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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 23:03

¨(Extraits de mes ouvrages)

Ci-après, un extrait de mon ouvrage Laquelle est la vraie ? :

 

À deux visages

 

LELV02-copie.jpg

 

 → Voir aussi le poème de Baudelaire qui a inspiré ce livreCouverture de Laquelle est la vraie

 

 

 

 

 

→ Ce texte fait constamment référence à tout ce que je développe par ailleurs dans mon Cours de stylistique en 99 leçons :

Cours de stylistique, avec liens - couverture - sans adress


 

 

 

 

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 23:02

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici un extrait de mon ouvrage La Source intérieure, qui montre la fausseté de cette traduction dans le Notre Père, et en dégage les enjeux :

 


... Il faudrait donc problématiser cette Espérance même, dont le christianisme a fait une vertu cardinale ou théologale. Il ne s’agit bien sûr que d’un certain christianisme, dont l’origine est sans doute à trouver dans l’attente messianique d’un salut futur, familière à l’âme juive, et pas du tout de celui de la gnose, qui s’installe définitivement dans le présent.

Et à cet égard on pourrait aussi parler ici de la bien bizarre traduction française de la formule du « Notre Père » : « Sur la terre comme au ciel ». Cette formulation en effet, valorisant dans l’ordre de ses mots le ciel par rapport à la terre, fait de la terre une propédeutique simplement ou une antichambre au ciel. Mais elle est tout à fait opposée au  texte initial, qui porte : « comme au ciel, ainsi sur la terre » (gr. hôs en ouranô kai epi gês, lat. sicut in caelo et in terra). L’espagnol, l’italien gardent cet ordre (como en el cielo así también en la tierra / come in cielo e cosi in terra). Et l’anglais aussi : as in heaven, so on earth. Autrement dit, le ciel initialement est antérieur, non postérieur ; en quelque sorte il nous précède, il existe comme réalité originelle, et il doit en quelque sorte descendre sur la terre, la vie dès ici-bas doit être céleste. Mais chez nous on a compris, à tort, comme Bossuet en son commentaire du Notre Père : « Que ce qui se commence ici (sur la terre), s’achève là (dans le ciel) ! » Non seulement le Royaume n’est plus intérieur, mais il est différé. C’est une récompense qui plus tard seulement nous sera octroyée, plus ou moins gratuitement. Alors il ne s’agit plus de faire descendre le ciel en nous, mais selon la formule connue de le « gagner » (pour après notre mort).

La TOB d’ailleurs a aperçu le problème, puisqu’elle propose comme traduction pour le passage susdit : « Fais se réaliser ta volonté sur la terre à l’image du ciel », ce qui correspond assez à ce que je viens de dire, du ciel qui doit descendre sur la terre, du ciel conçu non pas comme destination et récompense une fois la vie terrestre achevée, mais comme référence ou modèle archétypal de la vie terrestre elle-même, ou de la terre qui doit dès maintenant être ou se faire céleste. Mais gageons que cette traduction novatrice ne sera pas reçue de la plupart de nos croyants, qui par routine répèteront le « sur la terre comme au ciel » traditionnel.

Comme disait autrefois chez les catholiques le cantique adressé à la Vierge Marie : « Au ciel, au ciel, au ciel, j’irai la voir un jour… » Comme beaucoup, j’ai été élevé in hymnis et canticis, dans les hymnes et les cantiques : ce chant a bercé mon enfance, et c’est encore avec beaucoup d’émotion que je m’en souviens. Mais aujourd’hui j’ai réfléchi, j’ai vu le contenu de la chanson, les paroles derrière l’air, et je suis d’accord par exemple avec la belle formule de Louis Evely, que je viens de lire dans le n° 160 d’Évangile et Liberté, page 2 :

 

« Le ciel n’est pas un lieu mais un état. Passer de ce monde au ciel, ce n’est pas se déplacer, c’est se convertir. »

 

Différer en effet pour plus tard la réalisation de l’essentiel, c’est faire bon marché de tous les échecs, les gommer en les euphémisant. En est responsable, non certes le christianisme en général, mais un certain christianisme, le sacrificiel, c’est-à-dire celui de la récompense différée. La vie alors, on fait une croix dessus.  Et naturellement ensuite, on en voit de toutes les douleurs…

 

© La Source intérieure, éd. Golias, 2008, chapitre 4 : « L'oubli de la Source et le décentrement », pp. 47-49


  Couverture de La Source intérieure

 

  On peut voir une interview à propos de cet ouvrage

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 18:17

¨(Extraits de mes ouvrages) 

Un de mes lecteurs dans un de ses commentaires sur un autre article me demande d'écrire un billet sur l'acédie, cette tristesse repérée et répertoriée depuis longtemps dans la vie monastique. Or il se trouve que j'en ai parlé dans plusieurs de mes livres. Voici un extrait par exemple de ma Source intérieure : 

 


 

... Mais l’Oubli ne doit pas être la solution pour l’homme statue. Certes il est un cimetière : les gens sont pleins de cimetières irremplaçables. Mais il doit le voir clairement, ne pas se duper soi-même, oscillant perpétuellement entre rêveries et désir de dormir-mourir, et continuant tout de même de demeurer « hypocrite » (en grec, acteur de théâtre), de jouer sa partie dans la vie sociale, qui n’est plus pour lui, au stade où il en est arrivé, que jeu de masques, gigantesque mensonge.

On nous dit toujours qu’il faut dans la vie « devenir quelqu’un » : mais qui ? De tel ou tel, qu’il est « arrivé » : mais dans quel état ? Questions impertinentes, mais très pertinentes : seuls les enfants savent les poser.

Jung l’a bien montré : l’ombre pour chacun s’opacifie à mesure et à proportion que l’on choisit, que l’on refoule. Si l’homme se statufie derrière le masque social (la persona), il est fatal qu’il devienne, un jour ou l’autre, la proie pour l’ombre. On compense un certain temps, ou même on surcompense. Mais après, on décompense : on chute, non pas peut-être effectivement dans son escalier, mais du haut de toute sa personnalité. On fait ce qu’en termes médicaux on appelle une dépression nerveuse.

C’est le « démon qui ravage à midi » des Psaumes (91/6), la dépression de la mi-vie, quand la persona s’est constituée, et quand l’ombre n’est pas encore affrontée. Tous les photographes par exemple vous le diront : dans la lumière zénithale, frontale, de midi, tous les plans sont écrasés, rien n’a de relief, rien n’est intéressant, aucune perspective n’accroche le regard. Tel est l’accablement causé en nos vies par le « démon de midi » (cette expression n’a rien à voir avec le sens petit-bourgeois qu’on lui donne d’habitude). Dégoût de soi, dégoût de la vie (taedium sui, taedium vitae) guettent un jour bien des « battants », au faîte même de leur réussite. Aussi bien, avant de médicaliser la dépression, il faut d’abord la connaître : relire les Psaumes est plus utile que se jeter sur le dernier antidépresseur à la mode. La dépression se pense, plus qu’elle ne se panse.

La crise de la mi-vie est notre jugement. C’est le sens du mot grec krisis, qui a donné notre mot « crise », utilisé dans le N.T. pour dire le jugement. Ce jugement aboutit à l’effondrement de la persona. Il est le sujet de bien des œuvres artistiques et littéraires, de bien des récits et romans : entre autres La Chute de Camus. De films et de chansons aussi : voyez pour le premier cas En cas de malheur d’Autant-Lara (1958), et pour le second Monsieur William, de Léo Ferré (1949). C’est par exemple le sujet majeur de tous les romans de Simenon : derrière les oripeaux sociaux, soudain, à un moment crucial, décisif ou critique, apparaît l’homme nu. Le jugement ici est le regard que nous portons sur nous-même, lorsque nous voyons lucidement à quel point nous en sommes venus, dans la trajectoire de tout notre destin. Le bilan n’est guère réjouissant : on y voit en pleine lumière que toute vie  se passe entre ce qu’on a rêvé et que l’on n’a pas, et ce qu’on a et qu’on n’a pas rêvé.

S’installe alors un état de stagnation appelé d’abord par les théologiens, puis par les psychologues acédie (indifférence, désintérêt), dont nous délivrera non la rumination passive de ce qui pourrait être, mais la méditation active, l’accueil disponible, de la Parole :

 

Ps 119/28 Mon âme pleure de chagrin (Septante : akèdias) : Relève-moi selon ta parole !

 

Je choisis exprès la traduction littérale, « selon ta parole », que je préfère à celle qu’on voit souvent, « selon ta promesse ». Cette dernière traduction a l’inconvénient de se situer non pas dans la perspective de la religion accueil, qui nous fait réfléchir et nous autonomise, mais dans celle de la religion contrat ou de la religion lien, qui nous laisse assujettis.

En chinois, le même idéogramme signifie à la fois danger (qui nous guette), et occasion (à saisir). Écouter une parole, ou la Parole, peut nous aider à triompher du jugement (de la crise), et à reprendre vie, à nous redresser (résurrection) ou à nous réveiller (ressuscitation) dans l’éternité retrouvée du commencement...

 

(La Source intérieure, chapitre 10, « La Source et l'Origine », pp.133-136)

  


 

Ce chapitre 10 tout entier, le dernier de mon livre, développe longuement la genèse et la survenue de cette crise, et les remèdes à y apporter, les moyens d'en sortir. Je vous y renvoie.

 

Couverture de La Source intérieure

 

 

On peut voir une interview que j'ai donnée à Golias sur ce livre en cliquant : ici.

 


→ Nota : J'ai traité aussi de l'acédie dans deux chapitres du tome 1 de ma Théologie buissonnière : « Miracle / Signe », et « Jugement ».

 

Couverture-de-Theologie-buissonniere--tome-1.jpg

 

 

 

 

 

 

  Couverture de Théologie buissonnière, tome 2

 

 

 

 

 

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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