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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 01:01

Le maire de Béziers a décidé de retirer les bancs publics de sa ville parce qu’on « n’a aucune raison de flâner » en cette période de confinement pour enrayer la propagation du coronavirus, a-t-il expliqué à France Bleu Hérault. (Source : francetvinfo, 07/04/2020)

 

L’être sensible en moi a été épouvanté par cette mesure. En effet, quoi de plus symbolique et de meilleure garantie d’humanité qu’un banc public ? Lieu de repos pour le corps et l’esprit, havre de chaleur et de convivialité, c’est lui souvent qui apporte le réconfort aux êtres blessés, qui ouvre un avenir à ceux qui n’y croient plus. Trace capitale de bien des expériences et aventures, que de souvenirs incarne-t-il pour bien des gens ! Pourquoi maintenant le proscrire, le bannir de l’espace urbain ?

 

On nous dit que c’est pour éviter les attroupements statiques. Mais d’abord une vieille personne qui veut prendre l’air et faire quelques pas dans la rue peut encore en avoir besoin pour une halte. Ensuite, qui empêchera ceux qui voudraient faire groupe et discuter ensemble de s’en passer et de s’asseoir par terre ? Et enfin, d’un point de vue général, son bannissement est une vraie catastrophe pour l’imaginaire : quel désert qu’une ville dépouillée de ses bancs ! Le cauchemar d’une dystopie n’est pas loin. Ne méprisons pas cet argument : l’homme est le fils de ses rêves. Il est lui-même fait de l’étoffe dont ils sont faits, ainsi que dit Shakespeare dans La Tempête. Il descend du Songe.

 

Dans un ancien billet de Golias Hebdo (15/01/2015), j’ai relevé la décision prise par la municipalité de Perpignan de supprimer la plupart des bancs publics de la ville, accusés de favoriser les réunions de SDF, et de les remplacer par des bancs à une seule place, plaisamment appelés par les opposants à cette mesure des « sièges pour culs pointus ». Là encore, le choix municipal a été radical. Mais je ne sais si à terme il a été efficace. Le dénuement ne disparaît pas par le seul fait de le cacher. On ne fait pas baisser la fièvre en cassant le thermomètre.

 

La méthode expéditive et brutale du maire de Béziers laisse bien perplexe. Elle manque évidemment d’humanisme, de finesse et de compréhension de notre réalité profonde. Évidemment ce premier magistrat n’est pas poète, et son choix est très prosaïque. Il reste qu’il aurait pu en faire d’autres que celui-là. Sa mesure procède d’un esprit totalitaire, voire sadique, et on ne peut s’empêcher de penser avec beaucoup d’appréhension aux mesures que prendrait le parti auquel il appartient, s’il arrivait au pouvoir.

 

Pour lire un poème inspiré par ce banc, cliquer sur l'image

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 01:01

Le monde n'est que ce que nous en faisons, dans nos rêves et aussi nos cauchemars. C'est ce qu'illustre ce petit film, à partir de quelques plans pris en un seul endroit. Cliquer sur l'image ci-dessous :

 

Rêves (2' 52")

 

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 01:01

Tri

On nous dit qu’on pourra y être contraint pour déterminer ce qu’on devra faire avec les nouveaux malades du coronavirus, si les lits de réanimation ne sont pas en nombre suffisant. Mais sur quel critère le fera-t-on ? Sera-ce l’âge, en estimant le nombre des dernières années qui restent à vivre ? Et où fixera-t-on le curseur ?

 

Or que sait-on de cela ? Si la mort est certaine, l’heure est incertaine (mors certa, hora incerta). Il en est d’elle comme du Jugement, dont on ne connaît ni le jour ni l’heure (Matthieu 25/13). À son propos aussi Sénèque dit fort bien dans une lettre à Lucilius : « Nous ne sommes pas appelés à tour de rôle (non enim citamur ex censu) » (I/12) Il n’y a pas de liste prédéterminée qu’on pourrait consulter pour y apprendre ceux qui doivent mourir. La vie est faite de beaucoup de hasards : modélisation et calcul de type statistique pour se faire une idée de sa longueur ne peuvent jamais en rendre compte.

 

Les plus jeunes peuvent mourir avant les plus vieux, comme La Fontaine le montre dans sa fable Le vieillard et les trois jeunes hommes : les jeunes gens se moquent du vieillard plantant des arbres qu’il ne verra pas lorsqu’ils auront grandi, mais finalement ils meurent avant lui. Si l’on a bien cela présent à l’esprit et par principe, un vieillard a le droit de vivre, à stricte égalité avec un bébé.

 

On dira qu’on a besoin de la force de travail des jeunes pour faire marcher la machine économique. C’est un fait que les vieux ne le peuvent pas, comme tous les retraités. Mais cet argument traite l’être humain, au rebours de ce que dit Kant, toujours comme un moyen, jamais comme une fin. Il est aux antipodes de l’éthique, puisqu’il instrumentalise et aliène l’homme au bénéfice d’une abstraction. En fait il faut mettre ce dernier au centre de l’économie, le voir comme son bénéficiaire, et non le considérer comme un simple instrument pour la faire fonctionner. De même que le sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat (Marc 2/27), l’économie est faite pour l’homme et non pas l’homme pour l’économie.

 

Je sais bien que les arguments moraux susdits risquent de ne peser guère face au pragmatisme et à la gestion soi-disant rationnelle des situations. En tout cas, je n’aimerais pas être à la place de ceux qui peut-être trieront les malades pour choisir ceux qu’on devra soigner et ceux qu’on laissera mourir, ou de ceux à qui on ordonnera de le faire.

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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