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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 02:01

Je ne sais où s’arrêtera celle de l’art contemporain. Ainsi on parle d’un petit garçon allemand de sept ans, déjà traité de « mini Picasso », qui réalise des tableaux vendus dans le monde entier pour plusieurs milliers d’euros. Sa technique est simple : il applique des jets de peinture sur la toile muni des gants de boxe de son père. Ce dernier est aussi l’agent de son rejeton, s’occupe de ses affaires à temps plein, et en a fait une marque à succès. À chaque exposition sont vendues des casquettes ornées de la signature de l’« artiste ». Les critiques devant lui sont béats d’admiration, et parlent d’un « prodige de l’expressionnisme ». On ne sait où s’arrêtera le buzz autour de lui (Source : AFP, 09/01/2020).

 

Plusieurs remarques me viennent à l’esprit. D’abord un enfant, s’il est parfois artiste, n’est pas un artiste. Je veux dire qu’il ne sait pas reproduire sa trouvaille. Le miracle qu’il peut produire à telle ou telle occasion ne dispense pas, pour sa réitération, d’une maîtrise nécessaire qui vient bien plus tard. Les enfants prodiges ne sont pas légion. Certes on peut citer Mozart. Mais pour un cas comme le sien, combien d’espérances avortées ! Qui se souvient encore de Minou Drouet ?

 

En second lieu, la technique employée par le phénomène ainsi adulé consiste à abdiquer toute initiative consciente au profit du seul hasard. Taches, maculations, coulures évoquent évidemment le dripping de Pollock, ou encore les Tirs de Niki de Saint Phalle. Il y a là, dans cette complète reddition à l’aléatoire, un suicide créatif. Je veux bien qu’ici on ambitionne d’ouvrir au maximum, par l’absence de maîtrise sur ce qu’on fait, l’éventail des possibles. Mais le résultat est insignifiant, car vouloir tout dire est ne dire rien. Je suis là-dessus de l’avis de Boileau : « Une merveille absurde est pour moi sans appâts. »

 

Il est courant de faire maintenant de l’argent avec le génie supposé des enfants. Dans le film La Grande Bellezza, réalisé par Paolo Sorrentino en 2013, c’est une petite fille que le public snob de Rome porte aux nues : elle se roule sur la toile, s’en enveloppe, et en ressort toute souillée de peinture. Elle fait ce qu’on attend d’elle, mais manifestement elle subit cela comme une contrainte torturante. A-t-on le droit de manipuler, d’instrumentaliser ainsi l’enfance, dans un seul but de cupidité ?

 

D.R. - Cliquer sur l'image

 

 

***

 

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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 02:01

 

Genèse de l'Autorité

 

... Dans la vie sociale ordinaire, beaucoup de nos peurs viennent des projections. C’est le cas par exemple lorsque nous investissons un être d’un pouvoir ou d’une autorité que désormais il va exercer sur nous, en bénéficiant de notre respect. Si l’on étudiait en général la généalogie de l’Autorité, on verrait bien qu’elle prend sa source dans notre propre soumission craintive, et que cette dernière se justifie par la présomption qu’elle fait chez l’autre d’une supériorité ou d’une compétence quelconque. Ces dernières sont simplement supposées et projetées, elles ne sont pas forcément réelles.

 

Comment se comporter sagement face à ce phénomène ? D’abord il faut bien l’analyser. Par exem­ple, on voit que ce sont les signes seuls de l’Autorité qui suffisent à la faire respecter. L’uniforme du gendarme, la robe du juge, la blouse blanche du médecin inspirent comme on dit le respect, et imposent l’obéissance. Ainsi le décorum qui entoure le président de la République (les appariteurs, la garde nationale, etc.) nous le fait respecter. Mais ce décorum vient-il à disparaître, comme dans le cas du président Deschanel, victime du syndrome d’Elpénor (ivresse du sommeil) et tombé nuitamment en pyjama du train présidentiel en 1920, que toute l’aura du personnage peut elle aussi disparaître...

 

On a prouvé que n’importe quel individu peut se comporter en bourreau, en ne faisant qu’obéir à de tels signes : il suffit qu’il soit environné par un théâtre particulier auquel il fait crédit, en l’espèce le décorum médical, pour qu’il se sente exonéré de sa propre responsabilité et fasse taire la voix intérieure de sa conscience. Voyez les expériences de Stanley Milgram, consignées dans son livre Soumission à l’Autorité. Henri Verneuil s’en est inspiré pour une séquence de son film I comme Icare.

 

Peut-on exciper de ce fait une irresponsabilité personnelle, en invoquant ce qu’on appelle parfois une obéissance passive ? Par exemple Eichmann s’est défendu d’avoir participé à l’extermination des juifs en disant qu’il ne faisait qu’obéir à des ordres venus de ses supérieurs. Sans doute était-il sincère et leur conférait-il une sorte d’aura bien particulière justifiant sa soumission. C’était un petit fonctionnaire zélé, un exécutant consciencieux, incapable de réflexion froide sur ce qu’il faisait, comme Hannah Arendt l’a souligné en analysant son procès dans son livre Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal. C’est sur le vide de la pensée, a-t-elle dit, que s’inscrit le mal. Elle s’est attiré les foudres des membres de la communauté juive pour avoir voulu comprendre comment fonctionnait celui qu’ils considéraient comme un monstre inhumain. Mais c’est à elle que je donne raison, car comprendre n’est pas excuser, montrer la banalité du mal n’est pas le banaliser, et on ne peut pas parler dans le cas d’Eichmann de projections permettant une absolution...

 

Des tyrans, La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire, a bien dit : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » Cela peut être pris littéralement même, car il peut y avoir une instrumentalisation concrète des projections, une mise en scène pour les favoriser. Ainsi la petite taille de l’observateur, ou sa position dans l’espace, induit respect à la fois et appréhension dans son esprit. L’Autre est vu de bas en haut, ou comme on dit en photographie en contreplongée. Le regard alors est admiratif, ou hyperbolique : magnifiant.

 

Pensez à l’estrade du juge au tribunal, ou du professeur dans sa classe, par exemple. Si les élèves prenaient l’habitude de monter sur les tables, je veux dire non pas spontanément comme il se voit parfois aujourd’hui dans certains collèges difficiles, mais si vraiment on le leur demandait pour leur ouvrir l’esprit, comme dans le film Le Cercle des poètes disparus, ils seraient habitués à la vision contraire rapetissante, en plongée, et donc au perspectivisme des visions...

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 20-22). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 02:01
Glissez, mortels...

Glissez, mortels, n’appuyez pas :

Choses ne sont que de surface.

Tracez les lignes de vos pas,

Comme patineurs sur la glace.

Bref moment entre deux néants,

La vie ne vaut si l’on n’y danse,

Comme sur le vieux pont berçant

Une belle chanson d’enfance.

Que si l’on a peur de tomber,

C’est miracle qu’on ne le fasse :

Les occasions de succomber

Dans chaque vie ont large place...

 

 

***

 

D'autres photos accompagnées de poèmes figurent dans mes derniers livres Éternels instants (Tomes I, II et III). Ce sont des petits livres d'art de 100 pages chacun, format 12 x 19 cm, imprimés sur papier photo brillant 200 gr. On peut les offrir en cadeau, ou s'en faire cadeau à soi-même. Vous pouvez en feuilleter le début, les commander sur le site de l'éditeur, ou bien en librairie (diffusion SODIS), ou sur les sites de vente en ligne (ISBN : 9782322133673, 9782322171361, et  9782322193066)Merci de cliquer sur les vignettes ci-dessous :

 

Éternels instants 1
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait
Éternels instants 2
Théron, Michel
15,00Livre papier
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Éternels instants 3
Théron, Michel
15,00Livre papier
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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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