croient pas pour eux-mêmes à ce qu’ils enseignent à leur troupeau est tout à fait possible. Souvenons-nous de ce que dit le Grand Inquisiteur dans Les Frères Karamazov de Dostoïevski : les grands dignitaires de l’Église peuvent bien être athées en leur for intérieur, mais l’essentiel est qu’ils délivrent leurs ouailles, par l’autorité du magistère, du doute auquel pourrait les mener leur liberté de penser. C’est pour cela d’ailleurs que Jésus revenu sur terre devrait être à nouveau mis à mort, car il a arraché les hommes à une soumission heureuse, pour les éveiller à l’angoisse de la liberté personnelle. Dostoïevski prend bien soin de noter, par la bouche d’Aliocha, que c’est l’Église romaine qui est ici en question.

 

Psychologiquement, cette position s’explique. Combien de fois donne-t-on à l’entourage ce que l’on n’a pas soi-même, paix, bonheur, équilibre par exemple ! Les soignants peuvent bien nous le dire. Pourquoi en serait-il autrement s’agissant des guides religieux ? Les doutes doivent se taire devant les nécessités de la pastorale. Le but l’emporte sur les états d’âme personnels.

 

Mais cette duplicité parfois nécessaire peut devenir cynisme. Je pense à la parole attribuée au pape Léon X, à l’adresse du cardinal Bembo, rapportée dans le Traité des trois imposteurs (§ xv) : « Combien cette fable au sujet du Christ nous a été profitable, voilà qui est assez connu depuis toujours – Quantum nobis nostrisque ea de Christo fabula profuerit, satis est omnibus saeculis notum. » Quand elle sert l’intérêt personnel, la duplicité ne s’excuse pas.

 

***

 

Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

 

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 01:01

Elle caractérise semble-t-il le catholicisme, comme l’indique, dans un article du 2 juillet 2015, le site Internet de Témoignage chrétien (« Il y a une souplesse typiquement catholique »). Tandis que le protestantisme ne transige pas avec les principes, le catholicisme admettrait en tout domaine des accommodements. Les questions évoquées dans l’article sont très diverses : homosexualité, avortement, etc. Mais toutes montrent la différence qu’il y a entre les injonctions romaines, intransigeantes, et les comportements locaux, beaucoup plus laxistes.

 

Comme toujours, cette question est très complexe. Le protestantisme a pour lui la pureté des principes. On sait que c’est contre la simonie de l’Église romaine, le trafic des Indulgences, que Luther s’est dressé en son temps. Il voulait une cohérence totale entre le discours et la pratique. Cette position critique et réprobatrice est nécessaire, sans doute, pour prévenir les abus inhérents au fonctionnement de toute Institution.

 

Cependant la pureté protestante a son revers : cet idéal de transparence totale peut mener à une sorte de totalitarisme du groupe, broyant l’individu. Ne pas mettre des rideaux aux fenêtres de sa maison, pour montrer que l’on n’a rien à cacher, est dangereux, à la fois au propre et au figuré. Car qu’en est-il de l’intimité, si l’on vit toujours sous le regard des autres ? On risque d’en être paralysé, coupable potentiel. Le catholicisme est peut-être plus prudent, quand il admet le droit à une certaine obscurité ou opacité. La nature humaine est ainsi faite, qu’on répugne à s’exposer tout nu au regard de tous.

 

Le grand mérite du protestantisme a été de revenir aux textes de base, débarrassés des commentaires du magistère. Mais vouloir revenir à la Seule Ecriture, sans l'écran de la Tradition, c'est oublier que l'Ecriture elle-même, telle qu'elle nous est parvenue, est le résultat d'une Tradition. C’est bien un fait en tout cas que les protestants, en général, lisent beaucoup plus que les catholiques. Mais ces derniers s’abritent derrière ce que disent leurs bergers, et se contentent très souvent des actions concrètes, caritatives...

 

Faut-il trancher ? Je songe à la querelle des jansénistes et des jésuites, mise en scène dans les Provinciales de Pascal. Que choisir, entre la pureté morale revendiquée des premiers et les accommodements pratiques des seconds, bel exemple de souplesse ?

Souplesse

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Nota : Un recueil de toutes les chroniques précédentes, que j'ai données à Golias Hebdo de fin décembre 2008 à début mars 2014, est disponible en version enrichie, avec regroupement thématique des notions, et assorti de nombreux liens internes et externes facilitant son exploitation, sous forme de livre électronique multimédia :

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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