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25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 01:01

C

omme j’accorde en toute chose une importance maximale au langage, je viens de relire dans mon vieux missel la formule liturgique prononcée par le prêtre lors de la célébration du mariage, après recueil de l’acquies­cement réciproque des futurs époux : « Je vous déclare unis en mariage. »

 

Cette formule ne me semble pas très claire. Heureusement mon exemplaire comporte, en regard du texte français, le texte latin initial : Ego conjungo vos in matrimonium. Mariage est donc à l’accusatif, qui indique toujours en latin le lieu où l’on va, à la différence par exemple de l’abla­tif, qui indique le lieu où l’on se trouve, et dont on ne sort pas.

 

Ainsi, éclairé par le substrat latin, « unis en mariage » devient clair. Il faut comprendre : « Je vous unis pour le mariage ». Ce dernier est une destination, une tâche à accomplir, et non un lieu où, comme déjà dans une cage, on se trouverait et dont on ne pourrait pas sortir, car dans ce dernier cas, il y aurait en latin l’ablatif : in matrimonio.

 

On connaît le mot de Saint Exupéry : « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. » Cela ne signifie pas bien sûr regarder ensemble la télévision, ce qui est malheureusement le lot de beaucoup de couples, et où sombre le mariage. Mieux vaudrait alors pour eux qu’ils s’en soient abstenus. Car dans ce cas, il est facile de voir que le mariage se réduit à résoudre à deux des problèmes qu’on n’aurait pas tout seul.

 

Non, l’essentiel est le but, l’œuvre à faire : la réalisation à deux. Ils s’aiment, non pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils deviendront l’un par l’autre. Peut-être faudrait-il d’un certain point de vue n’accorder le mariage, comme on donne une récompense ou une décoration, qu’à ceux qui s’en seront rendus dignes à la fin de leur vie.

 

Sans aller jusque là, il est facile de voir qu’il se situe non pas dans une perspective de causalité (ils s’épousent parce qu’ils s’aiment), mais dans une perspective de finalité (ils s’épousent pour s’aimer).

 

Il est basé non sur éros (l’amour de désir), mais sur agapè (l’amour de don). Là est le plus haut de l’humain : la promesse, l’engage­ment, le sens du futur, l’idée de perspective. Qu’on puisse ne pas tenir ensuite cette promesse, à cause des aléas imprévisibles de la vie, n’est pas le plus im­portant. Au moins a-t-on été capable, un jour, de la faire.

 

Tel est le vrai mariage, un engagement pour construire un futur, et tel doit-on le voir, sauf ici à y perdre son latin.*

 

* Des développements à cette chronique se trouvent dans mon livre Savoir aimer – Entre rêve et réalité, BoD 2020 (lien).

 

 

D.R.

 

***

 

Ce texte fait partie du tome 1 de mes Chroniques religieuses :

Chroniques religieuses
Théron, Michel
14,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont une sélection d'articles parus dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils concernent toujours directement ou indirectement des sujets ayant trait à la religion et à la spiritualité. Vu leur brièveté (deux pages), on peut en faire une lecture picorante et fragmentée. Ce livre n'est pas un traité systématique, mais un recueil familier permettant de petites méditations quotidiennes sur des sujets concrets.

 

On peut voir aussi le tome 2 :

Chroniques religieuses
Théron, Michel
16,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont une sélection d'articles parus dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils concernent toujours directement ou indirectement des sujets ayant trait à la religion et à la spiritualité. Vu leur brièveté (deux pages), on peut en faire une lecture picorante et fragmentée. Ce livre n'est pas un traité systématique, mais un recueil familier permettant de petites méditations quotidiennes sur des sujets concrets.

 
 
 
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24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 01:01

Voici une vidéo de 4' 02" qui comporte des variations plastiques sur le mode des variations musicales. Pour chaque séquence on part d'un seul thème et ensuite on le module en différentes versions, correspondant à différentes façons de le voir. Le sous-titre du film est : Toutes nos visions sont des versions. - Cliquer sur l'image ci-dessous :

 

Variations I (film) - D.R.

 

***

 

Pour voir mes autres vidéos sur Facebook, cliquer : ici.

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22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 01:01

Dans les jardineries du Royaume-Uni, il y a actuellement une pénurie des nains de jardin. Elle est due à une forte demande des citoyens, qui n’ont pu sortir de chez eux à cause des confinements sanitaires successifs et se sont consacrés à leur jardin, ainsi qu’à des retards d’approvisionnement, dont celui causé par l’échouage d’un porte-containers sur le canal de Suez. (Source : lemonde.fr, 17/04/2021)

 

Cette nouvelle m’a fait initialement sourire, en pensant au culte qu’on rend au kitsch. On pense sans doute embellir le jardin en y disposant amoureusement ces ridicules statuettes, comme ceux qui ramènent de leur voyage une boule à neige, une copie miniature de la Tour Eiffel, ou encore ceux qui aiment les photos de chats en d’inénarrables postures, naguère sur les calendriers des Postes, et maintenant sur Internet.

 

Sans doute veulent-ils compenser la monotonie de leur vie par une idéalisation facile, comme ceux qui vont à Disneyland pour oublier leur condition dans un rêve éveillé. Mais l’art véritable n’a pas pour but d’idéaliser le réel, mais de réaliser l’idéal – ou au moins de s’y efforcer...

 

En réaction on comprend quel pourrait être ici un geste iconoclaste. Dans Family Life de Ken Loach la fille badigeonne de bleu les nains de ses parents, pour montrer le refus qu’elle fait d’un monde voué à l’aliénation, qui n’a que ce moyen dérisoire pour y échapper. Et il existe aussi un Front de Libération des Nains de Jardin (FLNJ), qui les soustrait aux jardins pour les rendre à leur espace naturel, la forêt, dénonçant ici une caractéristique essentielle du kitsch : la décontextualisation des choses.

 

Et pourtant, après réflexion, je me dis que la critique ici n’est pas si intelligente que cela. D’abord mieux vaut une illusion heureuse qu’une lucidité désespérante. Et ensuite, l’impression de kitsch ne tient que lorsqu’on est soi-même froid. Mais est-on ému, qu’elle disparaît. Si l’on reçoit un objet kitsch d’une personne que l’on aime, on aimera aussi cet objet, même s’il nous a été donné « au premier degré ». Ensuite on y pensera avec nostalgie.

 

Aussi le kitsch peut être affiché volontairement, mais avec distance, ironie. C’est ce que l’on appelle le camp. Voyez les clins d’œil de Sean Connery jouant James Bond : il n’est pas dupe de ce qu’il joue. – Finalement c’est pour rendre compte de cette complexité que j’ai écrit mon ouvrage Le Kitsch – Une énigme esthétique (éd. BoD, 2020).

 

D.R.

 

***

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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