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28 novembre 2019 4 28 /11 /novembre /2019 13:14
En complément à mon article sur la censure demandée par certains du film de Polanski J'accuse (lien), je reproduis le texte d'un article que j'ai publié dans Golias Hebdo en date du 7 novembre 2013, et qui est repris dans le tome 3 de mes recueils d'articles Des mots pour le dire. On y verra un autre exemple de ce retour de l'Ordre Moral, la moraline de Nietzsche, auquel nous assistons aujourd'hui.
 
Contre une proposition de loi qui prévoit, pour éradiquer la prostitution, de pénaliser le client, un manifeste des « 343 salauds » vient de paraître. Il s’inspire évidemment du « Manifeste des 343 salopes », signé en 1971 par des femmes ayant avorté, alors que l’IVG était encore passible de poursuites (Source : A.F.P., 30/10/2013).
 

J’admire l’assurance des promoteurs de cette loi, qui ne se sont pas rendu compte de l’extrême complexité de la question. D’abord il eût fallu bien distinguer les prostituées contraintes, et pour cela pourchasser impitoyablement les réseaux qui les exploitent, des prostituées volontaires. Il est évident que dans ce dernier cas la loi est un obstacle à leur liberté. En outre, comment repérer qu’un couple appréhendé a des relations tarifées ? Il pourra toujours le nier, et comment prouvera-t-on le contraire ? Aucun client n’aura la bêtise de payer la relation au moyen d’un chèque ou d’une carte de crédit !

 

Se pose ici le même problème que celui de l’incrimination pour « devoir conjugal » non accompli [voir t. 2 : Obligation]. Pourquoi la justice, en-dehors évidemment des cas de violence hautement punissables, devrait-elle toujours se mêler de la vie privée ? Le même problème d’immixtion s’était posé déjà à propos d’un projet de loi voulant interdire de donner une fessée aux enfants [voir t. 1 : Angélisme].

 

Bien sûr, on va produire des arguments moraux : il est déshonorant de vendre son corps. Mais l’est-il plus que de vendre son temps, sa substance, physique ou intellectuelle, dans un travail salarié que l’on subit, et dont on ne tire aucune gratification pour son âme ? Où est la supériorité de ce dernier cas, par rapport à celui de rapports sexuels contractuels entre deux adultes consentants ?

 

De ce point de vue, on peut comprendre qu’une prostituée puisse venger, en faisant ce choix, toutes ses sœurs miséreuses et exploitées, qui n’ont pu comme elle « sortir du ruisseau » : voyez là-dessus Nana, de Zola.

 

Et aussi, que penser de certaines femmes dites honnêtes ? Pensons d’abord à ce que dit La Rochefoucauld : « Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier. » Aussi pensons à ce qui se passe dans certains mariages : les vraies prostituées, dit Brel dans L’Air de la Bêtise, sont celles qui se font payer pas avant mais après. Et enfin, que savons-nous des destins, pour ainsi juger les prostituées ? Telle ou telle eût pu être notre mère, comme dit Brassens dans sa Complainte des filles de joie

 

Toute initiative pour protéger les prostituées, leur condition matérielle et sanitaire par exemple, est évidemment bienvenue. Mais la judiciarisation systématique des conduites à laquelle on assiste aujourd’hui pèche son systématisme, son traitement simpliste de questions autrement plus compliquées. [Voir aussi : Prostitution (suite)]

 

 


 

 

 
Prostitution--illustration.jpg
 

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 02:01
Lames

Sous la lumière du couchant la mer déploie ses lames semées d’étoiles. Les yeux s’abusent-ils à y voir des bijoux ? Mais l’illusion est vérité, et l’apparence indélébile présence.

 

 

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D'autres photos accompagnées de poèmes figurent dans mes derniers livres Éternels instants (Tomes I et II). Ce sont des petits livres d'art, imprimés sur papier photo brillant 200 gr. On peut les offrir en cadeau, ou s'en faire cadeau à soi-même. Vous pouvez en feuilleter le début et les commander sur le site de l'éditeur, ou bien en librairie ou sur les sites de vente en ligne (ISBN : 9782322133673 et 9782322171361)Merci de cliquer sur les images ci-dessous :

 

 

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 02:01

On vient d’en avoir un nouvel exemple, avec la demande de déprogrammation du dernier film de Roman Polanski J’accuse, consacré à l’affaire Dreyfus. Elle a été formulée par diverses organisations féministes, en particulier dans le département de la Seine Saint-Denis, au motif que le réalisateur a déjà derrière lui, outre-Atlantique, un lourd palmarès d’ennuis judiciaires liés à une sexualité débridée.

 

Je trouve cette demande à la fois infondée et dangereuse. Infondée, car elle méconnaît la différence énorme qu’il y a entre l’homme et le créateur. Proust par exemple, dans son Contre Sainte-Beuve, a montré qu’il s’agit de deux êtres tout à fait différents. Le moi de l’artiste n’est pas le petit moi de l’être ordinaire, relevant de ce que Malraux appelait le « misérable petit tas de secrets ». Comme professeur, j’ai constamment mis en garde mes étudiants contre la méthode biographique, issue de Lanson, pratiquée par exemple par le Manuel de Lagarde et Michard. Verlaine implore-t-il le pardon de sa femme dans Sagesse ? Nos deux compères nous avertissent qu’il « semble un peu oublier la gravité de ses torts » ! Mais cela n’a rien à voir avec les si beaux vers intemporels de ce recueil ! Pareillement que nous sert de savoir que Rousseau, auteur d’un très important livre sur l’éducation, ait abandonné ses propres enfants ? Ou que Voltaire l’humaniste ait eu des intérêts financiers dans la traite négrière ? En vérité, seule l’œuvre compte et son retentissement pour le lecteur. Les pamphlets antijuifs de Céline n’enlèvent rien aux cris désespérés du Voyage au bout de la nuit. – J’en parle ici d’autant plus librement que je viens de voir le film de Polanski, et que je l’ai trouvé tout à fait académique et illustratif, œuvre seulement d’un bon artisan et non pas d’un vrai artiste.

 

Ensuite cette demande de censure est dangereuse, car elle ignore évidemment toute présomption d’innocence, et se substitue directement à l’autorité judiciaire. Outre qu’elle porte atteinte à la liberté d’expression, elle soumet tout à un ordre moral totalitaire, qui est en train de nous submerger. Cette manie de tout juger selon une morale bien-pensante, éternelle donneuse de leçons et adepte d'une forme de terrorisme intellectuel, Nietzsche l’appelait la moraline. Méfions-nous donc, pour reprendre l’expression de Bernanos, de la Grande Peur des bien-pensants !

 

D.R.

 

 

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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