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29 octobre 2021 5 29 /10 /octobre /2021 01:01

C’

est le lot, me semble-t-il, de beaucoup de nos contemporains, qu’on voudrait pourtant voir grandir un peu.

 

Ainsi, tout récemment, un joueur de poker, qui se définit lui-même comme accro à cette activité, a attaqué en justice notre gouvernement, en lui demandant un dédommagement de 100.000 euros, au motif qu’on ne lui a pas interdit l’accès aux salles et aux sites en ligne où se pratique ce jeu.

 

Il y a là bien sûr un signe de ce que j’ai appelé la judiciarisation de notre société. N’importe qui peut se plaindre maintenant de n’importe quelle situation où il s’estime lésé.

 

Cet état de choses nous vient évidemment des États-Unis d’Amérique, paradis des avocats et procéduriers en tout genre, où un simple regard porté par un passant sur une femme peut le faire accuser par elle de harcèlement sexuel ! Rasons donc les murs, et baissons les yeux… [v. Harcèlement : lien]

 

Mais dans le cas présent on se plaint au fond de n’avoir pas été traité comme un enfant à qui devait être notifiée une interdiction. On pourra alors attaquer l’État pour avoir été rendu malade par l’abus du tabac, de l’alcool, etc. – au mépris des avertissements qui déjà figurent sur les produits, et qui souvent d’ailleurs sont passablement superfétatoires, tout le monde étant, depuis belle lurette, au courant des risques pris si l’on en consomme.

 

Dernièrement, j’ai acheté un pare-soleil pour couvrir la vitre avant de ma voiture, et sur la notice d’installation j’ai lu l’instruction suivante : « Il faut enlever le pare-soleil avant de conduire ! » Au cas où on ne le ferait pas et attaquerait le fabriquant pour l’accident qui en serait survenu...

 

On pourra aussi porter plainte pour s’être laissé excessivement endetter, au point qu’il a fallu mettre récemment dans les contrats une clause qui me semble pourtant proche du truisme : « Un crédit vous engage et doit être remboursé ! » Qu’on ait cru bon de souligner pareille évidence en dit long sur l’état d’apathie et d’inconscience de certains esprits !

 

J’entends bien qu’il s’agit, dans une procédure comme celle qu’a intentée notre joueur de poker, de se procurer le plus d’argent possible. Mais enfin, ce qui est préoccupant, c’est la vision de l’homme qui y est impliquée : celle d’un être mou et influençable, incapable de juger par lui-même de ce qui est bon pour lui, c’est-à-dire définitivement immature et faible, modelé par le déterminisme des circonstances. D’où sa propension constante à se poser en victime de ce qui lui arrive, et jamais en adulte responsable. Cette vision maintient l’homme dans une éternelle enfance, et fait bon marché de ce qui me semble essentiel en lui, et constitutif de son humanité même : sa liberté.

 

22 décembre 2011

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait du livre suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD) :

 

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 01:01

> Cet article de 2013 est encore actuel, certains ayant fait ou voulant faire la même demande après les scandales sexuels qui ont affecté l'église catholique.

 

 

C

omprenons par ce mot, attesté dans Le Robert, non qu’on veuille changer son nom de baptême, mais qu’on demande qu’il ne soit plus fait mention de son baptême dans les registres de l’Église.

 

C’est ce qu’un requérant a demandé au diocèse de Coutances dans la Manche. Il a obtenu en 2001 que soit inscrite dans le registre la mention : « A renié son baptême ». Mais depuis 2009 il demande de ne plus y apparaître du tout.

 

Le tribunal a donc demandé au diocèse le 30 octobre 2011 d’effacer toute mention de ce baptême, avec le motif suivant : « L’existence de ce baptême sur un registre accessible à des personnes tierces à l’individu concerné constitue en soi une divulgation de ce fait, qui porte par conséquent atteinte à la vie privée. »

 

Mais le diocèse refuse d’effectuer cette suppression, et vient de faire appel (source : AFP, 28/05/2013).

 

Cette réaction de l’Église ne me surprend pas. En effet le baptême est un sacrement indélébile, et en supprimer définitivement la mention reviendrait pour elle à admettre l’apostasie.

 

Mais aussi, cette position ne peut se réclamer de l’Évangile. On lit en effet en Marc 16/16 : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » Autrement dit, le baptême doit suivre la croyance qui est plus importante que lui, et simplement la signifie, la manifeste. Tout seul, le baptême n’assure pas le salut. Et si la croyance vient à disparaître, ce qui est évidemment le cas pour notre demandeur, le baptême n’a plus de raison d’être. Pour qu’il soit délivré, il faut qu’il y ait une volonté expresse de l’impétrant.

 

C’est pourquoi certaines confessions chrétiennes refusent le baptême des enfants (pédobaptisme), car les enfants ne sont pas capables d’exprimer leur foi : infans en latin signifie littéralement « qui ne parle pas ». D’autres prônent le « rebaptisage » à l’âge adulte (anabaptisme). Ces positions, qui soulignent bien l’importance capitale de la croyance ou de la foi dans l’admi­nistration du baptême, sont plus évangéliques que celle de l’Église officielle.

 

La vérité est que pour elle le baptême est un sacrement pouvant opérer comme un processus magique, en lui-même efficace ou performatif, indépendamment des intentions de celui qui le reçoit. Depuis l’invention augustinienne du péché originel, qui n’a rien d’évangélique, il est nécessaire de l’administrer à quiconque naît, pour le laver de cette tache.

 

Mais derrière ces belles considérations, la raison est moins noble : le baptême dépend du bon vouloir de celui qui l’administre, qui peut s’il le veut le refuser. Tous les chantages ici sont possibles. Comme en bien des domaines, le motif secret de la chose est la sauvegarde d’un pouvoir.

 

[v. Évangélisation]

 

13 juin 2013

 

 

> Cet article est tiré du tome 1 de mes Chroniques religieuses :

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21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 01:01

U

n ancien adjoint au maire de Villefranche-sur-Saône, qui a été également secrétaire d’État au Tourisme sous Valéry Giscard d’Estaing, vient de déposer devant le Conseil constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité concernant la loi punissant le harcèlement sexuel. Les Sages vont devoir se prononcer sur la conformité de cette loi avec la Constitution. Le motif invoqué par le requérant est que la notion de harcèlement sexuel est extrêmement floue.

 

J’ai toujours pensé de cette façon. Ce « harcèlement » est défini par le Code pénal, à l’article 222-333, dans une loi votée il y a vingt ans, de la façon suivante : « le fait de harceler autrui dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle ». À l’évidence, ce texte est un pur truisme. Définir le « harcèlement » comme « le fait de harceler » est tourner en rond. Et pareillement définir « harcèlement sexuel » comme « harceler dans un but sexuel » est une simple tautologie.

 

Au mieux, ce texte n’a aucune précision : à le lire simplement, le citoyen n’est pas en mesure de savoir ce qu’il peut ou ne peut pas faire pour ne pas tomber sous le coup de la loi. Or cette connaissance est pourtant un des fondements de la Constitution.

 

Deux dangers symétriques et inverses guettent un texte aussi flou. Celui de la minoration des fautes, et celui de leur majoration.

 

En effet, la notion de harcèlement sexuel risque d’être choisie par les juges pour déqualifier des crimes en réalité bien plus graves, comme l’attouchement, l’agres­sion et le viol. Les féministes d’ailleurs veulent elles aussi qu’on précise davantage ce qu’on entend par ce mot de « harcèlement ». Mais en a-t-on vraiment besoin, quand les crimes sexuels sont déjà punis ?

 

À l’inverse, on peut faire entrer dans la catégorie de harcèlement sexuel des comportements tout à fait anodins, comme le fait de regarder quelqu’un de façon un peu appuyée : dévisager n’est quand même pas tout le temps envisager ! Ce peut même être au contraire dans certains cas un silencieux hommage rendu à la beauté, qui immobilise et sidère souvent, et bien des femmes seraient heureuses, il me semble, d’être ainsi « harcelées ». Quel regret peuvent-elles éprouver quand elles ne le sont plus !

 

Ne succombons pas aux mœurs états-uniennes, où l’on est obligé de baisser les yeux et de raser les murs quand on croise une femme. Où on ne prend pas avec elle un ascenseur. Où on ne parle pas avec elle dans une pièce sans que la porte soit ouverte. Et aussi où on ne peut caresser la tête d’un enfant dans un jardin public de peur de passer pour un pédophile...

 

En vérité, on devrait y regarder à deux fois avant de multiplier les lois : c’est bien assez parfois d’ap­pli­quer celles qui existent déjà.

 

[v. Excès]

26 avril 2012

 

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait du livre suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD) :

 

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17,00Livre papier
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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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