D.R. Libérations L es kitesurfers ambitionnent, à force de voler au-dessus de l'eau, de se libérer en quelque sorte de la pesanteur. Comme Icare, ils semblent défier le destin terrestre. Parfoi...
On parle beaucoup de la récente victoire de l’ordinateur développé par Google, AlphaGo, sur le champion du monde sud-coréen du jeu de go. On se demande maintenant jusqu’où ira l’intelligence artificielle, et si elle ne va pas finir par détrôner l’intelligence humaine.
Je ferai remarquer d’abord que ces machines et les programmes qui les animent ont été créés par l’homme, ce qui est déjà une preuve de sa propre intelligence. Ensuite, et plus profondément, il faut dire qu’il y a plusieurs formes d’intelligence. Certes, pour la puissance de calcul et le traitement des données emmagasinées dans une mémoire, aucun cerveau humain ne peut rivaliser avec un ordinateur. Les formidables groupements de données (les Big Data), lui seul peut les traiter correctement, les classer, en tirer des prévisions, etc.
Mais il ne le pourra que selon le protocole qu’on lui aura indiqué. Or celui-ci obéira forcément à une logique rigide basée sur les mathématiques. Leur caractéristique est que chaque mot, même s’il est défini arbitrairement au départ, n’a qu’un seul sens.
Or cela n’a rien à voir avec le langage proprement humain, dont la sémantique est floue et ouverte, polysémique : les mots y changent de sens à chaque instant (sens propre, sens figuré, etc.), leur valeur peut y miroiter à chaque répétition ou occurrence (antanaclase), leur couleur affective aussi suivant le contexte d’énonciation (ironie, antiphrase, etc.), et le sens même peut tenir à leur absence (réticence, litote, etc.) Pour percevoir cela, c’est un autre type d’intelligence qui est sollicité, dont aucun ordinateur, si perfectionné soit-il, n’est capable.
C’est pourquoi, pour un texte complexe, aucun logiciel de comptage lexicométrique ne rendra compte de son sens, pas plus qu’un programme automatisé ne pourra le traduire dans une autre langue, si puissants que soient les algorithmes utilisés.
On a tort, et cela se voit à l’école elle-même, de vouloir unir, sous le même vocable de QI, l’intelligence hypothético-déductive, et l’intelligence verbale et émotionnelle. Or ce sont deux phénomènes bien séparés. Laissons donc à l’ordinateur la première, et gardons précieusement la seconde, dans laquelle nous ne serons jamais détrônés.
Un ancien article paru dans Golias Hebdo (novembre 2019), qui va être encore d'actualité lors de la prochaine campagne électorale états-unienne.
Insulte
C’
est le procédé que pratique quotidiennement l’actuel président des États-Unis à l’égard de ceux et celles qu’il n’aime pas.
Un florilège édifiant vient d’en être dressé par l’AFP, le 11/10/19, qu’on trouve sur Internet, avec le nom des destinataires : « lèche-cul », « raclure », « face de cheval », « Hillary-la-Crapule », « chienne », « foldingue », « ratée pleurnicheuse », « petit QI », « Fils de pute », « truie », etc. À quoi il faut ajouter l’expression d’une vidéo de 2005, exhumée en 2016, où l’homme d’affaires se vantait alors de pouvoir « choper les femmes par la chatte » – ce qui d’ailleurs ne l’a pas empêché ensuite d’être élu.
Ou même a contribué à l’être ! Car plus on vise bas, plus on plaît au peuple, dont on flatte les instincts. Celui-ci n’aime pas un langage châtié. Il préfère entendre, dans la bouche de celui qui se présente à ses suffrages, le langage dont lui-même se sert. C’est ce qu’ont bien compris, de tout temps, tous les démagogues. Le tragique de la démocratie est là : la majorité n’est pas toujours celle qui réfléchit le plus.
Une fois cette voie prise, l’agressivité déborde constamment. L’être s’animalise, comme il se voit par exemple dans Rhinocéros d’Ionesco : face à la foule victime de l’épidémie de « rhinocérite » et qui ne fait que barrir, le héros de la pièce est bien seul à vouloir encore parler un langage humain, c’est-à-dire mesuré et contrôlé par la raison.
Mais Donald Trump n’en a cure. Il aboie plus qu’il ne parle, comme un chien excité dans une meute, avant la curée et l’hallali. Dans sa bouche, chaque coup de langue devient un coup de lance. Et dans beaucoup de cas on ne lui en tient pas rigueur, car d’abord il peut mettre les rieurs de son côté, et ensuite beaucoup préfèrent la boxe à la réflexion.
Cette tendance n’est pas propre aux États-Unis. Combien de talk-shows politiques, chez nous même, n’intéressent les gens que s’ils y voient un pugilat, dont on compte les points ! Il n’est pas étonnant qu’insultes et noms d’oiseaux fusent librement, encouragés par les journalistes, auxquels ainsi le buzz est garanti.
L’insulte est un exemple particulier de cette absence de pensée, par quoi Hannah Arendt définissait le Mal. Mais prenons-y garde. On peut répondre à une insulte par une autre insulte, par pur réflexe. Ainsi on en vient d’abord aux mots, puis aux mains. Et quand on perd la civilité, le résultat peut être la guerre civile.
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Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).