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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 02:01

Voici un article me concernant, paru le dimanche 26 janvier 2020 dans le journal Le Midi Libre. Le texte est sous la photo. Vous pouvez l'agrandir soit en cliquant dessus, soit en augmentant le facteur de zoom de votre navigateur.

Article du "Midi Libre" (26/01/2020)
Article du "Midi Libre" (26/01/2020)

Pour voir cet article sur le site du Midi Libre, cliquer : ici.

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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 02:01

 

Genèse de l'Autorité

 

... Dans la vie sociale ordinaire, beaucoup de nos peurs viennent des projections. C’est le cas par exemple lorsque nous investissons un être d’un pouvoir ou d’une autorité que désormais il va exercer sur nous, en bénéficiant de notre respect. Si l’on étudiait en général la généalogie de l’Autorité, on verrait bien qu’elle prend sa source dans notre propre soumission craintive, et que cette dernière se justifie par la présomption qu’elle fait chez l’autre d’une supériorité ou d’une compétence quelconque. Ces dernières sont simplement supposées et projetées, elles ne sont pas forcément réelles.

 

Comment se comporter sagement face à ce phénomène ? D’abord il faut bien l’analyser. Par exem­ple, on voit que ce sont les signes seuls de l’Autorité qui suffisent à la faire respecter. L’uniforme du gendarme, la robe du juge, la blouse blanche du médecin inspirent comme on dit le respect, et imposent l’obéissance. Ainsi le décorum qui entoure le président de la République (les appariteurs, la garde nationale, etc.) nous le fait respecter. Mais ce décorum vient-il à disparaître, comme dans le cas du président Deschanel, victime du syndrome d’Elpénor (ivresse du sommeil) et tombé nuitamment en pyjama du train présidentiel en 1920, que toute l’aura du personnage peut elle aussi disparaître...

 

On a prouvé que n’importe quel individu peut se comporter en bourreau, en ne faisant qu’obéir à de tels signes : il suffit qu’il soit environné par un théâtre particulier auquel il fait crédit, en l’espèce le décorum médical, pour qu’il se sente exonéré de sa propre responsabilité et fasse taire la voix intérieure de sa conscience. Voyez les expériences de Stanley Milgram, consignées dans son livre Soumission à l’Autorité. Henri Verneuil s’en est inspiré pour une séquence de son film I comme Icare.

 

Peut-on exciper de ce fait une irresponsabilité personnelle, en invoquant ce qu’on appelle parfois une obéissance passive ? Par exemple Eichmann s’est défendu d’avoir participé à l’extermination des juifs en disant qu’il ne faisait qu’obéir à des ordres venus de ses supérieurs. Sans doute était-il sincère et leur conférait-il une sorte d’aura bien particulière justifiant sa soumission. C’était un petit fonctionnaire zélé, un exécutant consciencieux, incapable de réflexion froide sur ce qu’il faisait, comme Hannah Arendt l’a souligné en analysant son procès dans son livre Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal. C’est sur le vide de la pensée, a-t-elle dit, que s’inscrit le mal. Elle s’est attiré les foudres des membres de la communauté juive pour avoir voulu comprendre comment fonctionnait celui qu’ils considéraient comme un monstre inhumain. Mais c’est à elle que je donne raison, car comprendre n’est pas excuser, montrer la banalité du mal n’est pas le banaliser, et on ne peut pas parler dans le cas d’Eichmann de projections permettant une absolution...

 

Des tyrans, La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire, a bien dit : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » Cela peut être pris littéralement même, car il peut y avoir une instrumentalisation concrète des projections, une mise en scène pour les favoriser. Ainsi la petite taille de l’observateur, ou sa position dans l’espace, induit respect à la fois et appréhension dans son esprit. L’Autre est vu de bas en haut, ou comme on dit en photographie en contreplongée. Le regard alors est admiratif, ou hyperbolique : magnifiant.

 

Pensez à l’estrade du juge au tribunal, ou du professeur dans sa classe, par exemple. Si les élèves prenaient l’habitude de monter sur les tables, je veux dire non pas spontanément comme il se voit parfois aujourd’hui dans certains collèges difficiles, mais si vraiment on le leur demandait pour leur ouvrir l’esprit, comme dans le film Le Cercle des poètes disparus, ils seraient habitués à la vision contraire rapetissante, en plongée, et donc au perspectivisme des visions...

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 20-22). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 02:01

 

Peut-on se fier aux proverbes pour atteindre la sagesse?

 

... En recherche de sagesse, pouvons-nous ou devons-nous avoir recours aux proverbes ? La solution serait simple, si à chaque occasion de notre vie il nous suffisait d’en rechercher un qui nous éclaire sur ce que nous devons faire. On aurait là des règles de vie, faciles à mettre en œuvre, et bien rassurantes. Il suffirait d’ouvrir un dictionnaire ad hoc, un trésor d’adages, pour avoir des solutions clés en main dans les difficultés que nous rencontrons. Bibliomancie salvatrice...

 

Malheureusement ce n’est pas le cas. Tout simplement parce que les proverbes se contredisent entre eux, et donc qu’aucun salut ne peut pour nous en advenir. Il n’est aucune de leurs propositions qui ne soit réversible.

 

Voyez : On n’est jamais si bien servi que par soi-même – mais : Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. Tel père, tel fils – mais : À père avare fils prodigue. La fortune vient en dormant – mais : L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Tout vient à point à qui sait attendre – mais : Il faut battre le fer tant qu’il est chaud, etc.

 

Et en élargissant aux citations littéraires passées en proverbes : Un seul être vous manque et tout est dépeuplé (Lamartine, L’Isolement) ; mais : Un seul être vous manque, et tout est repeuplé... (Giraudoux, La Guerre de Troie n’aura pas lieu).

 

Dans leur ouvrage À la manière de..., Paul Reboux et Charles Muller se sont amusés à inverser des maximes de La Rochefoucauld. Eh bien, le sens obtenu est aussi intéressant que celui offert par la maxime originale. Quelle sagesse définitive trouvera-t-on alors dans l’œuvre de ce fameux moraliste ?

 

Il faudrait s’amuser, non seulement à chercher des proverbes contradictoires, mais à renverser les proverbes eux-mêmes, et le renversement donnerait parfois des aperçus plus subtils, par rapport à l’opinion courante, sur le cœur humain.

 

Ainsi : Les absents ont toujours tort – mais : Les absents ont toujours raison. Loin des yeux, loin du cœur – mais : Loin des yeux, près du cœur. Mieux vaut tard que jamais – mais : Mieux vaut jamais que tard. Il ne faut pas se fier au premier mouvement – mais : Il faut toujours se fier au premier mouvement. Méfiance est mère de sûreté – mais : Confiance est mère de sûreté. L’espoir fait vivre – mais : L’espoir empêche de vivre. L’appétit vient en mangeant – mais : L’appétit vient en ne mangeant pas. On ne peut pas être et avoir été – mais : On peut être pour avoir été. Toute médaille a son revers – mais : Tout revers a sa médaille. L’espoir fait vivre – mais : L’espoir empêche de vivre, etc.

 

On peut aussi inverser par un ajout malicieux : L’argent ne fait pas le bonheur – mais : L’argent ne fait pas le bonheur de ceux qui n’en ont pas. On peut aussi renverser des expressions devenues des maximes, ou jouer avec : Je pense, donc je suis – mais : Je pense, donc je ne suis pas – ou bien : Tantôt je pense, tantôt je suis – ou bien : Je ne suis pas ce que je pense, etc.

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp.11-13). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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