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23 novembre 2023 4 23 /11 /novembre /2023 02:00

C

elle de l’État en matière de religions est chez nous un principe essentiel depuis la séparation de 1905. Autrement dit, son rôle n’est pas d’organiser et d’institutionnaliser leur expression publique, mais simplement de la garantir, sans aucune préférence pour l’une ou l’autre d’entre elles, en respectant de la même façon ceux qui ne se réclament d’aucune d’elles, et aussi de permettre de s’exprimer à ceux qui manifestent leur désaccord avec elles toutes.

 

C’est à quoi j’ai pensé en voyant les politiques s’agiter autour de la question d’un éventuel nouveau « Concordat » spécifique que l’État pourrait passer avec telle religion particulière, dont on pense qu’elle pourrait favoriser le terrorisme.

 

Bien sûr, c’est l’émotion, tout à fait légitime au demeurant, causée par les derniers attentats et actes de violence auxquels nous venons d’assis­ter, qui est à la base de cette idée. Il reste qu’elle est tout à fait contraire à notre tradition actuelle de laïcité, qu’il serait à mon avis extrêmement dangereux d’abandonner.

 

Qui ne voit que dans cette brèche pourraient s’engouffrer les différents courants religieux traditionnels pour réclamer le rétablissement d’un « Concordat », c’est-à-dire un statut privilégié abandonné depuis plus d’un siècle ? La porte serait ouverte à un nouveau communautarisme, et ferait éclater la cohésion nationale basée sur la neutralité de la Puissance publique, garantissant l’égalité absolue entre les citoyens, athées compris, et la liberté de conscience de chacun. Que l’État se contente donc d’assurer leur sécurité in­conditionnelle, et n’intervienne pas plus avant !

 

On n’a pas besoin de religions officiellement reconnues et légitimées. À cet égard, je trouve choquant que l’État ne veuille dialoguer qu’avec leurs représentants traditionnels, comme s’ils étaient seuls représentants de ce que pensent nos concitoyens. Où est le dialogue avec les agnostiques, et les athées déclarés, qui sont dans notre pays majoritaires en nombre ? Pourquoi telle instance religieuse serait-elle privilégiée ?

 

Le malheureux prêtre récemment égorgé n’a pas à bénéficier d’un statut particulier, sous prétexte qu’il relève d’une certaine sacralité : il n’a pas plus d’importance que tel ou tel malheureux passant victime de l’attentat niçois. Ils sont tous deux victimes d’une même barbarie, à laquelle seule l’État doit livrer son combat.

 

Je ne suis pas contre le dialogue, mais s’il y en a un, il doit se faire avec tous. Je sais bien aussi faire la différence entre laïcité et laïcisme, je sais tout l’héritage culturel et artistique que nous devons aux religions. Mais je sais aussi leurs méfaits passés. Quand se résoudra-t-on à y voir simplement le patrimoine intérieur, spirituel de chacun, le respecter en tant que tel, une fois décanté et approprié, mais se consacrer dans l’espace public à la seule tâche qui convienne : la protection de tous les citoyens, sans exception ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 1e septembre 2016

 

#Religion. #Concordat. #Laïcité.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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22 novembre 2023 3 22 /11 /novembre /2023 12:48

Vertus du laconisme : un exemple (cliquer sur l'image)

 

D.R.

 

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21 novembre 2023 2 21 /11 /novembre /2023 02:00

O

n la dévalorise souvent, au bénéfice de l’histoire objective : dans une époque positiviste, on préfère les faits aux fées.

 

Pourtant on oublie que ce qui meut les peuples, c’est moins leur histoire réelle que les mythes qu’ils ont inventés à son propos. L’homme descend du Songe : il est le fruit de ses propres fictions.

 

Par exemple l’embuscade dont fut victime Roland à Roncevaux nous est bien contée par Éginhard pour ce qu’elle fut : un simple traquenard tendu par des bandits basques, donc chrétiens, contre l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne. Mais nous préférons la version héroïsée de la Chanson de Roland, qui attribue la mort du preux à une lutte contre les Sarrasins. Toute notre épopée nationale vient de cette fiction, de cette légende, qui seule a prévalu.

 

Comme dit James Steward au journaliste à la fin du film de John Ford L’Homme qui tua Liberty Valance : « Si les hommes préfèrent la légende, alors imprimez la légende ! » – Voyez aussi la déconstruction de la légende du western que fait le film de Clint Eastwood Impitoyable.

 

J’ai lu sur Internet un article très documenté questionnant l’historicité de ce qu’on nous a rapporté à propos de Jésus : Jésus-Christ, un mythe ? (Source : Lactualité.com, 23/03/2016). [lien]

 

Il s’inspire de Bart Ehrman, grand spécialiste américain du Nouveau Testament, auteur de l’ou­vrage Jesus Before the Gospels : How the Earliest Christians Remembered, Changed, and Invented Their Stories of the Savior (Jésus avant les Évangiles : comment les premiers chrétiens ont conservé, modifié et inventé leurs récits du Sauveur). Il est impossible selon lui que les évangélistes se souviennent exactement des paroles du Christ, alors qu’ils en ont écrit le compte rendu au moins un demi-siècle plus tard.

 

Allant plus loin, le chercheur américain Richard Carrier, auteur d’On the Historicity of Jesus : Why We Might Have Reason for Doubt (L’historicité de Jésus : pourquoi il est permis d’avoir des doutes), va jusqu’à mettre en doute l’historicité même de Jésus, pour lui un personnage messianique créé par un groupe populaire opposé à l’élite du Temple de Jérusalem. J’ai évoqué cette option dans l’article « Mythistes » de mon Petit lexique des hérésies chrétiennes (Albin Michel, 2005).

 

Rien de tout cela ne doit émouvoir. Qu’on ait ajouté au message de Jésus, ou qu’il soit un être fantasmatique créé de toutes pièces, reste pour nous ce qu’on nous en a dit, qui fait son chemin dans nos esprits et nos âmes, et guide parfois les meilleurs de nos élans. Cela suffit.

 

[v. Fiction, Inscription, Invention]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 21 avril 2016

 

#Mythe. #Histoire. #Enseignement.
D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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