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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 02:01

 

Genèse de l'Autorité

 

... Dans la vie sociale ordinaire, beaucoup de nos peurs viennent des projections. C’est le cas par exemple lorsque nous investissons un être d’un pouvoir ou d’une autorité que désormais il va exercer sur nous, en bénéficiant de notre respect. Si l’on étudiait en général la généalogie de l’Autorité, on verrait bien qu’elle prend sa source dans notre propre soumission craintive, et que cette dernière se justifie par la présomption qu’elle fait chez l’autre d’une supériorité ou d’une compétence quelconque. Ces dernières sont simplement supposées et projetées, elles ne sont pas forcément réelles.

 

Comment se comporter sagement face à ce phénomène ? D’abord il faut bien l’analyser. Par exem­ple, on voit que ce sont les signes seuls de l’Autorité qui suffisent à la faire respecter. L’uniforme du gendarme, la robe du juge, la blouse blanche du médecin inspirent comme on dit le respect, et imposent l’obéissance. Ainsi le décorum qui entoure le président de la République (les appariteurs, la garde nationale, etc.) nous le fait respecter. Mais ce décorum vient-il à disparaître, comme dans le cas du président Deschanel, victime du syndrome d’Elpénor (ivresse du sommeil) et tombé nuitamment en pyjama du train présidentiel en 1920, que toute l’aura du personnage peut elle aussi disparaître...

 

On a prouvé que n’importe quel individu peut se comporter en bourreau, en ne faisant qu’obéir à de tels signes : il suffit qu’il soit environné par un théâtre particulier auquel il fait crédit, en l’espèce le décorum médical, pour qu’il se sente exonéré de sa propre responsabilité et fasse taire la voix intérieure de sa conscience. Voyez les expériences de Stanley Milgram, consignées dans son livre Soumission à l’Autorité. Henri Verneuil s’en est inspiré pour une séquence de son film I comme Icare.

 

Peut-on exciper de ce fait une irresponsabilité personnelle, en invoquant ce qu’on appelle parfois une obéissance passive ? Par exemple Eichmann s’est défendu d’avoir participé à l’extermination des juifs en disant qu’il ne faisait qu’obéir à des ordres venus de ses supérieurs. Sans doute était-il sincère et leur conférait-il une sorte d’aura bien particulière justifiant sa soumission. C’était un petit fonctionnaire zélé, un exécutant consciencieux, incapable de réflexion froide sur ce qu’il faisait, comme Hannah Arendt l’a souligné en analysant son procès dans son livre Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal. C’est sur le vide de la pensée, a-t-elle dit, que s’inscrit le mal. Elle s’est attiré les foudres des membres de la communauté juive pour avoir voulu comprendre comment fonctionnait celui qu’ils considéraient comme un monstre inhumain. Mais c’est à elle que je donne raison, car comprendre n’est pas excuser, montrer la banalité du mal n’est pas le banaliser, et on ne peut pas parler dans le cas d’Eichmann de projections permettant une absolution...

 

Des tyrans, La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire, a bien dit : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » Cela peut être pris littéralement même, car il peut y avoir une instrumentalisation concrète des projections, une mise en scène pour les favoriser. Ainsi la petite taille de l’observateur, ou sa position dans l’espace, induit respect à la fois et appréhension dans son esprit. L’Autre est vu de bas en haut, ou comme on dit en photographie en contreplongée. Le regard alors est admiratif, ou hyperbolique : magnifiant.

 

Pensez à l’estrade du juge au tribunal, ou du professeur dans sa classe, par exemple. Si les élèves prenaient l’habitude de monter sur les tables, je veux dire non pas spontanément comme il se voit parfois aujourd’hui dans certains collèges difficiles, mais si vraiment on le leur demandait pour leur ouvrir l’esprit, comme dans le film Le Cercle des poètes disparus, ils seraient habitués à la vision contraire rapetissante, en plongée, et donc au perspectivisme des visions...

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 20-22). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 02:01
Glissez, mortels...

Glissez, mortels, n’appuyez pas :

Choses ne sont que de surface.

Tracez les lignes de vos pas,

Comme patineurs sur la glace.

Bref moment entre deux néants,

La vie ne vaut si l’on n’y danse,

Comme sur le vieux pont berçant

Une belle chanson d’enfance.

Que si l’on a peur de tomber,

C’est miracle qu’on ne le fasse :

Les occasions de succomber

Dans chaque vie ont large place...

 

 

***

 

D'autres photos accompagnées de poèmes figurent dans mes derniers livres Éternels instants (Tomes I, II et III). Ce sont des petits livres d'art de 100 pages chacun, format 12 x 19 cm, imprimés sur papier photo brillant 200 gr. On peut les offrir en cadeau, ou s'en faire cadeau à soi-même. Vous pouvez en feuilleter le début, les commander sur le site de l'éditeur, ou bien en librairie (diffusion SODIS), ou sur les sites de vente en ligne (ISBN : 9782322133673, 9782322171361, et  9782322193066)Merci de cliquer sur les vignettes ci-dessous :

 

Éternels instants 1
Théron, Michel
15,00Livre papier
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Éternels instants 2
Théron, Michel
15,00Livre papier
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Éternels instants 3
Théron, Michel
15,00Livre papier
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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 02:01

Une fiction controversée, La Première Tentation du Christ, diffusée par Netflix, vient d’être interdite par la justice brésilienne à la demande de représentants de la communauté catholique et conservatrice. Ceux-ci ont été choqués par cette œuvre, qui laisse entendre que Jésus était homosexuel (Source : lefigaro.fr, 9/01/2020)

 

On connaissait déjà un Jésus marié avec Marie-Madeleine, présenté dans La Dernière Tentation du Christ, le roman de Kazantzakis et le film de Scorsese, tout imprégnés de docétisme. Et aussi un Jésus séduisant toute une famille bourgeoise, le père, la mère, la fille et le fils, ainsi que la bonne, dans Théorème de Pasolini. Mais si le film de Scorsese a fait l’objet d’attentats dans les salles obscures, celui de Pasolini a obtenu le Grand Prix de l’Office catholique du cinéma. À raison, à mon avis, car le sens en est symbolique et très profond : la rencontre magnétique du Maître (Théorème veut dire en grec contemplation) n’est là que pour provoquer dans les âmes un séisme ouvrant à un horizon de Transcendance.

 

L’homophobie qui caractérise les communautés conservatrices susdites ne peut que se référer à Lévitique 18/22 et 20/13, où l’homosexualité est effectivement dite une « abomination punissable de mort ». Mais avoir à l’esprit ce commandement barbare quand on parle de Jésus lui-même, dont tout le message est un affranchissement des lois au bénéfice du cœur qui s’ouvre, est absurde. Augustin d’ailleurs l’a bien compris, avec son fameux « Aime et fais ce que tu veux » – Dilige et quod vis fac.

 

De toute façon ce qui compte ce n’est pas ce qu’il en fut réellement du personnage christique, dont la vie n’est qu’une construction narrative tardivement élaborée et relève du mythe, mais ses paroles et le contenu de son enseignement. Ni la question de son mariage, ni celle de son orientation sexuelle, ne sont pertinentes au regard du message qu’il porte, et qui seul doit nous retenir : ce n’est pas pour rien d’ailleurs que les évangélistes ne disent rien de ces questions, car ce n’est pas ce qui les occupe.

 

Le message de Jésus n’invite qu’à une orthopraxie. Les « jésulâtres » aveuglés qui l’adorent avec ferveur et voudraient protéger de toute « impureté » une vie en réalité inventée feraient bien de méditer son essentielle parole : « Pourquoi m’appelez-vous : ‘Seigneur, Seigneur !’ et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6/46)

 

D.R. - Cliquer sur l'image

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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