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31 janvier 2020 5 31 /01 /janvier /2020 02:01

 

Amour-passion et amour-action

 

... Voyez ensuite comment fonctionne l’amour dans sa modalité passionnelle. On projette là aussi sur quelqu’un, fût-il le premier où la première venue, tout un désir d’aimer dont notre cœur est plein. Et pour l’accompagner, on fantasme, on se crée des images que là aussi on projette sur l’autre. Là encore, l’autre n’est pas perçu tel qu’il est, il n’est pas connu véritablement. En fait l’amour-passion, ou encore éros, n’est pas l’amour de quelqu’un, il est l’amour de l’amour lui-même. « Je cherchais un objet à aimer, aimant aimer », dit saint Augustin dans ses Confessions (II, 1) – Quaerebam quod amarem, amans amare.

 

C’est comme une soif, et on sait que le propre de la soif est de ne pas être difficile sur la nature du breuvage qui est présenté. N’importe qui peut l’étancher, pourvu qu’il soit objet de projection, d’image, de fantasme. L’amour, dit Spinoza dans l’Éthique, est « une allégresse qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure » – Amor est laetitia concom­mitante idea causae externae. L’autre n’est pas la cause réelle du sentiment, il n’est qu’un prétexte ou une occasion pour se livrer aux délices des projections. Sa présence même n’est pas nécessaire, et même elle est un obstacle aux rêves qu’on se fait. « Présente je vous fuis, absente je vous trouve », dit Hippolyte à Aricie dans la Phèdre de Racine.

 

Le vrai amour, durable et profond, est autre, il implique le dialogue et la connaissance de l’autre, son observation attentive, à laquelle toute une vie a peine à suffire. Et il est action, alors que l’autre n’est qu’un état. Aimer c’est comprendre et aider. C’est un verbe actif. Cela n’a rien à voir avec être amoureux, qui ne définit qu’un état passif. Certes on s’y complaît, mais il n’est pas raisonnable, et donc précisément il manque de sagesse.

 

L’amour-action, exempt a priori de projections imaginaires, différent de l’amour-passion ou désir de lui-même (éros), porte un beau nom en grec : agapè, par lequel par exemple l’amour est nommé dans le Nouveau Testament chrétien. On oppose traditionnellement les deux mots et les deux notions, même si en grec moderne agapè cumule les deux sens.

 

C’est comme si un tailleur faisait un costume pour un client. Pour l’essayage, il le lui fait revêtir. Supposons qu’il ne lui aille pas, et que le tailleur alors veuille tailler dans le client. Nous dirions qu’il est fou. Il devrait au contraire retoucher le costume. Eh bien, il en est de même pour nous : l’image qu’on s’était faite de l’autre ne correspond pas à ce qu’il est ? Corrigeons alors notre image, au lieu de reprocher à l’autre de ne pas être conforme à celle qu’on s’était faite de lui.

 

Mais nous n’avons pas facilement cette sagesse. C’est quand on dit à l’autre : « Je ne te reconnais plus ! » qu’on commence en réalité à le connaître. Comme disait plaisamment Raymond Devos : « Au début, ma femme et moi, on n’osait pas se regarder. Et maintenant, on ne peut plus se voir ! ». – Il faut donc continuer l’exploration, au lieu d’en rester à des reproches qui fondamentalement sont absurdes.

 

Voyez la différence entre éros et agapè dans le beau poème de Georges Brassens Bonhomme. Une vieille femme va chercher du bois pour réchauffer les derniers instants de son mari moribond : « Mélancolique elle va / À travers la forêt blême / Où jadis elle rêva / De celui qu’elle aime. » La différence évidemment ici est entre « rêver » et « aimer ».

 

Voilà donc un cas où les projections sont à bannir, où il est sage de le faire, si du moins on veut qu’il y ait connaissance véritable de l’autre, et cheminement commun ...

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp.31-33). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 02:01

Voici un article me concernant, paru le dimanche 26 janvier 2020 dans le journal Le Midi Libre. Le texte est sous la photo. Vous pouvez l'agrandir soit en cliquant dessus, soit en augmentant le facteur de zoom de votre navigateur.

Article du "Midi Libre" (26/01/2020)
Article du "Midi Libre" (26/01/2020)

Pour voir cet article sur le site du Midi Libre, cliquer : ici.

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 02:01

Je ne sais où s’arrêtera celle de l’art contemporain. Ainsi on parle d’un petit garçon allemand de sept ans, déjà traité de « mini Picasso », qui réalise des tableaux vendus dans le monde entier pour plusieurs milliers d’euros. Sa technique est simple : il applique des jets de peinture sur la toile muni des gants de boxe de son père. Ce dernier est aussi l’agent de son rejeton, s’occupe de ses affaires à temps plein, et en a fait une marque à succès. À chaque exposition sont vendues des casquettes ornées de la signature de l’« artiste ». Les critiques devant lui sont béats d’admiration, et parlent d’un « prodige de l’expressionnisme ». On ne sait où s’arrêtera le buzz autour de lui (Source : AFP, 09/01/2020).

 

Plusieurs remarques me viennent à l’esprit. D’abord un enfant, s’il est parfois artiste, n’est pas un artiste. Je veux dire qu’il ne sait pas reproduire sa trouvaille. Le miracle qu’il peut produire à telle ou telle occasion ne dispense pas, pour sa réitération, d’une maîtrise nécessaire qui vient bien plus tard. Les enfants prodiges ne sont pas légion. Certes on peut citer Mozart. Mais pour un cas comme le sien, combien d’espérances avortées ! Qui se souvient encore de Minou Drouet ?

 

En second lieu, la technique employée par le phénomène ainsi adulé consiste à abdiquer toute initiative consciente au profit du seul hasard. Taches, maculations, coulures évoquent évidemment le dripping de Pollock, ou encore les Tirs de Niki de Saint Phalle. Il y a là, dans cette complète reddition à l’aléatoire, un suicide créatif. Je veux bien qu’ici on ambitionne d’ouvrir au maximum, par l’absence de maîtrise sur ce qu’on fait, l’éventail des possibles. Mais le résultat est insignifiant, car vouloir tout dire est ne dire rien. Je suis là-dessus de l’avis de Boileau : « Une merveille absurde est pour moi sans appâts. »

 

Il est courant de faire maintenant de l’argent avec le génie supposé des enfants. Dans le film La Grande Bellezza, réalisé par Paolo Sorrentino en 2013, c’est une petite fille que le public snob de Rome porte aux nues : elle se roule sur la toile, s’en enveloppe, et en ressort toute souillée de peinture. Elle fait ce qu’on attend d’elle, mais manifestement elle subit cela comme une contrainte torturante. A-t-on le droit de manipuler, d’instrumentaliser ainsi l’enfance, dans un seul but de cupidité ?

 

D.R. - Cliquer sur l'image

 

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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