Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 22:03

¨(Extraits de mes ouvrages) 

Voici un extrait de ma Source intérieure, qui bouscule sans doute quelques idées reçues :

 


Le début de la Genèse, que l’on consi­dère ordinairement comme totalement positif, par l’émergence progressive qu’on y voit d’un chaos à l’ordre, comporte, si on sait bien le lire, des traces de catastrophe. Dieu crée la lumière, la décrète bonne, et s’achève le Jour un, ou le jour de l’Unité (1/5). Le nombre est cardinal, absolu, dans le texte hébreu (yom erad) : la Septante a hèmera mia, la Vulgate, dies unus. S’il s’était agi de « premier jour », on aurait eu hèmera prôtè, ou dies primus. Ce moment-là est magique, car rien n’est encore extérieurement divisé, la sépa­ra­tion inaugurale lumière/ténèbres n’est qu’in­té­­rieure : cette lumière initiale, en latin lux, est une disposition secrète à comprendre, si­tuée au plus intime de soi (le soleil que voient les yeux, source de la lumière naturelle, en latin lumen, n’est créé que bien après : 1/16). Ce moment-là a le prestige de tous les Débuts. Puis le « second » jour, et là l’ordinal est bien employé, est créé le ciel-plafond, mais alors Dieu, dans le texte initial hébreu, ne s’autofélicite pas : il ne dit pas que l’œuvre est bonne. Il ne reprend son autofélicitation qu’au troisième jour. Il faut bien lire le texte, encore qu’il soit très rare qu’il soit correctement traduit.

Tout se passe comme si l’on avait secrètement senti qu’il est dommage que l’Unité initiale ait été rompue. Quand quelque chose a commencé, la promesse du début est détruite. Il y a un principe fatal, une malédiction, dans tout déroulement, dans tout accomplissement, et on peut menacer quelqu’un de l’achèvement de ses meilleurs souhaits. – Changeons donc nos cartes de vœux : « Je vous souhaite de ne pas obtenir cette année tout ce que vous désirez… » Pourquoi ne pas essayer ? Nous verrions bien…

J’ai dit qu’il fallait toujours scruter le Langage. Par exemple « achever » signifie « parfaire » et aussi « tuer ». Et que dit-on quand on dit de quelqu’un qu’il est « fini » ? Le poète pressent cela, dont le « blasphème » n’est peut-être qu’une lecture plus fine du texte, ou de certaines de ses pistes :

 

Si profond fut votre malaise     
Que votre souffle sur la glaise  
Fut un soupir de désespoir…

(Valéry, « Ébauche d'un serpent », dans Charmes)

 

Manichéisme, gnose, catharisme… Une hérésie en grec signifie tout simplement un choix : hairesis. Un dogme donc n’est qu’une hé­résie qui a réussi, et ce qu’on entend par hérésie, au sens péjoratif, est à l’inverse un choix qui n’a pas été choisi. « Vae victis ! », Malheur aux vaincus ! dit alors le Dogme aux hérésies, ses sœurs d’hier…

On a donc choisi ici chez nous l’idée d’un développement positif, et sûrement d’un point de vue social c’était nécessaire, pour encourager les gens à agir, à créer. Une version moderne même de cette position pourrait être ce qu’on appelle aujourd’hui la théologie du Process. Mais l’idée de la Source intérieure, l’aspiration non pas à un état nouveau à atteindre dans le futur, mais à une complétude ou à une perfection initiale à rétablir dès maintenant, reste tout de même dans les âmes, comme objet de fascination. (pp.115-116 – Chapitre 9 : « Les deux mondes »)


 

 → Voir aussi : Création, Théologie buissonnière : Création, Création (version radio), Une voix nommée Jésus : La création comme catastrophe, 1 et 2,  ainsi que mon texte : La Gnose (paragraphe : « Traces gnostiques dans l'Ancien Testament »).

 

 

Partager cet article
Repost0
9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 14:40

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici en PDF une recension de ma Théologie buissonnière en deux volumes, parue dans le mensuel des protestants libéraux français et suisses Évangile et Liberté du mois de novembre 2010 :

 

Cliquer sur :

 

  Théologie buissonnière – Une recension

 

 

Partager cet article
Repost0
28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 21:46

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici un extrait de l'article Silence, du tome 2 de ma Théologie buissonnière. Il permet d'éclairer aussi ma vidéo La part de l'ange, puisque j'y commente l'expression connue : Un ange passe. Voir aussi l'émission de radio : Ange.

 


On peut juger de la profondeur d’un homme par la qualité de son silence et sa lenteur à en venir aux mots, et au contraire de sa superficialité par son agitation et son bavardage. Voyez comment les paysans, ces remarquables taiseux, jugent et jaugent un homme qu’ils voient pour la première fois : ils l’observent d’abord, et voient s’il sait se taire, et ne s’étourdit pas en étourdissant les autres par sa volubilité.

 

Il y a une magie du silence, qu’on trouve dans l’expression : « Un ange passe ». Voyez la chanson récente d’Adamo, La part de l’ange. Il s’agit de nier le refroidissement et l’entropie ordinaires de la vie, ou comme diraient les gnostiques, la rouille du temps, qui oxyde tout : Pour retrouver la part de l'ange / Qui s'est perdue au long des jours. – Cette part est celle du silence.

 

Le silence nous met à l’écoute de l’essentiel, qui ne peut être distingué, discriminé par les mots qu’avec violence, donc avec risque d’être détruit. Il s’oppose à la « parlerie » ordinaire, qui masque l’inauthenticité de nos vies, et la réalité de notre dégradation, de cette chute ontologique dont parle Heidegger dans L’Être et le Temps. Exactement comme notre désir d’entasser chez nous les objets matériels pour nous dispenser de méditer sur l’essentiel. Ou comme cette horror vacui (horreur du vide) qui caractérise la majorité de notre art occidental, et qui s’oppose au dépouillement et au laconisme de l’art zen par exemple. Comparez un bouquet de Breughel, par exemple, et n’importe quelle composition de l’ikebana (art du bouquet japonais). Là le vide triomphe du plein, et l’air, l’énergie, le souffle, qu’on l’appelle ruah, pneuma ou khi, peuvent mieux circuler : ce qui étoffe, étouffe. Aussi, quand on fait du feu, il ne faut pas entasser les bûches, mais laisser des interstices entre elles, pour que l’air puisse affluer et alimenter la flamme. Parfaite image de ce qui doit être, en écriture, le style : savoir suggérer seulement, donc faire au silence sa part.

 

Les Quakers prient ou méditent dans le silence. De même au Japon la cérémonie traditionnelle du thé est silencieuse : seul s’entend le bruit de la bouilloire, et on sait même à quel point précis de son chant le thé peut être apprêté. Les bruits les plus infimes, quand on y prête attention, peuvent avoir une énorme densité. Voyez le film Le grand silence, de Philip Gröning (2006), tourné à la grande Chartreuse, au pied des Alpes : film sans aucune parole et sans aucune explication, où, pendant presque trois heures, seules se voient des images et seuls s’entendent des sons. Film admirable, qui nous donne de Dieu la meilleure idée qui soit : non un vent violent, non un tremblement de terre, non un grand feu, mais seulement « un murmure doux et léger » (1 Rois 19/11-13).

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages