Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
18 février 2020 2 18 /02 /février /2020 02:01

On peut réfléchir sur cette notion à partir de la mésaventure de Benjamin Griveaux, qui vient de renoncer à sa candidature à la mairie de Paris à cause d’une vidéo à contenu sexuel le concernant et publiée sur Internet. Évidemment il y a dans cette affaire une influence des mœurs qui nous viennent des États-Unis d’Amérique. On y exige d’un candidat à une fonction publique qu’il soit exemplaire aussi dans sa vie privée : si par exemple il a trompé sa femme, on pense qu’il trompera aussi le peuple.

 

Cette ambition d’une totale transparence, qui mêle allègrement public et privé, a été bien résumée par Éric Schmidt, ancien patron de Google : « Si vous voulez qu’une chose ne se sache pas, peut-être serait il mieux de commencer par ne pas la faire. » La perspective qui s’ouvre alors est totalement terrifiante. On est proche de 1984 d’Orwell : Big Brother is watching you. Comme lui, les internautes vous regardent et épient vos moindres faits et gestes.

 

Notre ex-candidat aurait pu contre-attaquer, dire par exemple qu’il n’a rien fait de répréhensible. L’adultère chez nous n’est plus une faute pénale depuis la loi du 11 juillet 1975. Quant au « péché d’Onan », il n’est vu à l’origine que comme un gaspillage de semence refusant la procréation, rien de plus (Genèse 38/9). Pensons par exemple à Diogène, qui sans pudeur aucune s’y livrait en public pour provoquer ses contemporains et critiquer leurs préjugés.

 

En vérité, l’ex-candidat a succombé à cause évidemment d’un complot politique, mais aussi sous les coups d’un ordre moral toujours présent dans les esprits, et défendant des positions non pas laïques mais religieuses. La condamnation de l’adultère fait bien partie des Dix Commandements bibliques, et l’onanisme est devenu effectivement chez nous un péché, traqué en tant que tel dans les confessionnaux. On voit bien les effets catastrophiques de sa condamnation dans le film Le Ruban blanc, de Michael Haneke.

 

Au fond, l’ex-candidat peut être critiqué, non pas pour adultère ou offense aux bonnes mœurs, mais pour avoir eu la sottise d’envoyer la vidéo en question. Tout ce qu’on poste de cette façon demeure indéfiniment, peut être récupéré, et sur Internet il n’y a pas de droit à l’oubli.

 

Prenons garde enfin que si curée, hallali, lynchage continuent de se déchaîner sur les réseaux sociaux, et la haine de s’y déverser sans une once de réflexion, cela peut faire le lit d’une dictature populiste.

 

D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

Partager cet article
Repost0
16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 02:01

Elle vise chez nous, au-delà de la séparation de l’Église et de l’État, à bien différencier dans chaque individu l’être humain qu’il incarne et dont il faut toujours défendre les droits, et ses diverses pensées, opinions et croyances, dont la puissance publique n’a pas à s’occuper.

 

On a beaucoup parlé de l’affaire Mila, cette jeune fille récemment injuriée, menacée de mort par égorgement et déscolarisée pour échapper à ces menaces, parce qu’elle s’était insurgée, en critiquant vertement l’islam, contre un harcèlement sexiste et homophobe.

 

À cette occasion Mme Belloubet, Garde des Sceaux, a déclaré : « L’insulte à la religion est une atteinte à la liberté de conscience ». Il est bien curieux qu’une agrégée de Droit ne distingue pas une religion de ses adeptes. S’il est bien interdit chez nous de s’en prendre aux seconds en particulier, on peut très bien critiquer la première en général. Sinon on instaure un délit d’opinion, on installe une police de la pensée, et on rétablit un délit de blasphème.

 

Il est bien curieux aussi qu’un croyant puisse s’identifier totalement à sa croyance et à son monde mental au point de vouloir à tout prix les afficher dans le domaine public et éventuellement les imposer aux autres. Car au fond ce à quoi on pense, ce à quoi l’on croit, est aléatoire. Montaigne l’a bien remarqué : « Nous sommes chrétiens au même titre que nous sommes périgourdins ou allemands. »

 

On connaît la phrase de Descartes : « Je pense donc je suis ». Peut-être faut-il lui substituer : « Je ne suis pas ce que je pense ». Si j’étais né ailleurs, si j’avais subi d’autres influences, mes pensées, opinions et croyances seraient autres que celles qu’elles sont maintenant, et c’est pourquoi je ne dois pas m’identifier entièrement à elles.

 

Il est extrêmement dangereux de le faire. Cela engendre psychorigidité et fanatisme. Écoutons encore le sage Montaigne, qui pensait peut-être à l’exécution de Michel Servet, brûlé à Genève avec l’assentiment de Calvin, pour négation du dogme de la Trinité : « C’est mettre ses conjectures à bien haut prix que d’en faire griller un homme tout vif. » Et encore : « Il n’y a que les fols certains et résolus. »

 

Grâces donc soient rendues à notre laïcité, qui distinguant fort justement l’homme en général de ce que les hommes dans leur diversité croient en particulier, ouvre à une société de tolérance.

 

D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

Partager cet article
Repost0
14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 02:01

 

Que penser de l'honneur ?

 

... En vérité, l’honneur ne tient pas à ce qu’on nous fait, mais à ce qu’on fait soi-même. Si on me marche sur les pieds, si on me regarde mal, ou si l’on me soufflette, à l’évidence la faute en incombe à celui qui commet ces incivilités, et non pas à moi-même, qui n’y suis pour rien. Je ne suis « déshonoré » en aucune façon. La sagesse est de le nier. « Frappe, mais écoute ! », dit un jour Socrate à quelqu’un qui venait de le molester. Il ne se pensait déshonoré en aucune façon. La responsabilité du dommage revient seulement à celui qui s’emporte et s’aveugle.  « Vous commandez à tout ici, hors à vous-même », dit justement Figaro au comte Almaviva chez Beaumarchais. – En revanche je serai honorable moi-même si je fais quelque chose d’honorable.

 

Une femme victime d’un viol n’est pas déshonorée, c’est son agresseur qui l’est par ce qu’il fait. Elle est victime d’un crime, tout simplement. Mais l’aveuglement social est tel qu’on stigmatise la victime elle-même. Quelle fut la longueur de la jupe, etc. ? Et cette idéologie perverse peut être tellement intégrée dans l’âme de celle-ci, qu’elle peut hésiter même à aller porter plainte au bureau de police. Et pourtant cette souillure est celle du criminel, non pas la sienne. Cette idéologie est aussi souvent intériorisée et trouvée naturelle par les mères elles-mêmes dans l’éducation qu’elles transmettent à leurs filles.

 

L’honneur féminin a été inventé par les hommes, qui considéraient la femme comme un territoire propre, une possession à laquelle nul autre ne pouvait toucher, et qui voyaient cette atteinte comme une tache en réalité faite à eux-mêmes, à leur propre réputation : rendu ridicule et montré du doigt est celui dont la femme n’aura pas été à lui seul. Je pense à une phrase comme celle qu’on lit dans Pagnol : « L’honneur c’est comme les allumettes, ça ne sert qu’une fois ». Elle ne peut être que mise dans la bouche d’un mâle conformiste, qui vit sous le regard des autres. Mais ils sont en très grand nombre ...

 

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 46-47). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages