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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 02:01

Dans le passage d’une langue à l’autre, elle est d’une extrême importance. Ainsi il m’est venu la curiosité de relire la liturgie de l’Offertoire dans la messe catholique, aussi bien dans le texte latin originel que dans la traduction française que l’on en fait maintenant. Voici une des formules latines : « Hanc ígitur oblatiónem… quaesumus, Dómine, ut placátus accípias… » Et voici la traduction que j’en ai lue : « Cette offrande… nous te supplions donc, Seigneur, de l’accepter avec bienveillance… »

 

Le latiniste en moi a été immédiatement surpris. Manifestement le texte latin supplie Dieu de recevoir l’offrande en étant par elle « apaisé » (placatus). Voyez le mot français implacable, qui provient de ce placare latin, apaiser. Cela n’est pas manifestement cet « accepter avec bienveillance » qu’on nous propose, et qui est un adoucissement, une euphémisation de la formule latine.

 

On voit bien dans quelle intention cette mitigation a été faite. Car si Dieu doit être « apaisé », c’est évidemment qu’il est en colère. Et se profile ici une image assurément peu flatteuse d’un Dieu courroucé, qu’il faudrait apaiser par le sacrifice d’une victime (en latin hostia, d’où notre « hostie »). Ce Dieu colérique, sadique et pervers, figure dans maints textes littéraires de révolte, dont « Le Reniement de saint Pierre » de Baudelaire. Mais aussi dans le cantique Minuit Chrétiens !, où il est dit que le Sauveur est venu sur la terre pour « de son père arrêter le courroux ».

 

Voyez aussi comment on traduit la Première lettre de Jean, où l’on se gargarise ordinairement du fameux « Dieu est amour » (4/8), en oubliant ce qui suit : « Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. » (4/10) Ce « sacrifice de pardon » ne choque pas apparemment. Mais le texte grec parle de « victime expiatoire » ou « propitiatoire » (hilasmos), mots qui évidemment choquent. Et au fond « pardon » ici ne convient pas, car si Dieu a été payé par le sacrifice du Fils, il n’a pas pardonné. Pardonner implique qu’on efface une dette, non qu’on la recouvre. Socin et les sociniens ont bien insisté là-dessus.

 

Quel besoin a-t-on de garder des textes qui renvoient à la plus barbare et archaïque vision de la Divinité ? Le recours au voile langagier ici est menteur. Le voile ment.

 

D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 02:01
La confusion du monde...

La confusion du monde désarçonne. L’esprit et le regard voudraient s’en éloigner en refermant sur elle la grille de la géométrie. Mais vaine est l’entreprise. Confus est le monde, et confus il demeure. Et tel il se reflète dans le miroir que lui tend la raison.

***

 

D'autres photos accompagnées de poèmes figurent dans mes derniers livres Éternels instants (Tomes I, II et III). Ce sont des petits livres d'art de 100 pages chacun, format 12 x 19 cm, imprimés sur papier photo brillant 200 gr. On peut les offrir en cadeau, ou s'en faire cadeau à soi-même. Vous pouvez en feuilleter le début (cliquer ci-dessous sur Lire un extrait), les commander sur le site de l'éditeur (cliquer sur Vers la librairie BoD), ou bien en librairie (diffusion SODIS), ou sur les sites de vente en ligne (ISBN : 9782322133673, 9782322171361, et  9782322193066).

 

Éternels instants 1
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

La photographie est un arrêt du temps. Les poèmes qui accompagnent les photos de ce livre procèdent aussi de l'intention d'arrêter le temps, dont le déroulement n'est pas vu comme un accomplissement, mais comme une dégradation, ainsi que l'ont bien remarqué les gnostiques chrétiens, dont ce livre reprend les intuitions. Chronos dévore implacablement ses enfants, tel l'ogre de Goya dans son tableau "Saturne". Heureusement qu'à de certains moments transperçants l'éternité (...)

Éternels instants 2
Théron, Michel
15,00Livre papier
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La photographie est un arrêt du temps. Les poèmes qui accompagnent les photos de ce livre procèdent aussi de l'intention d'arrêter le temps, dont le déroulement n'est pas vu comme un accomplissement, mais comme une dégradation, ainsi que l'ont bien remarqué les gnostiques chrétiens, dont ce livre reprend les intuitions. Chronos dévore implacablement ses enfants, tel l'ogre de Goya dans son tableau "Saturne". Heureusement qu'à de certains moments transperçants l'éternité (...)

Éternels instants 3
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

La photographie est un arrêt du temps. Les poèmes qui accompagnent les photos de ce livre procèdent aussi de l'intention d'arrêter le temps, dont le déroulement n'est pas vu comme un accomplissement, mais comme une dégradation, ainsi que l'ont bien remarqué les gnostiques chrétiens, dont ce livre reprend les intuitions. Heureusement qu'à de certains moments transperçants l'éternité peut nous visiter, ce qui justifie la remarque de Spinoza : "Nous sentons et (...)

 

 

 

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 02:01

 

Pourquoi vivre sous le regard des autres ?

 

Pourquoi vivre sous le regard des autres ? Ou plutôt, devons-nous y attacher de l’impor­tance ?

 

Sûrement parce que nous n’avons pas assez confiance en nous-mêmes, et que nous cherchons, quémandons, mendions souvent l’acquiescement d’au­trui, qui pensons-nous nous donnera caution de ce que nous sommes, de ce que nous faisons, et nous permettra de nous accepter. On ne vit qu’avec l’approbation de ce regard, et à l’inverse s’il nous est hostile, ou si nous le supposons tel (toujours par projection !), on se sent écrasé. Un mauvais regard d’autrui nous rejette au néant.

 

L’éducation y a sa part. Combien de fois voyons-nous telle mère corriger son enfant, ou simplement le menacer de correction, avec cette expression : « devant tout le monde » ! Elle lui représente, pour réprouver sa conduite, ce qu’en penseraient les autres, et elle le menace éventuellement de cette arme imparable : le ridicule ! Il n’est pas étonnant que l’enfant ensuite intègre ces avertissements, et ait peur, avant de faire quoi que ce soit, « de ce qu’en penseront les autres »... Comme tout adulte est le fils de l’enfant qu’il a été, cette survalorisation du regard d’autrui peut le suivre toute la vie.

 

Mais les plus attentifs à ce regard sont bien les adolescents. On les dit libres, spontanément épanouis, non conformistes. En réalité c’est tout le contraire. Rien de plus conformiste en général qu’un adolescent. Le mal-être qu’il ressent, il veut, peut-être inconsciemment, l’oublier en faisant corps avec les autres, et ce comportement grégaire l’amène à chercher pour tout ce qu’il dit et fait la validation des autres membres du groupe. Là le regard des autres est tout-puissant, il juge toutes les conduites. Je fais exception bien sûr de certains solitaires et introvertis, qui ne se reconnaîtront pas dans cette description. Mais sans doute l’exception confirme-t-elle la règle.

 

D’où l’importance accordée par beaucoup d’ado­lescents au « respect » qu’on leur doit. « Il m’a mal regardé », « il m’a manqué de respect », sont des antiennes dans beaucoup de groupes dont ils font partie. Je suis aussi frappé de l’expression par laquelle ils définissent maintenant une situation pour eux dévalorisante : « La honte ! » Comment mieux dire que c’est bien le regard du groupe qui constitue le Tribunal suprême ? ...

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 41-42). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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