Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 01:01

À propos des affaires de pédophilie qui affectent actuellement l’Église catholique, je viens d’entendre au journal de 19 heures de France Inter, ce 15 avril 2010, que le pape vient d’appeler les fidèles à « faire pénitence » ! J’ai évidemment aussitôt été choqué par cette formule qui unit dans une même entité les victimes et leurs bourreaux.

 

L’abusé n’a pas à s’accuser lui-même en faveur de son violeur, c’est confondre totalement les rôles et les situations. Sauf à penser qu’il y a là une utilisation perverse de la catastrophique version que Joseph de Maistre a donnée, au 19e siècle, du principe théologique de la réversibilité : « L’innocent en souffrant ne satisfait pas seulement pour lui, mais pour le coupable, par voie de réversibilité ».

 

Cette idée de la souffrance expiatrice des innocents, qui sert à leurs tortionnaires en les rachetant, outre le dolorisme qu’elle contient et le masochisme à quoi elle aboutit, est pour quiconque réfléchit une monstruosité, car elle procure au coupable une absolution à bien bon compte.

 

Notez cependant que ce principe dérive de la Communion des saints, qui est encore article de foi de notre Credo, dans sa version du Symbole des Apôtres. Elle inverse simplement le schéma : ce ne sont plus les mérites des saints qui se reportent sur le pécheur, mais ce sont les souffrances des victimes dont bénéficient les coupables, par un transfert symétrique.

 

Aussi la formule papale implique que le corps social des fidèles, l’Église en tant qu’assemblée (sens du grec ekklèsia), doit avoir une cohérence telle qu’on n’y doit pas pouvoir distinguer les mérites ou démérites des individus eux-mêmes pris séparément. Cette vision existe dans le judaïsme, où la faute d’un seul membre constitue une tache sur le corps tout entier de la communauté, et la repentance s’y fait toujours sur le mode, non du je, mais du nousDe même, le début de la messe catholique n’in­di­vidualise pas les fautes : « Reconnaissons que nous sommes pécheurs. » Même chose existe dans le christianisme orthodoxe, et se résume par la phrase de Dostoïevski : « Chacun est responsable de tout devant tous », qui est, on le sait, la devise de la Croix Rouge à Genève.

 

Mais de là on peut aller au : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère ! » En plus, si on donne tout au groupe, on conforte l’Institution qui l’incarne, et qu’il ne faut en aucune façon désorganiser, donc affaiblir par une personnalisation ou une individualisation des fautes.

 

Cette dernière, seuls les protestants la défendent, ainsi que notre droit qui a abandonné, avec raison, l’idée de responsabilité collective. Désormais, chacun n’y est comptable « que de sa propre iniquité » (Jérémie 31/30).

 

(22 avril 2010)

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

Partager cet article
Repost0
12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 01:01
26/07/2018, 18 H 33 - Dans mon jardin - Fleurs de gaura

26/07/2018, 18 H 33 - Dans mon jardin - Fleurs de gaura

Traits de lumière

Sur la ténèbre

Bien peu suffisent

Pour un bonheur
Partager cet article
Repost0
10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 01:01

Il y a quelque temps en Allemagne on a proposé aux hommes qui n’étaient pas sûrs s’être les vrais pères de leurs enfants un test de paternité par analyse d’ADN. Ils devaient frotter l’intérieur de leur joue et celui de leurs enfants avec deux coton-tiges différents et envoyer les échantillons dans un labo spécialisé, qui déterminait en quelques secondes, pour 400 euros environ, si les empreintes génétiques se recoupaient ou non.

 

Résultat : les soupçons ont été confirmés dans un cas sur cinq. Cela évidemment a déclenché des crises familiales, rupture, rejet des enfants, etc. Un vrai faux papa a même exigé devant un tribunal le remboursement de dix-huit ans de pension alimentaire !

 

Le Bundestag a envisagé alors d’interdire la réalisation de ces tests sans le consentement explicite de la mère. Dans un pays où de très nombreuses femmes, toujours au foyer, dépendent financièrement du père, véritable ou non, de leurs enfants, l’essentiel était de les protéger d’un futur précaire.

 

Ce m’est ici l’occasion de réfléchir sur ce qu’est la vraie paternité : elle n’est pas biologique, mais fonctionnelle. Le vrai père n’est pas celui qui « donne la vie », mais celui qui adopte l’enfant, qui décide de s’en occuper. C’est ce qu’on voit dans le très profond mythe de la naissance virginale de Jésus, tel que le raconte le début de l’évangile de Matthieu. Le vrai père de Jésus est Joseph, parce qu’il l’a gardé auprès de lui pour l’élever, le faire grandir.

 

Voyez aussi Fanny de Marcel Pagnol. À Marius qui veut récupérer son enfant, César répond qu’il est très facile pour un homme de donner la vie, et même très souvent elle lui est prise, en quelques secondes d’inconscience : « Les chiens aussi donnent la vie… » Le père ici est Panisse, qui a épousé Fanny et reconnu l’enfant qu’elle portait en lui donnant son nom. Comme le dit l’adage juridique : Is pater est quem nuptiae demonstrant – Le père est celui que démontre le mariage. Et quand Marius demande impertinemment si le père est « celui qui donne la vie ou celui qui paie des biberons », César répond très profondément : « Le père, c’est celui qui aime. »

 

Laissons donc la biologie où elle est : elle nous ferait régresser à la barbarie, en passant de l’ordre subtil de la culture à celui, élémentaire, de la nature.

 

(8 avril 2010)

 

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages