Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 02:01

Toute vraie culture n'est qu'intérieure.

Jean Guéhenno / Ce que je crois

Envie d'améliorer votre culture générale ? Voici le livre que je lui ai consacré (cliquez sur l'image pour en savoir plus, par exemple pour feuilleter le début du livre et voir sa table des matières) :

 

Cliquez sur l'image
Partager cet article
Repost0
5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 02:01

 

La loi d’attraction-répulsion

 

... On pourrait même dire que dans les rencontres plus on va vers l’autre en lui demandant quelque chose, plus on risque d’en être repoussé. On n’aime pas en général celui qui mendie, on préfère un visage gai et heureux à un visage suppliant et maussade. Le visage d’autrui est comme un miroir : si l’on veut qu’il nous sourie, il faut lui sourire. Si on l’implore dans la tristesse, il ne nous sourira pas. Il y a là comme une loi d’attraction-répulsion, très généralement constatable.

 

Elle est très souvent visible dans l’amour, au moins celui de type passionnel : lorsque l’un s’élan­ce vers l’autre dans une intention de demande, ce dernier se replie et regarde ailleurs. Une femme, disait Musset, est comme notre ombre : plus on la poursuit, plus elle nous fuit. Et inversement, plus on la fuit, plus elle nous suit. Cette « chaîne » est celle d’Andromaque de Racine : Oreste aime Hermione qui ne l’aime pas, Hermione aime Pyrrhus qui ne l’aime pas, Pyrrhus aime Andromaque qui ne l’aime pas, qui aime Hector qui est mort... Pour les trois premiers personnages, c’est bien une chaîne de solitude et de mendicité. Ainsi chacun suit qui le fuit, et fuit qui le suit. Et peut-être ne pas aimer est-il le meilleur moyen d’être aimé... Voyez ici la pièce-monologue de Jean Cocteau Le Bel indifférent.

 

Si donc je dis : « J’aime et je suis aimé », on pensera peut-être que je suis très heureux, et on m’enviera. Mais qui dit qu’il s’agit de la même personne ?

 

En tout cas, si un vrai partage entre les êtres se fait, ce sera sans demande préalable, et sur un total respect de ce qu’est l’autre. Donc de sa propre solitude, de sa capacité à être lui aussi autarcique. Et si l’autre prend cette distance et ce désir d’autarcie pour de l’indifférence, c’est qu’il n’a pas encore acquis une maturité suffisante. Il projette sur son partenaire un désir d’être protégé qu’il n’a pas, et peut-être par là veut-il secrètement avoir prise sur lui, par cette protection précisément qu’il prétend lui offrir : Je vais me l’attacher par ma présence constante à ses côtés, et il m’en sera reconnaissant. – Rien de bon ne peut sortir de ces secrètes manipulations.

 

En général, quand on projette ainsi sur l’autre des attentes en réalité égocentrées, on ne le traite pas comme une fin, mais comme un moyen. On sait qu’un principe majeur de la morale, selon Kant, est de traiter autrui toujours comme une fin, jamais comme un moyen. Si je cherche dans un être « l’âme-sœur » parce que je ne sais pas être seul et me suffisant à moi-même, je le réifie et l’instrumen­talise, et tant vaut-il alors pour moi un animal de compagnie. « L’âme-sœur » finit au poisson rouge. Comme pour certaines femmes le Prince charmant des rêves finit dans un Monsieur Bricolage...

 

La plupart des gens vivent pour eux-mêmes et par les autres, alors qu’il faudrait vivre par soi-même et pour les autres. Je veux dire en étant d’abord réuni à soi-même, à son être profond, en solitude et autarcie, pour ensuite s’ouvrir vers les autres et s’y intéresser. Ne peut rien en effet pour le bonheur d’autrui celui qui vit lui-même d’aumônes...

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp.56-58). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

 

Partager cet article
Repost0
26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 02:01

 

Pourquoi ne se suffit-on pas à soi-même ?

 

Pourquoi ne se suffit-on pas à soi-même ? Bien sûr, il y a en nous ce « terrible désir d’établir un contact » dont parlait Katherine Mansfield. Mais si on y réfléchit il est très égocentré. On cherche bien souvent dans les autres une béquille pour continuer à marcher dans le chemin de la vie, une prothèse qui protège. De quoi ? De l’incapacité à se faire face à soi-même, en solitude. « Tout le malheur de l’homme, disait Pascal, est qu’il ne sait pas demeurer en repos dans une chambre. »

 

Alors il se sépare de lui-même, il s’en détourne ou « divertit ». C’est le sens propre de ce « divertissement » dont a parlé le même Pascal. Voyez les petites annonces des Rencontres dans les journaux : « N’en pouvant plus de solitude, cherche l’âme-sœur, etc. » Mais cela fait des mendiants d’affection, des « clodos du cœur », et je doute que la rencontre puisse aboutir à un vrai partage avec l’autre.

 

Pourquoi ? Parce que l’autre dans ce cas est instrumentalisé. Il n’est pas considéré pour lui-même, avec ses propres goûts et aspirations, mais comme un pansement ou un remède destiné à calmer l’angoisse d’un être désemparé. Je sais bien que l’Ecclésiaste par exemple condamne la solitude, quand il dit : « Malheur à l’homme seul ! » (Vae soli !). Mais c’est pour des raisons bien triviales, même si elles parlent encore immédiatement à ceux qui ne creusent pas la question : si l’un tombe, lit-on dans ce livre, il aura le secours de l’autre pour se relever. Si l’on couche tout seul, on a froid ; tandis que si on est deux, on se tient chaud, etc. Mais qui se contenterait d’être seulement pour l’autre un bâton, ou un édredon, une bouillotte ? – Tout cela a bien sûr sa part de vérité, mais reste assez banal et sommaire.

 

Toute rencontre qui a pour base une demande, et non pas une volonté de don, est viciée au départ. Souvenons-nous de l’apologue de Schopenhauer sur les porcs-épics : séparés ils ont froid. Mais s’ils se rejoignent pour se réchauffer, ils se piquent et se blessent. Donc à nouveau ils se séparent, et puis ils se rejoignent, etc. C’est sans fin, et c’est le sort de bien des êtres humains, et le destin de beaucoup de couples. L’« être-sans » cherche l’« être-avec », et l’« être-avec », l’« être-sans ». « Ni avec toi, ni sans toi », entend-on dans le film de Truffaut La Femme d’à côté. Version iconoclaste du « ni vous sans moi, ni moi sans vous » du Lai du chèvrefeuille de Marie de France. En termes savants, on appelle cela une aporétique de l’intersubjectivité. La vérité est qu’il n’y a pas d’harmonie préétablie entre les êtres, et que l’union des vies, la symbiose est très difficile à réaliser...

 

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 55-56). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages