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22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 02:01

 

Où se trouve la vraie valeur d'un homme ?

 

Finalement, il y a trois façons de considérer la personnalité d’un homme : ce qu’il est, ce qu’il a, et ce qu’il représente. Ce qu’il a d’ailleurs contribue, aux yeux de beaucoup, à ce qu’il représente. Combien croient que leurs possessions matérielles concourent à les valoriser aux yeux des autres ! Leur être se réduit à leur avoir, qui s’imaginent-ils (par projection) crée leur image : belle maison, belle voiture, belle femme... Ce jeu de frime et de look est très répandu, il sous-tend toute la publicité, et la majeure partie de l’économie capitaliste repose là-dessus. Un objet n’est plus acheté seulement pour son usage, mais aussi et parfois essentiellement pour sa valeur de représentation.

 

La consommation d’aujourd’hui est aux antipodes de la sagesse. Comme le serpent qui se mord la queue (ouroboros), elle ne fait d’ailleurs que se consommer elle-même, se nourrir de ses propres signes. Par là elle est une activité totalement idéaliste et abstraite, comme l’a montré Baudrillard dans Le Système des objets, lorsqu’il parle de « Consommation de la consommation ». On ne consomme pas des choses, mais des images, des logos, des marques, etc., et le système qui les produit. Et cela s’intègre jusque dans l’âme des enfants : c’est à qui aura la meilleure marque de vêtement, de chaussures, le dernier gadget à la mode, etc. On veut être dans le vent, comme l’est la feuille morte...

 

Il n’y a rien de substantiel derrière tout cela. Ce n’est pas parce qu’on portera des vêtements non conformistes (jeans déchirés, etc.) qu’on est un rebelle non conformiste. C’est là au contraire le pire des conformismes, le pire asservissement au regard des autres.

 

C’est pourquoi on ferait bien, me semble-t-il, de revenir à l’école au port de la blouse, ou à défaut (si la blouse d’autrefois n’avait pour justification que de protéger des taches d’encre), à celui de l’uniforme, comme cela se pratique dans certains pays. Son avantage est de créer un certain anonymat de son porteur et d’égaliser les conditions sociales – donc d’éviter l’asservissement au regard d’autrui.

 

Face à l’attitude générale, à la fois risible et obscène, de soumission aux valeurs de représentation, il faudrait ne valoriser dans un être que ce qu’il est. Cela se voit dans ce qu’il fait, et dans ce qu’il veut. Dis-moi ce que tu désires, je te dirai qui tu es. L’être peut alors, tous masques écartés, se voir, se jauger et se juger lui-même. Il y faut du courage, tandis que les valeurs d’avoir et de représentation, très souvent liées et qui l’éloignent de lui-même, sont plus faciles à choisir et à incarner. On préfère vivre sous le regard des autres, plutôt que sous son propre regard. Là pourtant serait la sagesse, loin d’un monde si factice, et sans doute enfin le vrai honneur de l’homme.

 

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 52-53). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 02:01

 

Que penser de l'honneur ?

 

... En vérité, l’honneur ne tient pas à ce qu’on nous fait, mais à ce qu’on fait soi-même. Si on me marche sur les pieds, si on me regarde mal, ou si l’on me soufflette, à l’évidence la faute en incombe à celui qui commet ces incivilités, et non pas à moi-même, qui n’y suis pour rien. Je ne suis « déshonoré » en aucune façon. La sagesse est de le nier. « Frappe, mais écoute ! », dit un jour Socrate à quelqu’un qui venait de le molester. Il ne se pensait déshonoré en aucune façon. La responsabilité du dommage revient seulement à celui qui s’emporte et s’aveugle.  « Vous commandez à tout ici, hors à vous-même », dit justement Figaro au comte Almaviva chez Beaumarchais. – En revanche je serai honorable moi-même si je fais quelque chose d’honorable.

 

Une femme victime d’un viol n’est pas déshonorée, c’est son agresseur qui l’est par ce qu’il fait. Elle est victime d’un crime, tout simplement. Mais l’aveuglement social est tel qu’on stigmatise la victime elle-même. Quelle fut la longueur de la jupe, etc. ? Et cette idéologie perverse peut être tellement intégrée dans l’âme de celle-ci, qu’elle peut hésiter même à aller porter plainte au bureau de police. Et pourtant cette souillure est celle du criminel, non pas la sienne. Cette idéologie est aussi souvent intériorisée et trouvée naturelle par les mères elles-mêmes dans l’éducation qu’elles transmettent à leurs filles.

 

L’honneur féminin a été inventé par les hommes, qui considéraient la femme comme un territoire propre, une possession à laquelle nul autre ne pouvait toucher, et qui voyaient cette atteinte comme une tache en réalité faite à eux-mêmes, à leur propre réputation : rendu ridicule et montré du doigt est celui dont la femme n’aura pas été à lui seul. Je pense à une phrase comme celle qu’on lit dans Pagnol : « L’honneur c’est comme les allumettes, ça ne sert qu’une fois ». Elle ne peut être que mise dans la bouche d’un mâle conformiste, qui vit sous le regard des autres. Mais ils sont en très grand nombre ...

 

 

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Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 46-47). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 02:01

 

Pourquoi vivre sous le regard des autres ?

 

Pourquoi vivre sous le regard des autres ? Ou plutôt, devons-nous y attacher de l’impor­tance ?

 

Sûrement parce que nous n’avons pas assez confiance en nous-mêmes, et que nous cherchons, quémandons, mendions souvent l’acquiescement d’au­trui, qui pensons-nous nous donnera caution de ce que nous sommes, de ce que nous faisons, et nous permettra de nous accepter. On ne vit qu’avec l’approbation de ce regard, et à l’inverse s’il nous est hostile, ou si nous le supposons tel (toujours par projection !), on se sent écrasé. Un mauvais regard d’autrui nous rejette au néant.

 

L’éducation y a sa part. Combien de fois voyons-nous telle mère corriger son enfant, ou simplement le menacer de correction, avec cette expression : « devant tout le monde » ! Elle lui représente, pour réprouver sa conduite, ce qu’en penseraient les autres, et elle le menace éventuellement de cette arme imparable : le ridicule ! Il n’est pas étonnant que l’enfant ensuite intègre ces avertissements, et ait peur, avant de faire quoi que ce soit, « de ce qu’en penseront les autres »... Comme tout adulte est le fils de l’enfant qu’il a été, cette survalorisation du regard d’autrui peut le suivre toute la vie.

 

Mais les plus attentifs à ce regard sont bien les adolescents. On les dit libres, spontanément épanouis, non conformistes. En réalité c’est tout le contraire. Rien de plus conformiste en général qu’un adolescent. Le mal-être qu’il ressent, il veut, peut-être inconsciemment, l’oublier en faisant corps avec les autres, et ce comportement grégaire l’amène à chercher pour tout ce qu’il dit et fait la validation des autres membres du groupe. Là le regard des autres est tout-puissant, il juge toutes les conduites. Je fais exception bien sûr de certains solitaires et introvertis, qui ne se reconnaîtront pas dans cette description. Mais sans doute l’exception confirme-t-elle la règle.

 

D’où l’importance accordée par beaucoup d’ado­lescents au « respect » qu’on leur doit. « Il m’a mal regardé », « il m’a manqué de respect », sont des antiennes dans beaucoup de groupes dont ils font partie. Je suis aussi frappé de l’expression par laquelle ils définissent maintenant une situation pour eux dévalorisante : « La honte ! » Comment mieux dire que c’est bien le regard du groupe qui constitue le Tribunal suprême ? ...

 

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Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 41-42). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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